À l'écran et sur scène, À La Une, Arts et culture, Tous

Stolen Sisters: Du théâtre ayant le coeur sur la main dans un coeur réel

Stolen Sisters est une pièce à un seul acteur, spécifique à un site. Deantha Edmunds entre simplement dans la rangée de chaises entourant le Heart Garden sur le terrain de la résidence du gouverneur (Government House), se retourne et entame sa performance, en marchant dans le jardin. Ses mots sont livrés directement au public – parfois chantés – le texte est direct et expositif. Il n’y a pas d’artifice pour faire croire qu’elle ne s’adresse pas à nous. Aucun signe du fameux quatrième mur.

Joan Sullivan – Traduction Le Gaboteur

Texte original publié en anglais dans Newfoundland Quarterly

Tout au long des quelque 75 minutes que dure le spectacle, elle devient tour à tour: Oubee, une enfant kidnappée en juillet 1791 et vendue à la famille Stone de Trinity; Shanawdithit, qui en 1828 a partagé ses mots et dessins avec Sir William Cormack et son Institut Beothuk; et Santu Toney, née en 1850 et interviewée par l’anthropologue américain Frank Speck, qui a publié en 1922 que le père de Santu, Joe Kop, était Beothuk.

Le passage d’une scène à l’autre est indiqué par l’utilisation d’accessoires simples – une poupée de paille, un crâne et un foulard. Le costume d’Edmunds, une jupe rouge et un haut à manches longues avec une ceinture blanche à franges et des bandes bleues, blanches, orange, noires et jaunes, ne change pas.

Écrit et réalisé par Leahdawn Helena, Stolen sisters est un spectacle sur l’histoire des Beothuk. Photo: Courtoisie Joan Sullivan

Incarnant Oubee, elle salue les spectateurs et leur demande qui ils sont. «Votre peuple vous a bien nommés.» Elle raconte comment elle s’est retrouvée dans la servitude des Stones, une situation pour laquelle elle était censée être reconnaissante. «La gratitude, c’est faire des lits.» Lorsque les Stones sont retournés en Angleterre, ils ont emmené l’enfant avec un autre domestique, Jack, originaire des Antilles. «Il y a autant de gens en Angleterre qu’il y a d’arbres chez nous.» Il y a aussi des cadeaux et des friandises spéciales à trouver là-bas – mais également le mal du pays et la maladie qui va la tuer. «Jack a été le premier à tomber malade.»

Devenue Shanawdithit, Edmunds est maintenant une jeune femme, dans un espace liminal, qui demande au public «Savez-vous par hasard où nous sommes?». Shanawdithit a laissé une trace historique, mais pas, souligne-t-elle, un portrait – il s’agissait en fait de sa cousine, Demasduit, appelée Mary March, et simplement copiée pour la représenter, rebaptisée Nancy April. Elle raconte une coexistence assez bénigne, voire affectueuse, avec Cormack, mais ses sentiments à son égard ont changé après son retour en Écosse, porteur, apprend-elle, des crânes volés de Demasduit et de son mari. «Comment pouvez-vous pardonner à quelqu’un une chose pareille?» Plus troublante encore est le fait qu’elle sait très bien qu’elle devrait porter le poids et la connaissance de cette violation.

Puis, Edmunds se transforme en une vieille femme, Santu, et promet: «Je vais vous dire la vérité telle que je la connais.» Sa vie était souvent difficile, surtout dans le système scolaire catholique. «Tout le monde avait une cicatrice. Et tout le monde connaissait quelqu’un qui n’était pas rentré à la maison». Mais elle était adorée par ses tantes, et portait en elle sa propre résilience. «Et donc j’ai suivi mon chemin de joie».

Edmunds a une forte présence sur scène et adopte un ton ouvert et accueillant, même si elle traite des sujets difficiles. Le sujet est à la fois important d’un point de vue historique et fait aussi l’objet de manchettes contemporaines parfois conflictuelles, compte tenu de la complexité du débat sur les possibles lignées et cultures autochtones.

Stolen Sisters est au minimum le quatrième one-woman show présenté par Persistence, qu’il s’agisse d’un scénario original ou d’une reprise. Il s’agit d’un forum et d’un format qui peut vraiment permettre à un interprète de rayonner.

Il est également intéressant de noter que d’autres pièces ont été produites dans les environs – la lieutenante-gouverneure de TNL, Judy Foote, s’est engagée à ouvrir les terrains de la résidence du gouverneur (qui appartiennent au public) avec des cours de yoga, des sculptures publiques et des pièces de théâtre en plein air. Si le Heart Garden est particulièrement approprié pour ce spectacle, il existe d’autres espaces, avec de temps en temps une averse, une sirène ou un chien qui aboie en arrière-plan.

À lire aussi: 

Nora Fence avec un éventail en arc-en-ciel.

Nora Fence, sans offense

Le jour, Morgan Moakler Jessiman travaille comme coordinatrice chez Canadian Parents for French. Le soir, elle enfile des bas et des gants dans le rôle de Nora Fence, son alter

Lire la suite »
Une femme assise sur le pont d'un voilier, elle tient une caméra vidéo vers la gauche.

Sur l’eau à la recherche de Farley Mowat

«Vous êtes fous, c’est trop dangereux!»: ce sont les paroles du réalisateur et producteur francophone Xavier Georges, lorsque la cinéaste et productrice Martine Blue lui a parlé de son projet de tourner une série en voilier sur la côte sud de Terre-Neuve. Pas si fou que cela finalement, car: après la sortie de la saison 1 de Floating after Farley en avril dernier, la réalisatrice hisse à nouveau les voiles avec son compagnon Isaac Blue pour une deuxième saison, où ils mettront notamment le cap sur Saint-Pierre et Miquelon. Rencontre avec le couple Blue, lors de leur passage au St. John’s International Women’s Film Festival mi-octobre.

Lire la suite »
Deux femmes font un spectacle avec une marionnette d’une vieille dame. Au-devant de la scène a la droite est une valise ouverte avec une photo sur le couvercle, au font sur le même coté est une chaise bleu et rouge.

Mettre sa créativité en avant, derrière une marionnette

Louise Gauthier créera de la place pour le jeu lors d’un atelier de marionnettes pour adultes au Centre scolaire et communautaire des Grands-Vents le 22 octobre prochain. Cela fait 15 ans que la marionnettiste travaille avec les enfants, mais cela sera son premier atelier de marionnettes pour adultes.

Lire la suite »

Les commentaires sont modérés par l’équipe du Gaboteur et approuvés seulement s’ils respectent les règles en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre premier commentaire.

Laisser un commentaire

Choisir votre option d'abonnement au Gaboteur

Numérique

(web + tablette + mobile)
Annuler à tout moment

Papier

(accès numérique inclus)
Annuler à tout moment

Infolettre

(des courriels de nous)
Annuler à tout moment