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Carnet de voyage: Épisode 7

Dans cette série littéraire mêlant l’autobiographie au carnet de voyage, une professeure en archéologie à l’Université Memorial vous invite à l’accompagner dans ses réflexions et aventures à travers le temps et les paysages de la côte Atlantique à la recherche de futurs alternatifs.
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Chasse aux possibles de Baie-Comeau à L’Anse aux Meadows

Texte: Véronique Forbes – Illustrations: Catherine Arsenault

Lorsque nous sommes arrivés près de la frontière du Big Land, nous étions entourés de la même forêt majestueuse qui continuait de s’étendre devant nous. Ça a fait drôle de penser qu’on s’apprêtait à quitter le Québec pour entrer dans le Labrador. Je connais un peu l’histoire de cette frontière pas trop claire disputée entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador dans leurs quêtes aux ressources naturelles, mais c’est plutôt l’expérience de vivre des gens d’ici qui m’intéresse.   

Est-ce que ceux qui vivent près de la frontière – de Fermont jusqu’à Labrador City – se considèrent Québécois ou Labradoriens, ou un peu des deux? Quelles identités uniques se sont développées ici? Les Innus auraient sans doute les réponses les plus intéressantes à mes questions songeuses, bien qu’elles trahissent mon ignorance des réalités de cette région pourtant si près d’où j’ai grandi.

Le panneau annonçant notre arrivée au Labrador.

Pour moi, les deux côtés de la frontière semblaient faire partie du même monde, même si les panneaux de signalisation me rappelaient qu’encore une fois, je quittais mon chez moi pour entrer dans une autre phase de mon aventure…

J’ai pensé à Sam Gamegie, frappé par la réalisation qu’un pas de plus, et ce serait le plus loin de La Comté qu’il avait voyagé. (Pour ceux qui sont un peu moins geek que moi, il s’agit d’une scène du premier tome du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien). 

La Comté, Hobbiteville, Cul-de-Sac: toutes des métaphores pour la maison, pour son «chez soi». 

Les romans fantastiques, les bandes dessinées et les jeux vidéo m’ont donné le goût de l’aventure. Il m’ont permis de visiter des châteaux, de faire la connaissance de dragons et d’elfes, de faire de la magie et de longs voyages à pied ou à cheval, ainsi que d’admirer des villages suspendus dans les arbres… Enfant, j’étais fascinée autant par les animaux, les cercles de pierre et les pyramides que par les fantômes, les sorcières et les vampires. Je dévorais toutes sortes d’histoires qui nourrissaient mon imagination.

Ainsi, quand ma famille m’a emmenée dans le Vieux-Québec quand j’étais petite, pendant nos visites chez ma tante Andrée et mon oncle Burney, j’étais émerveillée par cette ville qui me semblait tout comme une cité médiévale. Je me rappelle comment la sensation de marcher pour la première fois sur des rues pavées m’a marquée, et à quel point je trouvais les maisons de pierres avec leurs toits colorés jolies. Les canons sur les remparts semblaient raconter des batailles légendaires…

C’est comme ça que toute jeune, j’ai décidé d’explorer le monde pour voir et vivre des choses qui m’étaient inconnues. Mes rêves d’aventure m’aidaient à avancer lorsque je me sentais trop différente des autres enfants, parce que je ne m’intéressais pas vraiment aux mêmes choses qu’eux. 

Je ne pense pas que j’avais réalisé, par contre, que de poursuivre mes rêves nécessiterait que je déménage loin du bercail pendant si longtemps. Vivre loin de ma famille, c’est bien ce que je trouve le plus difficile. Mais il n’y a rien comme le sentiment de revenir chez soi et de retrouver ses êtres chers après être partie des mois, sinon des années. 

Nous avons croisé un ours noir sur la route entre Labrador City et Goose Bay.

Je suis infiniment reconnaissante envers mes parents, qui m’ont encouragée et supportée même quand j’ai choisi un parcours plutôt risqué. Maman m’a dit qu’ils l’ont fait parce que j’étais tellement certaine que c’était ce que je voulais faire. 

Quand papa est venu me reconduire à l’aéroport de Montréal pour mon premier vol, alors que j’avais 20 ans, mon visage réjoui lui a réchauffé le cœur et c’est à ce moment qu’il a su que j’étais vraiment prête à partir à l’aventure!

Maintenant que j’ai eu la chance inouïe de vivre en Écosse, en France et sur l’île de Terre-Neuve, ma notion de «chez moi» s’est un peu plus compliquée. Des âmes sœurs rencontrées dans des pays lointains sont devenues en quelque sorte de la «famille éloignée», et des contrées devenues familières jouent le rôle de «chez moi» alternatifs. 

Bilbon Sacquet avait bien raison de dire qu’«il est fort dangereux […] de sortir de chez soi. On prend la route et si l’on ne regarde pas où l’on met les pieds, on ne sait pas jusqu’où cela peut nous mener». 

Le temps que l’agente à la frontière du Labrador inspecte nos documents de vaccination, et nous revoilà en route, cette fois dans ma province d’adoption.

Les collines couvertes de forêts, les lacs et les rivières ont défilé par la fenêtre de notre voiture jusqu’à ce qu’on atteigne Labrador City. Après une nuit au Two Seasons Inn, nous avons repris la route tôt le matin. Après seulement quelques kilomètres, nous avons dû ralentir pour laisser passer un ours noir peu timide qui se baladait tranquillement sur l’autoroute! 

Voilà une différence avec mon petit bout du Québec où j’ai grandi. Même si les ours noirs habitent les forêts entourant Baie-Comeau, je ne les ai jamais rencontrés. La plus grosse bête que j’ai croisée aux alentours de ma ville, c’est un porc-épic!

Au moment d’écrire ces lignes, je m’apprête à m’envoler pour le Royaume-Uni pour voir la famille de Paul pour la première fois depuis trois ans, et revoir Aberdeen, la ville écossaise où nous nous sommes rencontrés.

Je reprendrai mon récit de notre périple du Labrador jusqu’à L’Anse aux Meadows en septembre. 

Profitez bien de l’été, et qu’il vous apporte du repos, de belles rencontres et bien sûr… quelques aventures! 


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