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L’histoire (et la guerre) en Ukraine

Le 24 février 2022, à environ 2h du matin, des Ukrainiens partout au pays se sont réveillés au son des explosions. L’aéroport de ma ville ancestrale d’Ivano-Frankivsk était parmi les premières cibles. Cela s’est déroulé quelques minutes après que Vladimir Poutine, le président de la Russie, ait annoncé une «opération militaire spéciale» pour «protéger les russophones du Donbas» (une région à l’est de l’Ukraine). Mais qu’est-ce que tout cela veut dire? Comment en est-on arrivé là? Certaines réponses vont être données dans cet article qui vise à éclairer certains moments importants de l’histoire de l’Ukraine.
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Mark Cherwick

Élève de 6e année à l’École des Grands Vents

Article original publié dans le journal étudiant Les aventures EGV

Pendant des siècles, l’Ukraine a existé sous le contrôle de puissances étrangères. Les Mongols, les Polonais, les Turcs, les Autrichiens, les Russes… tous ont voulu imposer leur culture aux Ukrainiens. Beaucoup d’Ukrainiens ont dû quitter l’Ukraine pour cette raison et ont émigré vers d’autres pays. À la fin du XIXe siècle et au cours du XXe siècle, beaucoup d’Ukrainiens choisiront notamment, comme terre d’accueil, le Canada (c’est comme ça que la famille de mon père est arrivée ici). 

L’UNR en 1918. Photo: Wikimedia Commons

La plupart des gens sont pourtant restés. En 1918, ils formeront la République Populaire Ukrainienne (UNR), mais elle était instable et elle fut envahie complètement par les Polonais et l’Union soviétique (URSS) en 1921. 

Du rideau de fer à l’indépendance

Dans l’Union soviétique, surtout après 1924 alors que Joseph Staline prend le pouvoir, la culture et la littérature ukrainiennes sont réprimées en faveur de la culture et de la littérature russes. En 1932-1933, 5 millions d’Ukrainiens meurent de faim aux mains du dirigeant soviétique. Cet évènement s’appelle l’Holodomor, de l’ukrainien Holod («la faim») et mor («beaucoup»). Ces Ukrainiens morts ont été ensuite remplacés par des Russes. 

Tout cela fait en sorte que lorsque l’Allemagne Nazie envahit l’Ukraine en 1941, beaucoup d’Ukrainiens les accueillent en grands libérateurs, en héros. Stepan Bandera, le chef de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), une organisation qui combattait pour libérer l’Ukraine de l’emprise soviétique, a même voulu créer une Ukraine indépendante avec l’aide des Nazis. 

C’est pour cette raison que, plus d’un demi-siècle plus tard, le gouvernement de Poutine appelle souvent tous les Ukrainiens des nazis afin de justifier l’invasion de l’Ukraine. À mon avis, cela n’est pas logique puisque le président actuel de l’Ukraine est un juif russophone. Je trouve aussi que cet argument ne représente pas véritablement l’histoire, puisque les Ukrainiens dans les années 1940, incluant Bandera, ont vite compris ce que les Nazis avaient réellement en tête: éliminer tous les Ukrainiens pour les remplacer par des Allemands. 

La Révolution Orange. Les drapeaux disent «Tак» qui veut dire «Oui», ce qui était le slogan de Yushchenko. Photo: Wikimedia Commons
Euromaidan et Révolution de dignité. Photo: Wikimedia Commons

Le OUN a d’abord commencé à combattre l’Allemagne, les Soviétiques, et les partisans polonais. Par contre, tout cela n’aura aucun impact car en 1945 les Soviétiques reprennent le contrôle de la région. Suite à la mort de Staline en 1953, le nouveau chef de l’URSS, Nikita Khrouchtchev rend la péninsule de la Crimée à l’Ukraine en 1954, après que sa population autochtone, les Tatars de Crimée, eurent été déportés au Kazakhstan et remplacés par des Russes. Ce n’est qu’au moment de la dissolution de l’URSS qu’ils pourront finalement revenir en Crimée.

