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Rafale FM entache la crédibilité des autres organismes francophones

Rafale FM

« Ce qui se passe avec Rafale FM entache indirectement la crédibilité des autres organismes francophones de Terre-Neuve-et-Labrador. Ses enjeux sont beaucoup plus larges que Rafale FM : ils touchent la francophonie organisationnelle de tout le pays », a soutenu l’expert en gouvernance communautaire Rémi Léger, dans une entrevue exclusive avec Le Gaboteur.   

Rémi Léger est professeur de sciences politiques à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique. Il est aussi le directeur de la revue Francophonies d’Amérique, le responsable du comité de recherche sur les politiques des langues au sein de l’Association internationale de science politique et chercheur associé à la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa.

« Je m’intéresse à la reconnaissance et au pouvoir d’agir des minorités linguistiques ainsi qu’à la gouvernance publique et communautaire. Je suis notamment spécialiste des minorités francophones à l’extérieur du Québec et des politiques linguistiques canadiennes », explique ce natif de Cocagne, sur le littoral acadien, sur son site Web personnel.

Rejoint au téléphone à ses bureaux de Vancouver pour apporter un éclairage sur la gouvernance de Radio communautaire du Labrador, l’organisme qui pilote Rafale FM, monsieur Léger était déjà au fait des révélations entourant ses activités contenues dans les reportages diffusés sur le réseau national de Radio-Canada et en Acadie ainsi que dans Le Gaboteur depuis avril dernier.

Ces reportages dévoilaient que Rafale FM acceptait et facturait des publicités nationales alors qu’elle ne diffusait rien sur ses ondes. Radio Unie Target, l’entreprise qui relayait les commandes publicitaires des annonceurs nationaux à Rafale FM, a confirmé par écrit au Gaboteur que cette pratique a perduré jusqu’au 26 mars 2019.  Le journal a également eu la confirmation que Rafale FM a reçu des paiements pour des publicités nationales en 2018.

« Le fonctionnement de Rafale FM est-il normal? », avons-nous d’abord demandé au professeur Léger. « Rien de ce qui entoure cette radio est normal », a-t-il répondu du tac au tac.

Une coquille vide?

Même s’il s’agit d’évidences, cet expert en gouvernance a tenu à rappeler la formule standard de fonctionnement des organismes communautaires. « Ils ont un membership qui tient, une fois par année, une assemblée générale, qui élit un conseil d’administration. Ce conseil embauche une direction générale, qui lui rend des comptes. Ce conseil rend à son tour des comptes aux membres en lors des assemblées générales annuelles », a-t-il résumé.

Rémi Léger a aussi tenu à rappeler que les organismes communautaires sont non seulement redevables à leurs bailleurs de fonds, publics ou privés, mais qu’ils sont également redevables à la communauté. « Tout indique que depuis 2013, Rafale FM n’est pas un organisme communautaire. Si des AGA ont eu lieu, la communauté n’en a aucune trace. Tout ça donne l’impression qu’on a affaire à une coquille vide », a-t-il également observé.

Le recours à une direction générale bénévole est un autre élément du fonctionnement de Rafale FM qui a fait sursauter monsieur Léger. « Quand un organisme n’a plus de fonds pour embaucher du personnel, c’est le conseil d’administration qui fait le travail. Et si le CA constate qu’il n’y a plus de fonds pour réaliser son mandat, il ferme la porte de l’organisme. »

Rémi Léger
L’expert en gouvernance communautaire, Rémi Léger. Photo : Courtoisie

Réactions normales

Rafale FM a encaissé des revenus publicitaires alors que ni sa station CJMR-FM de Labrador City ni l’émetteur de St. John’s ne diffusait du son. Voilà la révélation principale des reportages de Radio-Canada et du Gaboteur diffusés en avril dernier, preuves à l’appui. Dans sa lettre du 22 mai au CRTC (voir article ci-bas), Rafale FM semble reconnaître qu’une telle pratique a eu cours après que CJMR ait cessé d’être en ondes, « en juillet 2018 », établit sa direction, tout en précisant « qu’il n’a jamais été question de mauvaise foi de la part de CJMR-FM », toujours selon sa direction.

Rafale FM est loin d’être le seul organisme francophone du pays ayant fait l’objet de reportages contenant des révélations troublantes. Ainsi, des allégations de mauvaise gestion des fonds publics ou de comportements inacceptables, comme du harcèlement, ont fait les manchettes dans d’autres provinces, notamment en Alberta et en Saskatchewan. « Dans ces cas, des francophones se sont levés debout et ont pris la parole pour dire “Non!” », a noté le professeur en sciences politiques.

Rémi Léger a aussi donné en exemple le cas récent de l’organisme ontarien La passerelle, financé par Ottawa et Queens Park, passé sous le couperet du Toronto Star. « La Passerelle, via son avocat, a fait une déclaration publique niant les allégations de mauvaise gestion des fonds publics. Ça, c’est une réaction normale. On nie ou on conteste ou on s’excuse. Bref, on réagit publiquement », a insisté le professeur Léger.

Dans d’autres provinces, lorsqu’une petite organisation comme Rafale FM, est confrontée à des critiques médiatisées, il arrive aussi que l’organisme porte-parole provincial lui vienne en aide, a aussi rappelé l’expert en gouvernance. Or, ici, cet organisme, la Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador, a comme directeur général salarié nul autre que… le directeur général bénévole de Rafale FM, Gaël Corbineau.

Briser le silence

Selon Rémi Léger, le silence qui entoure Rafale FM dans la province et ailleurs dans la francophonie organisationnelle du pays empire la situation. « Ça donne l’impression qu’il y a des choses à cacher. Si ce n’est pas le cas, expliquez-vous! Parlez! Les autres organismes ont intérêt à briser le silence parce que cette situation peut avoir des conséquences pour eux », a-t-il conclu.

— Un texte de Jacinthe Tremblay, paru dans Le Gaboteur du 3 juin 2019

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