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Résister pour changer: la revue scientifique Janus Unbound

En novembre 2021, paraît le premier numéro de la revue scientifique Janus Unbound: The Meaning of Colonisation in the 21st Century, publiée par l’Université Memorial (MUN).  Derrière le projet sur la littérature anglophone se trouve Mohamed Salah Eddine Madiou, algérien francophone. L’auteur et fondateur de la revue raconte ce qui l’a emmené à venir étudier à St. John’s et ce qui l’a poussé à fonder cette revue scientifique malgré les nombreux obstacles.
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David Beauchamp

Après un parcours migratoire éreintant en raison de la COVID-19 en 2021, Mohamed Madiou a bien trouvé sa place à MUN. En novembre, il a même été le capitaine de la publication d’une nouvelle revue scientifique qu’il a fondé, Janus Unbound

Un projet qu’il prépare depuis 2018, il a dû attendre quelques années avant de voir publier la revue par une institution académique. Malgré les complications, la première publication de la revue a finalement vu le jour, emmenant avec elle un vent de fraîcheur dans le domaine des études littéraires et postcoloniales.

Un algérien francophone au Département d’anglais

Originaire d’Algérie, Mohamed Madiou a grandi avec le français comme deuxième langue d’usage. Cependant, c’est la langue anglaise qui a su le passionner, et ce depuis un jeune âge. Il mentionne la fascination qu’il a éprouvée en lisant The Scarlet Letter de l’auteur américain Nathaniel Hawthorne, œuvre datant du 19e siècle écrit en vieil anglais. «J’ai eu une professeure d’anglais qui m’a beaucoup inspiré», ajoute-t-il au sujet de sa passion pour cette langue. 

Plus tard, il étudie en littérature anglaise lors de son premier doctorat en Jordanie. Selon lui, la façon d’étudier ce domaine est différente comparativement à ici: «[en] Jordanie, l’anglais est mélangé avec des auteurs arabes par exemple. Ici, […] il y a un plus grand intérêt littéraire et une plus grande ouverture sur les différents courants littéraires», précise-t-il. C’est d’ailleurs la première fois qu’il se retrouve dans un environnement où l’anglais est la principale langue d’usage.

Cette ouverture d’esprit lui permet de suivre plus librement ses intérêts, notamment l’étude de la notion du postcolonialisme dans la littérature anglophone et éventuellement de se consacrer à sa revue scientifique. En raison de son «angle anticolonial qui critique les idées préconçues et qui encourage le débat», la revue a emmené des grosses pointures du monde académique à s’y intéresser. Spécialiste du postcolonialisme et de la littérature, Gayatri Chakravorty Spivak, et Judith Butler, philosophe politique s’intéressant à la question des genres, ainsi que l’actrice Rose McGowan, ont toutes collaboré soit par une contribution écrite, soit en étant membre de l’équipe éditoriale.

La résistance académique

Le titre de la revue, Janus Unbound («Janus délié» dans la langue de Molière), évoque le dieu romain des nouveaux commencements, homonyme du mois de janvier. «Janus symbolise le changement et Unbound symbolise la résistance,» explique le fondateur de la revue. «Résister pour changer,» précise-t-il. 

Alors que le titre décrit bien le sujet, pour l’auteur, le monde académique est aussi un terrain sur lequel il est important d’organiser cette résistance et cette volonté de changement.

Cette conviction découle de son expérience dans le monde académique, où trop souvent, il voyait ses nombreux travaux être refusés, parfois sans même être lus. Ceci l’amène à qualifier le monde académique de «conservateur» par cette volonté de créer un moule pour les étudiants(es) où ils ne peuvent pas travailler librement. En réaction, Mohamed Madiou a décidé de fonder sa revue qui se veut «un espace […] «unbound», ou libre, où on peut s’exprimer de la façon dont on veut s’exprimer».

Briser des normes pour des sujets controversés

Les objectifs de la revue sont simples pour son fondateur: «la révision et la correction de ce qui a été dit dans le monde académique, la légitimation de la critique au sens propre du terme [et] l’exploration de nouveaux horizons intellectuels». 

La confrontation des sujets considérés délicats est aussi un principe important. L’auteur mentionne la situation en Palestine en exemple, qui est un sujet généralement évité et censuré dans le monde académique. Il explique que le domaine d’études postcoloniales tend à ignorer la Palestine, ce qui est pour lui illogique puisqu’Edward Saïd, auteur de L’Orientalisme et considéré comme le pilier fondateur du postcolonialisme, est palestinien lui-même. Il souhaite donc, à travers sa revue, traiter de tous les sujets et surtout ceux qui demeurent controversés.

Le prochain numéro de Janus Unbound, «Settler-colonialism and indigenous communities» («Occupation et communautés autochtones»), est prévu pour le mois de juin 2022.


Toutes les informations concernant la revue sont disponibles sur Twitter et sur Facebook au @janusunbound.

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