Note de 1,000,000 de karbovantsiv, monnaie de l’Ukraine avant la hryvnia. Photo: Wikimedia Commons

En 1985, Mikhaïl Gorbatchev devient le chef de l’URSS, et il commence un processus de démocratisation. Par contre, cela ne donne pas le résultat prévu, et cela ne crée que des sentiments nationalistes et séparatistes. L’instabilité politique en Ukraine s’accentue en 1986 lors du désastre de Tchernobyl, un des pires désastres nucléaires de l’histoire de l’humanité. 

Le 11 mars 1990, la Lituanie est le premier pays à déclarer son indépendance de l’URSS, et la Lettonie et l’Estonie lui emboîtent le pas juste après. Au mois d’août 1991, des communistes radicaux prennent le contrôle du gouvernement et kidnappent Gorbatchev pour essayer de préserver l’URSS. Ils n’obtiendront pas ce qu’ils espéraient: l’Ukraine déclare son indépendance le 24 août. Par la suite, un référendum sur cette déclaration a lieu le 1er décembre 1991, et toutes les régions de l’Ukraine votent en majorité pour l’indépendance du pays.

Carte des résultats de l’élection de 2005. On peut clairement voir où habitent les russophones et les ukrainophones. Photo: Wikimedia Commons

Des luttes pour l’indépendance

Les premières années d’indépendance ont été difficiles pour l’Ukraine. La corruption, le crime, une crise économique et l’hyperinflation sont devenus de très grands problèmes. Les gens n’avaient pas d’argent et les files d’attente pour les magasins s’allongeaient sans fin; acheter ce dont on avait besoin pouvait prendre des heures. Le président, Leonid Kuchma, a bien essayé de régler ce problème en créant une nouvelle monnaie, la hryvnia, en même temps que l’adoption de la constitution ukrainienne, et ç’a fonctionné jusqu’à un certain point. Mais l’Ukraine était toujours beaucoup plus pauvre qu’elle ne l’avait été du temps de l’Union soviétique. Sans compter que Kuchma avait une réputation entachée par la corruption et que quiconque n’était pas d’accord avec lui en subissait les conséquences, souvent graves. 

Par contre, puisque Kuchma avait été élu en 1994 et que la constitution ukrainienne permettait seulement au président de servir 2 mandats de 5 ans, Kuchma a dû démissionner en 2004. Une élection a suivi où Viktor Yanukovych, un personnage avec de très grandes influences politiques et des connections à Vladimir Poutine, a gagné l’élection avec un pourcentage suspicieusement élevé. 

Le peuple ukrainien a très vite compris que les résultats avaient été falsifiés et la «Révolution Orange», une série de démonstrations pacifiques, a commencé. Ces démonstrations ont continué jusqu’à ce qu’une autre élection ait lieu. Viktor Yushchenko, le candidat de l’opposition, gagna cette élection, mais Kuchma put utiliser le peu de temps qui lui restait au pouvoir pour mettre en place des lois qui diminuent les pouvoirs du président pour que rien ne puisse se passer sous Yushchenko.

Carte de la situation à Donetsk et Luhansk 2015-2022. Photo: Wikimedia Commons

Yushchenko ne pouvait pas remplir  toutes ses promesses, alors vers la fin de son temps au pouvoir, le peuple le voyait comme étant malhonnête et permit à Yanukovych de gagner la prochaine élection. Yanukovych a pris beaucoup de décisions qui lui ont donné beaucoup trop de pouvoir. Il a notamment fait emprisonner le chef de l’opposition, Yulia Tymoshenko. Ses appuis venaient principalement des russophones, surtout autour de la ville de Donetsk; tandis que les ukrainophones, surtout autour de la ville de Lviv, le détestaient. 

Selon moi, Yanukovych a commis une grave erreur, quand, en 2013, il a décidé de ne pas signer l’accord d’association avec l’Union Européenne (ce qui aurait accéléré l’ascension de l’Ukraine à l’Union) en faveur de relations plus proches avec la Russie. 

