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Carnet de voyage: Épisode 2

Dans cette série littéraire mêlant l’autobiographie au carnet de voyage, une professeure en archéologie à l’Université Memorial vous invite à l’accompagner dans ses réflexions et aventures à travers le temps et les paysages de la côte Atlantique à la recherche de futurs alternatifs. Ce deuxième épisode nous plonge dans l’enfance de l’auteure.
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Chasse aux possibles de Baie-Comeau à L’Anse aux Meadows

Texte: Véronique Forbes – Illustrations: Catherine Arsenault

Les histoires qu’on raconte se déroulent dans un contexte particulier fait de vies passées, lourdes de légendes et de traditions. Selon l’époque et l’endroit, on s’attend à ce que les personnages se comportent d’une certaine manière, propre aux endroits vécus, présents ou imaginés. La trame sonore rappelle des paysages et des intérieurs familiers, des décors faits de textures, d’objets et de monuments, dans lesquels défilent famille, grands amis, et gens rencontrés ou évoqués, et qui, pour une raison ou une autre, nous ont marqués… 

Aujourd’hui, je vous transporte dans les décors du Québec des années 80 jusqu’à aujourd’hui, où mon histoire a commencé. 

Mon père a travaillé dans l’usine à papier de la compagnie Quebec North Shore.

J’ai grandi à Baie-Comeau, une petite ville sur la côte nord du fleuve Saint-Laurent au sud du réservoir Manicouagan, un lac formé d’un cratère de météorite visible de la lune. Bien qu’habitée depuis longtemps par les Premières Nations et leurs descendants, et que le Vieux Poste, un poste de traite, ait été établi à l’embouchure de la rivière Amédée en 1842, Baie-Comeau a officiellement 84 ans. C’est après être venu explorer «ses» forêts d’épinettes aux alentours de l’année 1915 que le propriétaire du journal américain Chicago Tribune, le colonel Robert Rutherford McCormick, l’a fondée. Comme beaucoup d’autres villes nordiques, Baie-Comeau a surtout grandi grâce aux opportunités offertes par la construction d’usines et de barrages hydroélectriques, projets qui ont profondément changé des milliers de vies et transformé son paysage. 

Comme mes parents et ma sœur, je suis née à Matane, sur la rive sud. Ma famille a déménagé sur la Côte-Nord en 1988, alors que mon papa travaillait pour la compagnie Quebec North Shore. C’était juste avant qu’internet ne commence à sérieusement faire concurrence au papier, et bientôt mon père allait perdre son emploi à l’usine pour en trouver un autre, cette fois, comme mécanicien de machinerie lourde (grues, camions) chez Tessier. Tout comme papa, maman a travaillé très fort comme technicienne en administration pour plusieurs entreprises, en plus de s’occuper de ma grande sœur et moi, de planifier les budgets et faire les repas, tout en gardant notre maison rayonnante de vie. 

J’étais une enfant créative et sensible, préférant la Nintendo et les dessins animés aux sports. J’aimais imaginer et jouer des scénarios d’aventures avec mes amis. Côté académique, ça allait bien à l’école, et grâce aux magazines Découverte et Vie Sauvage, j’apprenais tout plein de choses fascinantes sur le monde et les créatures qui l’habitent. Regarder Indiana Jones et le Temple Maudit avec papa a réveillé en moi une fascination pour l’archéologie, que j’ai nourrie en lisant l’Île de Pâques d’Alfred Métraux et en regardant des documentaires sur les civilisations des Amériques. 

En 2003, après avoir hésité entre la bande dessinée et la paléontologie (Astérix et Jurrassic Park m’ont autant impressionné qu’Indy…), et passé mes plus belles années de jeunesse comme chanteuse du quatuor punk rock Tillfällen avec mes amies de filles, j’ai déménagé à Québec pour étudier l’archéologie à l’Université Laval. Après avoir complété un baccalauréat et une maîtrise, et passé plusieurs étés à participer à divers projets archéologiques dans le nord de l’Islande, j’ai décroché une Bourse du Commonwealth qui m’a permis de déménager à Aberdeen en Écosse pour mon doctorat. 

Cette histoire aurait été bien différente sans ce cadeau inespéré! 

J’imagine que je n’aurais pas rencontré Paul… Parfois je songe à la constellation de tous les évènements et les choix de vie qui se sont alignés pour faire en sorte que nos destinées s’entremêlent, malgré l’océan Atlantique qui nous séparait à la naissance…

En 2015, nous nous sommes réunis entre famille et amis à L’hôtel Le Manoir de Baie-Comeau pour notre mariage.

Paul, tout comme son grand frère et sa petite sœur, est né et a grandi à Coventry, au Royaume-Uni, une ville industrielle-manufacturière devenue universitaire dans les années 90. Ses parents y vivent encore aujourd’hui. Bien qu’ils soient maintenant retraités, leurs carrières ont été semblables à celles de mes parents, car ils ont des rôles similaires (administration et mécanique), mais pour des organisations différentes (usines de voitures/textiles et université). Le grand-père de Paul était parachutiste dans l’armée britannique, et c’est lors de ses campagnes à l’étranger qu’il a rencontré son épouse, alors qu’elle chantait dans des cabarets, lorsqu’elle ne travaillait pas comme coiffeuse. (J’ai d’ailleurs eu la chance de l’entendre chanter «La Vie en Rose» en allemand il y a quelques années, magnifique!) Les parents de la mère de Paul étaient, quant à eux, des réfugiés polonais de la Seconde Guerre mondiale qui sont venus s’installer en Angleterre. 

À l’occasion de notre mariage en juin 2015, Paul et moi avons loué un autobus pour transporter quelques dizaines d’invités de l’étranger depuis les aéroports de Montréal ou de Québec jusqu’à nous, au Manoir de Baie-Comeau. Je me rappelle à quel point j’ai été touchée (tellement que je souriais et riais en même temps) quand tout ce beau monde s’est mis à débarquer au Manoir! Cette soirée-là, à la microbrasserie Saint-Pancrace, les francos et les anglos (plusieurs pour qui ni l’anglais ni le français n’étaient leur première langue) ont trouvé le moyen de communiquer et de trinquer ensemble. 

Quand je regarde nos plus vieilles photos Polaroid, je me sens vraiment privilégiée d’avoir pu ainsi partager ma ville et présenter mes amis d’ailleurs à ma famille et mes amis d’enfance. 

Comme ces occasions-là sont précieuses!

C’est précieux comme quand tu arrives chez tes parents pendant l’accalmie d’une pandémie, après avoir voyagé plus de 1000 kilomètres, et que même si elles t’ont seulement vue sur l’écran pendant presque deux ans, tes nièces guettent ton arrivée par la fenêtre et t’attendent avec tes parents, ta sœur et ton beau-frère, et que tu n’as même pas le temps de sortir de la voiture avant qu’elles courent pour te serrer dans leurs bras… 

Ma famille enfin réunie, là où tout a commencé… 

J’ai hâte de vous raconter la suite de mes retrouvailles post-confinement!


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