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Carnet de voyage: Épisode 8

Dans cette série littéraire mêlant l’autobiographie au carnet de voyage, une professeure en archéologie à l’Université Memorial vous invite à l’accompagner dans ses réflexions et aventures à travers le temps et les paysages de la côte Atlantique à la recherche de futurs alternatifs.
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Chasse aux possibles de Baie-Comeau à L’Anse aux Meadows

Texte: Véronique Forbes – Illustrations: Catherine Arsenault


Re-bonjour, chères lectrices et chers lecteurs! 

J’espère que l’escale estivale vous a apporté le répit et les moments de détente dont on a tous besoin.

De mon côté, j’ai été assez gâtée. 

À la mi-mai, Paul et moi avons laissé le printemps confus de St. John’s derrière nous pour atterrir en plein été britannique, où nous avons enfin rattrapé le temps et les conversations perdus avec sa famille. Nous avons également fait la connaissance de bébé Kit, nouveau membre du clan Ledger.  

Prenant le train de nuit de Londres à Aberdeen, nous avons reçu un accueil chaleureux de nos vieux amis et collègues et pris le temps de revisiter le Château de Dunnottar, toujours perché sur sa falaise au-dessus de la Mer du Nord.

Au moment d’écrire les derniers épisodes avant la pause d’été, mon fardeau de travail était redevenu comme une montagne insurmontable malgré les leçons apprises et les efforts déployés pour rester à flot. 

Mon périple outre-mer et le temps passé entre famille et amis se sont encore une fois avérés l’antidote parfait pour guérir le stress accumulé pendant l’année académique. 

Pour ceux qui me lisent pour la première fois, le but de ce récit est de partager avec vous mon parcours de la ville où j’ai grandi jusqu’au village de L’Anse aux Meadows, tout au nord de l’île de Terre-Neuve. 

La plage de Pinware Park, l’endroit où j’ai commencé à esquisser le tout premier épisode de la Chasse aux Possibles.

À la fin du dernier épisode, nous avons finalement atteint le Big Land, après des centaines de kilomètres en voiture et plusieurs détours à travers le temps et l’espace. J’espère que vous avez apprécié mes réflexions et souvenirs d’enfance, même quand ils se sont égarés de notre itinéraire.  

Mis à part notre rencontre avec un ours noir, nos premiers quelques jours au Labrador ont été assez calmes et sans histoire. 

Notre plan un peu naïf de trouver un endroit pour camper entre Labrador City et Happy Valley-Goose Bay n’a pas fonctionné, car les sites potentiels identifiés grâce à Google étaient fermés. 

J’avoue que les ours et les mouches noires nous ont pas mal découragés de faire du camping sauvage. Nous nous sommes donc résignés à chercher un endroit pour dormir à Goose Bay. 

Arrivés en ville fatigués et affamés, nous avons opté pour la simplicité en prenant une chambre à l’Hôtel North 2. Nous avons même donné une deuxième chance à la chaîne de restos Jungle Jim’s, qui est dans le même bâtiment. 

La première fois que j’y ai mangé, c’était en chemin entre St. John’s et le quai de Port aux Basques. C’était juste après mon premier semestre d’enseignement à Memorial, lors de notre escapade en fourgonnette pour aller voir mes parents et récupérer les meubles et cartons qu’ils avaient gardés pour moi pendant des années. 

Disons qu’à cette occasion, je n’ai pas digéré mon fish’n chips paisiblement. C’était probablement plus l’effet du stress de fin d’année que la qualité de la nourriture, mais j’avais quand même évité Jungle Jim depuis.

C’est donc avec plaisir que je vous rapporte que le bol de chili que j’ai mangé à Goose Bay était par beaucoup meilleur que mes souvenirs de fish’n chips.

Une fois rassasiés, nous nous sommes baladés au centre-ville. C’est dommage que nous ayons eu si peu de temps pour explorer, car Goose Bay nous a semblé pas mal cool et animée. Ce n’est pas grave, ça nous donne une raison de plus pour repasser par la Trans-Labrador!

Le jour d’après, nous avons continué notre route vers la côte, conduisant presque 600 km jusqu’à Pinware Park, où nous avions réservé un espace pour notre tente. 

Nous avons trouvé un endroit où rester le temps d’une courte soirée à Goose Bay.

La dense forêt d’épinette aura toujours une place spéciale dans mon cœur car c’est dans ce paysage que j’ai surtout grandi. Mais que c’est beau la côte sud-est du Labrador! 

Lorsque nous sommes arrivés près du bord de la mer, j’ai été frappée de voir à quel point cela ressemblait à la fois aux rivages de la Grande Péninsule du Nord de Terre-Neuve, et même à certaines parties de l’Islande et de ma Gaspésie natale. 

Les arbres ici sont plus dispersés, et lorsque le soleil rayonne comme au moment où nous sommes arrivés, les vallons gazonnés scintillent d’un vert éclatant qui contraste avec le bleu de la mer. 

Arrivés au camping, nous étions un peu déçus d’apprendre l’interdiction de faire un feu de camp. Le temps était trop chaud et sec au cours des derniers jours. 

Nous sommes donc allés marcher sur la plage pour profiter du vent marin qui repoussait les mouches affamées. C’est là, sur la plage de Pinware Park, que j’ai commencé à écrire ce qui deviendrait éventuellement le tout premier épisode de la Chasse aux Possibles.

Au moment d’assembler notre tente, nous avons constaté que ce qu’on nous avait dit à propos de la voracité des mouches noires de cette contrée n’était vraiment, vraiment pas une exagération. 

Quand on grandit sur la Côte-Nord du Québec, on connaît bien les mouches noires, mais je n’en ai jamais vu autant et si motivées à me dévorer en même temps! 

Pour moi ça allait – j’ai garni mes vêtements d’anti-moustique et bien serré mon capuchon autour de mon visage comme Kenny dans South Park. Mais pour Paul, qui n’a pas l’habitude de cette faune vampirique, c’était un peu trop, et il a décidé de se sauver dans la douche question de prendre un petit break.

Me retrouvant seule un instant, j’ai pris le temps de sentir le soleil sur mon visage et d’écouter les épinettes chantant dans la brise. 

Dans ce moment de communion avec la nature, j’ai pensé à grand-maman; à la photo en noir et blanc que j’ai d’elle, tenant une canne à pêche sur le bord d’un lac. 

J’aime penser qu’elle est toujours avec moi, que les sons de la forêt et la lumière orangée du coucher de soleil à travers les épinettes se sont rendus jusqu’à elle, où qu’elle soit.

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