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Carnet de voyage: Épisode 4

Dans cette série littéraire mêlant l’autobiographie au carnet de voyage, une professeure en archéologie à l’Université Memorial vous invite à l’accompagner dans ses réflexions et aventures à travers le temps et les paysages de la côte Atlantique à la recherche de futurs alternatifs.
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Chasse aux possibles de Baie-Comeau à L’Anse aux Meadows

Texte: Véronique Forbes – Illustrations: Catherine Arsenault

Au moment d’écrire ces lignes, le 4 février 2022, j’émerge de deux semaines éprouvantes suite à la décision de mon employeur d’imposer un retour en classe en plein milieu d’une vague du variant omicron de COVID-19. Je vous épargne les détails, car j’ai bien peur qu’ils soient devenus un peu trop familiers, du moins pour les travailleurs de première ligne et ceux qui suivent les nouvelles d’ailleurs au Canada et dans le monde…

Disons simplement que ce nouvel épisode tumultueux m’a rappelé pourquoi j’ai commencé à écrire.

Daisy et moi en visite au Village Forestier d’Antan à Franquelin.

J’ai commencé l’habitude de tenir un journal à peu près depuis que j’ai commencé à écrire. À l’adolescence, j’ai tenté un roman (ou plutôt dix?). J’ai encore toutes les pages de feuilles lignées crispées de mots, de cartes et de personnages tracés au crayon de plomb HB. 

Il y a toujours plusieurs cahiers qui traînent un peu partout chez moi, où j’écris mes réflexions, poèmes ou paroles de chansons qui ne seront jamais. 

Je me suis mise à tenir un journal de façon encore plus assidue depuis que le frère de Paul m’a offert mon premier One Line A Day : A Five Year Memory Book à Noël 2014. C’est assez pratique de pouvoir consulter ce que j’ai fait chaque jour depuis le 1er janvier 2015, surtout avec une mémoire sélective comme la mienne. 

Tout ça pour dire qu’écrire, pour moi, c’est un processus créatif thérapeutique qui empêche mes pensées souvent bouillonnantes de causer trop de surcharge mentale. 

J’ai couché les premières lignes de ce carnet de voyage le 5 août 2021, assise sur la plage parmi les pois de mer et les mouches noires, alors que Paul et moi étions en camping à Pinware Park, dans le sud du Labrador.

J’ai déjà promis de vous parler de ce séjour au Labrador, mais pour l’instant, je vous ramène à Baie-Comeau.

C’est là que je vous ai laissé à la fin du dernier épisode, juste au moment où j’ai réalisé que j’avais le pouvoir de décider quoi faire de mon temps, après une soirée régénératrice où j’ai écouté comment mes amies ont réagi (pensé, parlé mais aussi agi) aux défis causés ou aggravés par la pandémie.

Constatant les conséquences de leurs choix et de leurs actions, j’ai conclu que je n’avais rien à perdre, et tout à gagner.

En prenant une pause de travail – en choisissant de prioriser sa santé malgré la pression en milieu de garderie – Daisy avait récupéré et sa contribution s’était vue récompensée d’une promotion. 

Catherine avait pondéré la possibilité de devenir permanente à la Bibliothèque Alice-Lane, mais même si les arts visuels lui offrent peu de stabilité et de sécurité, elle continue de poursuivre sa passion, créant des œuvres qui inspirent autant qu’elle accumule les succès et les honneurs. 

Julie, pharmacienne au cœur immense, a trouvé un paysan français venu cueillir des camerises pour partager sa vie de famille. Je suis tellement heureuse pour elle et ça été un plaisir de rencontrer Rémy! 

Disons que tout ça m’a fait réfléchir dans le bon sens.

La photo de grand-papa en bras de fer (c’est le deuxième à partir de la droite).

J’ai réalisé la chance que j’ai eu, de faire mes études pendant les années 2000, de voyager avant de me retrouver ici à St. John’s, avec un emploi comme le mien, qui me permet de satisfaire ma curiosité, d’apprendre, d’enseigner. 

Quelle chance de ne plus avoir d’anxiété financière, d’avoir acheté ma première maison (qui me semble immense comparée aux logis où j’ai grandi) en 2019, d’avoir réalisé mon rêve de devenir prof à l’université et de m’être rendue jusque-là amochée, oui, mais quand même plus confiante, forte et motivée que jamais! 

C’est dans cet état d’âme beaucoup plus serein qu’à mon départ que Paul, Daisy, son fils Marty et moi sommes partis pour un petit road trip pour aller visiter le Village Forestier d’Antan à Franquelin.

Là-bas, j’ai vu plein d’objets et d’outils de la vie quotidienne qui avaient été utilisés par les bûcherons de ‘dans l’temps’, des photos en noir et blancs des gars travaillant dans le bois ou relaxant autour de la truie (poêle à bois) en soirée – plein d’images de moments de vie passées.

Ça m’a rappelé la photo de grand-papa faisant un bras de fer devant un camp de bois rond.

Notre guide était un jeune de la place maîtrisant parfaitement l’histoire du lieu et dont la grand-mère figurait sur une photo d’équipe de curling dans l’exposition.

Après un long dîner au Café du Passant près du quai (trop de clients pour la pénurie de main d’œuvre, sans doute) on est allé voir les hiboux, aigles, faucons, harfangs, urubus, chouettes, buses et crécerelles soignés au Centre d’interprétation des oiseaux de proie de Godbout.

C’était émouvant de voir ces créatures majestueuses de si près. Les Grands-Ducs d’Amérique semblaient tenir beaucoup de secrets, le pygargue à tête blanche avait un regard terrifiant, et les harfangs des neiges étaient si beaux, d’une beauté royale.

Le soir d’après, Catherine et David sont venus souper chez mes parents. On a dégusté des bières, des charcuteries, des pâtés et des fromages locaux, et j’ai réussi à nourrir tout le monde de saumon Teriyaki et de brocolis à la sauce aux huîtres. 

Ce soir-là, et on a beaucoup ri et parlé, de plus en plus fort à mesure que la soirée avançait. 

On était sûrement bruyants comme quand j’étais petite et que maman et papa recevaient de la parenté ou des amis. Couchée dans mon lit, j’écoutais leurs réjouissances au lieu de tomber endormie. 

Juste un groupe de québécois heureux de se retrouver en bonne compagnie et de pouvoir profiter d’un bon moment. 

Sous le même toit, mais presque trente ans plus tard. 


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