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Donner sa langue au chien

Lorsqu’il aboie, votre chien fait-il wouf wouf, wau wau ou arf arf? Répond-il à assis, sit ou sitz? Maya, Pango et Fiesta, eux, sont trois fiers représentants de la race canine qui peuvent se targuer d’avoir été exposés à deux langues. Mini portraits de ces bêtes à poils et de leur compagnon à deux pattes.
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Marie-Michèle Genest

Une border collie avec la fourrure noir et blanche est assis sur une terrasse de bois. Elle porte des lunnettes de soleil reflective avec une monture noir.
Photo: Courtoisie Charles Pender

Maya, l’aventurière bilingue

«Hey Maya, qu’est-ce que tu fais! Viens, Maya!» Les oreilles de la femelle border collie se dressent, et, toute excitée, elle prend dans sa gueule son jouet et se dirige vers son maître, Charles Pender. «Elle est tellement vite, elle ne reste jamais en place», relate l’homme dans un français impeccable. Résidant à Corner Brook, cet anglophone a enseigné l’immersion française pendant plus de 30 ans dans les établissements secondaires de la région.

Malgré son énergie à revendre, Maya est une chienne très gentille, obéissante et autonome, au dire de son maître. Ses yeux ronds et dorés attestent une vive intelligence. Afin de lui faire relever des défis à sa hauteur — Maya peut sauter jusqu’à six pieds de haut —, son maître l’a inscrite à un programme d’entraînement d’agilité où elle réalise des parcours à obstacles.

Il faut dire que l’humain de Maya est tout aussi actif et aventureux. Très impliqué dans sa communauté, Charles Pender est un retraité qui endosse pour la troisième fois le rôle de conseiller municipal à Corner Brook. Maya l’accompagne souvent aux activités auxquelles il prend part. Récemment, la chienne est allée manifester dans les rues de la ville, à sa manière, contre la guerre en Ukraine.

Charles Pender a toujours apprécié la présence des chiens. D’ailleurs, ses deux précédents compagnons étaient aussi bilingues. Même plus que Maya, qui soufflera trois bougies en juin prochain. «Maya hésite un peu en français, mais elle comprend», concède-t-il. Alors qu’elle reconnaîtrait une quarantaine de mots en anglais, l’étendue de son champ lexical en français serait un peu moins vaste. Le fait qu’elle ait passé 10 mois avec son maître dans le nord de l’Alberta, l’année dernière, l’a davantage exposée à la langue anglaise. «Il faut qu’elle rattrape un peu, on va faire des cours intensifs», blague Charles Pender. Au moins, lorsqu’il part en voyage sans sa chienne, ce sont des amies françaises qui en ont la garde; une belle opportunité pour accroître ses compétences linguistiques!

Il ne fait aucun doute que Maya fait partie intégrante de la vie de Charles Pender, qui semble bien remplie. «Nous allons faire nos baguettes pour la semaine, maintenant, Maya et moi». Qui a dit qu’un chien ne pouvait pas mettre la patte à la pâte?

Photo: Courtoisie Marion Phillips

Pango entretient son héritage allemand

Malgré ses origines germaniques, le jeune berger allemand Pango porte un nom qui signifie noir en maori. Pango est bel et bien tout de noir vêtu, mais il ne comprend pas cette langue parlée par le peuple autochtone du même nom en Nouvelle-Zélande; il répond plutôt aux ordres donnés en allemand: bleib (reste), fuss (au pied), such (va chercher), ou platz (couché).

Pourtant, sa maîtresse, Marion Phillips, est une anglophone habitant à St. John’s. Elle s’y connaît bien en canidés, ayant même complété un certificat en comportement animal appliqué à l’Université de Washington. Sa passion pour les chiens remonte à loin. Depuis son enfance, son père élevait des setters Gordon pour la chasse à la perdrix. Mais c’est surtout envers les bergers allemands qu’elle voue un amour sans borne. Elle en possède depuis 1991. «Ils sont très actifs, intelligents, volontaires et ils n’abandonnent jamais», décrit-elle avec passion.

Ayant de l’expérience avec les concours d’obéissance canine, elle pratique avec Pango le IGP, un sport canin provenant de l’Allemagne destiné aux chiens de travail et de protection de race allemande. Cela implique donc de donner les commandes dans la langue de Goethe, malgré le fait qu’elle n’hésite jamais à lui parler affectueusement en anglais. Peu importe la langue utilisée, car le plus important, selon l’initiée, est que les repères verbaux doivent être associés à une activité pour laquelle les chiens sont récompensés. Les mots courts à une syllabe sont d’ailleurs les plus susceptibles d’être compris par les chiens. De plus, selon Marion Phillips, l’intonation et les émotions utilisées ajoutent une information supplémentaire pour les toutous, qui préfèrent les tons enjoués.

Malgré sa grande écoute, Pango est encore un adolescent dans l’âme qui fait rire avec des comportements parfois étranges. Par exemple, il aime tournoyer sur trois pattes en essayant d’attraper la quatrième. Enfin, un chien c’est un peu comme avoir un enfant, selon Marion Phillips. Et le rôle du parent, selon elle, est de le supporter le mieux possible dans son passage vers l’âge adulte, pour que Pango demeure un good boy.

Un selfie d’une dame avec des dreadlocks blond qui tient un chien qui est un mélange de beagle et de setter anglais et a de la fourrure noir et blanche.
Photo: Courtoisie Erin Duffett

Fiesta a trouvé le bonheur en anglais

C’est une tempête de neige et un party de Noël qui ont réuni Fiesta et Erin Duffett pour la vie. Celle qui travaille à la SPCA de Clarenville depuis 2018 devait garder la chienne pour quelques jours seulement, mais cette dernière n’a plus jamais voulu repartir. «Elle m’a choisie, j’en suis assez certaine», affirme avec reconnaissance la jeune femme. Le mois de janvier a donc été le théâtre d’une double célébration. Celle soulignant l’adoption de Fiesta, un heureux mélange de beagle et de setter anglais, et celle qui a marqué son dixième anniversaire de naissance.

Malgré un nom à consonance espagnole, Fiesta a passé les six premières années de son existence à Saint-Pierre-et-Miquelon, à évoluer dans un univers francophone. Et contrairement à ce que son nom puisse le présager, son quotidien n’a pas toujours été des plus heureux. La chienne a ensuite été adoptée par une famille terre-neuvienne, qui ne s’est toujours pas avérée la bonne. Incomprise, selon Erin Duffett, Fiesta a donc été reconduite au refuge animalier où travaille son actuelle maîtresse, et où se scellera son heureuse destinée.

C’est aussi sur son lieu de travail que Erin Duffett a succombé aux charmes de trois autres chiens et quatre félins. Oui, vous avez bien lu: la grande amoureuse des animaux partage maintenant sa vie avec huit colocataires très poilus! «Je supporte l’adoption des animaux, ça c’est certain!», rigole-t-elle.

Comme la SPCA de Clarenville accueille souvent des chiens en provenance de Saint-Pierre-et-Miquelon, Erin Duffett connaît bien les ordres en français. Elle a d’ailleurs tenté de les transmettre à Fiesta, question d’honorer ses origines, mais la chienne semble avoir relégué sa langue natale aux oubliettes. «Peut-être que ça lui rappelle de mauvais souvenirs», suggère tristement sa maîtresse. Nouvelle vie, nouvelle langue donc. Désormais, le nom de Fiesta prend tout son sens, et l’amour transmis par sa nouvelle famille lui a permis de redevenir active et enjouée. Et de faire de chaque jour une véritable fête!


Photo: Courtoisie Erin Duffett

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