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Carnet de voyage: Épisode 3

Dans cette série littéraire mêlant l’autobiographie au carnet de voyage, une professeure en archéologie à l’Université Memorial vous invite à l’accompagner dans ses réflexions et aventures à travers le temps et les paysages de la côte Atlantique à la recherche de futurs alternatifs. Ce troisième épisode nous présente  Baie-Comeau, 21 juillet 2021.
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Chasse aux possibles de Baie-Comeau à L’Anse aux Meadows

Texte: Véronique Forbes – Illustrations: Catherine Arsenault

Mamie, papi et leurs enfants en pique-nique dans les années 50.

La destination la plus importante de ce périple post-confinement, car c’est là que j’ai enfin retrouvé ma famille et mes amies!

Les premiers jours, je les ai passés à construire de nouveaux souvenirs en famille dans les décors familiers du Parc des Pionniers, de Beauce Carnaval, de la cuisine de maman et la cour de papa. On a surtout ri, mais on a aussi dansé, chanté, placoté, et même joué un peu de guitare et d’harmonica! 

Malgré le bonheur de ces moments, j’ai un peu honte d’avouer que quelque chose pesait sur moi. J’avais besoin de parler, mais comme je voulais bien profiter de ce rare moment où nous étions tous réunis sous le même toit, j’ai laissé traîner mes tracas quelques jours de plus.

Ma sœur et sa petite famille sont reparties pour Marieville (près de Montréal) le 24. Ce soir-là, Paul et moi sommes allés chez Catherine et David, où j’ai aussi retrouvé mes amies d’enfance Julie et Daisy. 

Cath, Julie, Daisy et moi – la même gang qui pendant un très bref moment avait fait mini sensation à Baie-Comeau comme étant le quatuor punk féminin Tillfällën. 

Étant devenues adultes un peu malgré nous, on a maintenant troqué les ‘jams’ dans la cave chez Julie pour des soupers souvent orchestrés par David. 

Après à peine quelques minutes chez Cath et David, je me suis retrouvée à sangloter dans les bras de Julie, lui confiant que je n’étais pas vraiment ‘OK’.

C’est étrange et c’est dur d’admettre quand on ne va pas bien. Ça requiert souvent qu’on reconnaisse d’abord qu’on s’est menti à soi-même et à ceux qu’on aime, parfois pour très longtemps… 

Et après, il faut trouver le bon moment et les bonnes personnes pour se parler dans le blanc des yeux. 

Une fois que le méchant sorti, et au gré de discussions franches avec des amis authentiques, les choses se sont tranquillement placées et je me suis graduellement sentie libérée.  

Quand je leur ai parlé de ce que je vivais au travail, elles ont répondu en partageant leurs propres versions d’à peu près le même récit, mais avec des contextes et des personnages différents.

Ça m’a frappé à quel point nos expériences des derniers mois étaient semblables!

Elles aussi étaient épuisées et fâchées et avaient commencé à s’affirmer, véritablement. 

J’étais loin d’être seule à vivre ce que je vivais. 

En fait, je me suis rendu compte que malgré la distance, je n’avais jamais été seule, ou vraiment loin de mes êtres chers, parce qu’on partage tellement de choses.  

Discuter avec mes amies ce soir-là m’a vraiment groundée. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi sereine. 

Quel cadeau – merci mes amies de toujours me faire sentir à l’aise d’être moi-même, même quand on ne s’est pas vues ou parlées depuis des mois!

Après cette soirée, j’ai eu le pire lendemain de veille depuis des années. C’est gênant d’être malade chez tes parents à mon âge, mais maman a dit : 

‘T’as eu du fun? Prends-toi une Advil pis retourne te coucher, ça va aller mieux’.

Quand je me suis levée (pour la deuxième fois cette journée-là!), Paul et moi avons discuté avec papa et maman pendant un bout de temps. 

Maman nous a parlé des sorties de famille de sa jeunesse : cueillette de baies et de noisettes, chasse à l’orignal, pêche à la truite et au saumon. 

La maison familiale était la plupart du temps pleine d’enfants auxquels s’ajoutaient souvent des visiteurs accueillis à la table de mamie et papi – papa en faisait souvent partie depuis qu’il avait commencé à fréquenter maman au secondaire. 

J’ai appris que papa avait maintenant un apprenti au garage, et qu’il avait laissé tomber son rêve d’être policier ou pompier quand il était jeune, s’étant tourné vers une profession qui lui avait été suggérée à cause de son talent avec le travail manuel. J’ai aussi appris que mon grand-père n’était pas juste un bûcheron, mais un bûcheron de renommée! 

Notre souper chez Catherine et David, avec Julie, Daisy et Paul.

J’adore quand mes parents racontent ces histoires de leur jeunesse. Ça m’aide à comprendre comment je suis arrivée où je suis et pourquoi je trouve qu’il y a quelque chose qui cloche dans notre style de vie d’aujourd’hui, même si les opportunités qu’on a sont bien différentes de celles d’il y a une ou deux générations…

Le genre de réflexion existentielle qui nourrit un peu tout ce que je fais (oui c’est épuisant, mais pour moi, ça en vaut la peine). 

On a perdu mamie (du côté de ma mère) en juin 2020. Comme c’est arrivé à des milliers de personnes, je n’ai pas pu aller aux funérailles à cause de la pandémie.

C’était important pour moi de trouver un moyen «d’être là», avec ma famille, pour honorer sa vie.  

J’ai trouvé sur mon ordinateur les vieilles photos que mon oncle Bertrand a numérisées des années plus tôt. 

J’ai aussi rassemblé des photos de tous les enfants, petits-enfants, et arrière-petits-enfants de mamie, en reconnectant avec mes oncles, tantes, cousins et cousines. 

Avec tout ça, j’ai fait un diaporama pour la cérémonie. 

C’était ma façon d’être avec eux et de dire au revoir à mamie.

Une autre sorte de retrouvailles, un mélange de souvenirs et d’adieux…

Mes retrouvailles ont complètement changé la donne. Elles ont marqué le début d’une nouvelle prise de conscience, d’un nouveau chapitre de recherche, et de vie. 

C’est comme si, du jour au lendemain, j’étais passée du désespoir au pouvoir infini d’imaginer la possibilité de choisir quoi faire du temps qui m’est accordé, tout simplement…


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