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Une enseignante queer aux maints chapeaux et maints drapeaux

Nathalie Brunet LGBTQ

Une conférence atelier sur la diversité de genres et de sexualités réunissant des jeunes, des parents et des enseignants aura lieu le 4 mai à l’école intermédiaire MacDonald Drive. L’instigatrice de cet événement est Nathalie Brunet, une enseignante francophone queer portant plusieurs autres chapeaux, dont celui de présidente du conseil d’administration du Gaboteur. Entrevue dans sa classe de science. 

Propos recueillis par Marilynn Guay Racicot.

D’où vient l’idée d’une conférence en faveur de la diversité?

Des associations étudiantes existent pour célébrer la diversité de genres et d’orientations sexuelles dans le milieu scolaire. En anglais, ces associations sont souvent nommées GSA, originalement pour Gay Straight Alliance, mais maintenant c’est beaucoup trop étroit comme terme alors on utilise alliance pour le genre et la sexualité.

Depuis 2013, je tiens un club GSA à l’école [intermédiaire Macdonald Drive] où j’enseigne les sciences. Ç’a été une grande joie pour moi de mettre ce groupe sur pied. J’ai fait le tour de mes classes pour inviter les jeunes à se joindre à ce club et les informer à la diversité. J’ai profité de l’occasion pour affirmer mon orientation sexuelle lesbienne devant mes élèves. Sortir devant six classes d’affilée en l’espace de deux jours, c’était quelque chose!

Ce moment a dû être marquant pour vous…

C’était un moment très marquant dans ma carrière. J’adore mon travail, j’aime ce que je fais, et encore plus depuis que je suis ouverte sur ma sexualité. Je peux maintenant apporter tout ce qui est de moi dans mon travail. J’apporte ma langue, ma culture, ma passion pour les sciences, ma flûte à bec et mon identité sexuelle!

Nathalie Brunet LGBTQ

Enseignante de sciences au programme d’immersion et animatrice du groupe étudiant Gender and Sexuality Alliance, Nathalie Brunet décore fièrement les murs de sa classe des drapeaux colorés de la diversité, sources de curiosité et de discussions ouvertes avec ses élèves. (Photo : Marilynn Guay Racicot / Le Gaboteur)

Comment réagissent vos collègues?

Il y a beaucoup d’acceptation et de célébration. Mon administration en particulier souligne souvent comment elle apprécie le rôle que je joue dans l’école parce que je suis très ouverte et très visible.

En quoi consiste le club que vous animez?

On se réunit une fois par cycle à l’heure du dîner. Souvent, c’est juste une occasion de bavarder entre copains. Il n’y a pas nécessairement d’activité formelle. Également, on fait régulièrement des cercles de présentation lorsque des nouveaux se joignent au groupe afin de leur permettre de prendre leur place. On a aussi des activités plus ludiques, comme la confection de t-shirts en tie and dye et la vente de pâtisseries pour ramasser de l’argent. On en a fait quatre et on a été extrêmement visibles dans l’école : les élèves du club étaient complètement mordus du colorant alimentaire et du sucre! Bref, c’était très coloré et animé!

Certains élèves du club se sont plaints qu’ils recevaient beaucoup de taquineries méchantes homophobes. Les élèves touchés par ces mesquineries ont exprimé le souhait de tenir une assemblée au sein de l’école afin de pouvoir en parler eux-mêmes à leurs camarades. En accord avec la direction, nous avons donc organisé une assemblée à l’occasion du Pink Shirt Day, journée de sensibilisation nationale à l’intimidation le 27 février dernier. Les jeunes ont préparé leur discours et ont parlé de genre et de sexualité devant toute l’école, suivi par la présentation d’un conférencier invité. Ils étaient bons, ils étaient préparés, remplis d’assurance et de dignité, j’en avais les larmes aux yeux.


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Comment l’école et la communauté étudiante ont-elles réagi?

Excellent soutien de la part de la direction. Dans l’ensemble, les jeunes se sont très bien comportés. Il y a eu des petits ricanements dans la salle, et une des jeunes locutrices à tôt fait de ramener ces jeunes à l’ordre. Le lendemain de l’assemblée, mes élèves m’ont demandé de tenir un cercle de discussion pour pouvoir revenir sur l’événement.

 

Lorsqu’il provient des pairs, le message est peut-être plus efficace…

Le conférencier invité était le jeune queer Taylor Stocks. C’est une personne assez jeune d’apparence, donc iel* connecte plus facilement avec les jeunes, mais en même temps est adulte et n’est pas aussi vulnérable que les jeunes de l’école. Iel a parlé du fait que dans sa jeunesse, on utilisait souvent l’expression « that’s so gay » pour dire que quelque chose était stupide et comment iel le faisait aussi et que c’est seulement après coup qu’iel a compris.

 

Vous affirmez être très ouverte en classe à propos de la diversité. Comment intégrez-vous ces notions dans vos cours de sciences à l’intermédiaire?

Il faudrait que je poursuivre ma réflexion concernant le langage à employer quand j’enseigne la reproduction en 9e année, notamment comment aborder la question de mâle et de femelle.

Par ailleurs, au début de chaque année scolaire, la première leçon sert à établir le climat dans la salle de classe et les notions de respect. J’en profite pour parler de diversité de talents et de cultures, mais aussi de diversité de sexualités et de genres. Généralement, les élèves [habituellement âgés entre 12 et 14 ans] sont très éveillés, ils sont pleins de curiosité et ils en savent déjà pas mal au sujet de la diversité. Certains d’entre eux sont déjà en questionnement et vont en profiter pour partager leur identité ou leurs questions. D’autres vont contribuer à la discussion en apportant des éléments d’informations supplémentaires à ma présentation, qui se veut surtout une introduction : « Y’a aussi des personnes non binaires madame! » Oui, c’est vrai!

* Pronom neutre employé dans le langage inclusif.

Que signifient les acronymes de la diversité?

LGBTQ2S+ est l’un des acronymes utilisés pour identifier les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queer et bispirituelles. L’identité sexuelle des personnes transgenres ne correspond pas à leur sexe biologique. Le terme parapluie « queer » désigne toutes les personnes dont l’identité sexuelle ne suit pas les conventions, incluant les personnes de sexe neutre ou non binaires. La bispritualité est une identité culturelle désignant des personnes autochtones qui s’identifient comme ayant deux esprits masculin et féminin. Enfin, le signe + est une extension qui rappelle que les identités de genre et d’orientations sexuelles sont complexes et dépassent toujours le cadre de toute représentation.

Cet article fait partie d’un dossier sur la diversité paru dans Le Gaboteur du 22 avril 2019.

 

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