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Une francophone à Lawnya Vawnya

La 12ᵉ édition du festival Lawnya Vawnya ne manque pas d’originalité au niveau des langues et des différents styles de musique. En plus de la musique colombienne de Lido Pimienta et du folk ukrainien des Kubasonics, le festival accueillera également l’artiste québécoise Myriam Gendron.
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Propos recueilli par David Beauchamp

DB: Pourriez-vous me raconter un peu votre parcours dans la musique?

Myriam Gendron (MG): Je fais de la musique depuis que je suis toute petite. J’ai grandi à Gatineau et j’ai eu la chance d’aller dans une école publique où les profs de musique avaient créé un programme enrichi. J’ai passé le tiers de mon temps à l’école à ne faire que de la musique. C’est là que j’ai appris à jouer du piano, du violon, des percussions, etc. On touchait à toutes sortes de choses, et c’est là aussi que j’ai appris le chant avec notre chorale.

J’ai ensuite déménagé aux États-Unis pas longtemps et j’ai habité à Paris par après. J’ai continué à jouer de la musique et c’est à ce moment que j’ai appris la guitare de manière autodidacte à l’âge de 12 ans. J’ai beaucoup joué dans le métro de Paris pour le plaisir avec des amis. Je suis revenue au Québec à l’âge de 16 ans et même à ce moment-là, je n’avais pas d’ambition musicale au niveau professionnel.

Photo en noir et blanc d'une artiste sur scène pendant un concert. Elle est assise sur un petit banc noir avec une guitare sur ses jambes et a un microphone sur sa gauche.
«C’est dommage que je ne puisse pas rester plus longtemps, je pense que j’aurais pu en apprendre beaucoup sur la culture et la musique locale», dit Myriam Gendron à propos de sa première visite au Vieux rocher pour la 12e édition du festival Lawnya Vawnya. Photo: Courtoisie Myriam Gendron

C’est par après que j’ai découvert Dorothy Parker et ses poèmes et ils m’ont beaucoup inspirés. J’ai décidé de faire de la musique à partir de ses textes. D’ailleurs, je paie des droits d’utilisation à la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) aux États-Unis parce que les textes de Dorothy que j’ai utilisés pour mon album Not So Deep as a Well ont été dédiés à Martin Luther King et c’est eux qui possèdent les droits.

Après cet album que j’ai composé en 2014, j’ai pris mon temps pour composer parce que j’ai deux enfants. À un moment donné, je me suis dis que j’allais faire une demande de bourse pour pouvoir composer un nouvel album. Je l’ai faite et je l’ai eue et j’ai passé sept mois à la maison à composer Au cœur de ma délire.

DB: Comment décririez-vous votre style de musique?

MG: Je dirais que c’est du folk parce que c’est englobant; ce n’est pas incompatible avec la musique expérimentale. Le folk, c’est la musique des gens et c’est comme ça que je vois ce que je fais. Je ne me considère pas comme une musicienne professionnelle parce que je n’y connais rien en solfège et je fais de la musique avec les moyens du bord et le peu de matériel d’enregistrement que j’ai chez moi. Pour mon deuxième album Au cœur de ma délire, il y a eu un peu de post-production mais il n’en demeure pas moins que le processus de création a été plus spontané et les trames des chansons représentaient cette liberté. Le folk est pour moi une manière de travailler authentique en produisant des sons sans trop d’arrangements et de fioriture. C’est assez cru et vrai, autant que possible. 

Dorothy Parker, surnommée la «Oscar Wilde féminine» par plusieurs incluant Myriam Gendron, est une auteure, poétesse et nouvelliste américaine décédée en 1967. Source d’inspiration pour l’artiste francophone, elle était très active politiquement en défendant les droits civiques de la population afro-américaine jusqu’à sa mort, un an avant Martin Luther King, à qui elle a dédié ses textes. Photo: Wikimedia Commons

DB: Pourquoi c’est important pour vous de chanter et composer en français?

MG: Je me faisais beaucoup poser la question quand mon premier album est sorti. Certains au Québec m’ont demandé pourquoi je chantais en anglais et non en français et ma réponse est assez simple: les poèmes de Dorothy Parker sont écrits en anglais, donc pourquoi les traduire? Je devais toujours répondre à cette question et ça me mettait mal à l’aise parce que je n’avais pas de revendications linguistiques à passer et je ne le voyais pas comme une trahison à moi-même puisque je suis une bilingue de Gatineau.

Pour mon album Au cœur de ma délire, j’ai entamé un processus pour chercher dans le folk et chercher dans le passé, surtout dans mon passé et c’est là que le français s’est imposé. Quand j’ai entendu Au cœur de ma délire pour la première fois en 2016, j’ai réalisé qu’il y a tout un pan du répertoire traditionnel québécois qui m’était étranger au-delà de la Bottine souriante. J’ai découvert qu’il y a des bijoux qui peuvent résonner encore aujourd’hui. Par exemple, «Au cœur de ma délire» est une chanson qui est transmise oralement depuis on ne sait pas combien de temps et on ne saura jamais qui l’a composé. La version de 1971 de Philippe Gagnon et Dominique Tremblay est celle que j’ai entendue et je la trouvais très ancrée dans son époque et très respectueuse de la tradition en plus d’être originale et innovante dans la texture sonore. 

Le folk ne doit pas rester cantonné dans le passé; il faut infuser de la vie dans ces chansons-là. J’y suis allé en ratissant large et j’ai écris des chansons où l’idée que le vieux et le neuf se mélangent naturellement était fondamentale. Les vieilles complaintes* se sont donc mélangées avec les styles plus récents. Pour moi, il n’y a pas de division entre les côtés franco et anglo et je voulais tout réunir à l’image de ma perception du folk.


*«Complaintes»: familles de chansons traditionnelles, surtout des chansons d’amour avec un angle désespéré.


Myriam Gendron monte sur scène au Ship Pub le 9 juin à 21h40 dans le cadre du festival Lawnya Vawnya. Pour tous les détails sur le festival, visitez leur site web: https://lawnyavawnya.com/ 

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