Ce qui a suivi, c’était une énorme démonstration dans le Maidan Nezalezhnosti («Place de l’indépendance») à Kyiv. C’est pour cette raison que la manifestation est souvent nommée «Euromaidan». Le 18 février 2014, la police a commencé à tirer dans la foule, et des nationalistes, aussi armés, ont tiré sur la police, événement aujourd’hui connu sous le nom de «Révolution de Dignité». Ces confrontations violentes ont duré jusqu’au 22 février, quand la Verkhovna Rada (le parlement ukrainien) a démis Yanukovych de ses fonctions. Yanukovych s’était enfui en Russie quelques jours auparavant.

Mais les Ukrainiens n’ont pas eu beaucoup de temps pour célébrer leur victoire. La péninsule de Crimée, une région majoritairement russophone, s’est faite envahir quelques temps après par des troupes russes sans identification déterminant leur pays d’origine.  S’en sont suivies plusieurs attaques par des séparatistes pro-russes dans les régions de Donetsk et Luhansk, aussi russes en majorité. Le gouvernement russe les soutient avec des armes, de l’équipement et même des soldats. Le conflit fait rage depuis 2014, mais les lignes de front ont changé très peu entre 2015 et le 23 février 2022.

Le conflit n’a donc pas commencé le 24 février 2022, mais en 2014. Par contre, la guerre s’est depuis beaucoup intensifiée. L’invasion a en fait commencé quand la Russie a reconnu l’indépendance des «Républiques Populaires» de Donetsk et Luhansk. Poutine a déclaré une «opération militaire spéciale» quelques jours plus tard. Il a cru qu’il capturait Kyiv en 3 jours et que l’Ukraine se rendrait juste après. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. 

L’Ukraine, avec de l’aide de l’OTAN, continue bravement à se défendre, et les Russes paient le prix pour cette humiliation. La guerre a été pénible pour l’Ukraine, mais la Russie souffre d’avantage. En effet, des attaques ukrainiennes sur le territoire russe deviennent de plus en plus fréquentes, et les sanctions occidentales ont ruiné l’économie russe. Par contre, les troupes russes en Ukraine ont commis beaucoup de crimes de guerre et d’actes de génocide. Des milliers de civils sont déjà morts, et des millions d’autres ont fui l’Ukraine. 

On espère tous que tout ça finira vite, mais d’ici là: SLAVA UKRAINI («Gloire à l’Ukraine»)!

Derrière la plume

Mark Cherwick vient de terminer sa 6e année à l’École des Grands Vents. Né à Edmonton de parents ukrainiens, sa famille a déménagé sur le Rocher alors qu’il n’avait qu’un an. Lorsqu’il a eu l’âge d’aller à l’école, ses parents ont décidé de le mettre un peu au défi en l’inscrivant à une école du Conseil scolaire francophone provincial pour apprendre une nouvelle langue.

Déjà sur le point de terminer ses études à l’École des Grands-Vents, il maîtrisait la langue assez bien pour rejoindre l’équipe de rédaction du journal de son école, Les aventures EGV, en 5e année – soit un an plus tôt que les autres journalistes en herbe. 

Avec de la famille toujours en Ukraine, Mark a ressenti les horreurs de l’invasion russe dès le début de la guerre. Ses grands-parents habitent actuellement dans l’ouest de l’Ukraine, dans la ville d’Ivano-Frankivsk, dont l’aéroport a été bombardé à la fin du mois de février 2022.

«J’ai voulu écrire sur ça parce que c’est quelque chose qui est important pour moi, bien sûr, et [je trouve que] le monde n’est pas aussi éduqué qu’il devrait l’être sur ce sujet.»


Mark Cherwick a terminé l’année scolaire et a souligné la fin de son passage à l’École des Grands-Vents en écrivant cet article pour le journal étudiant, Les aventures EGV. Photo: Courtoisie Luce Landry

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