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Ben’s Ekman Spiral: «Qui était ce gars avec la guitare?»

Un nouveau musicien francophone fréquente la scène musicale de St. John’s. Comment ce guitariste français est-il arrivé sur le vieux Rocher? Lisez la suite pour vous laisser entraîner dans la spirale Ekman de Benjamin James.

Liz Fagan

Le nom de Benjamin James, océanographe français, reste toujours sur les lèvres des locaux après ses premiers concerts en tant que musicien professionnel. Son premier, le 6 mai dernier, s’est même terminé par une ovation debout. Tous les billets ayant été vendus, les gens passaient la tête à travers le cadre de la porte pour entendre ce qui se passait.

Après un tel succès, plusieurs curieux dans le centre-ville de la capitale posent la question suivante: «Qui était ce type avec la guitare?»

De l’Hexagone au vieux Rocher

Arrivé à Terre-Neuve fin 2018, le guitariste a commencé son histoire dans sa ville natale d’Aubagne, à côté de Marseille.

Inscrit par sa mère à l’âge de six ans, Benjamin James a passé plusieurs années au conservatoire de guitare. Cette école de musique, rattachée à un conservatoire, se trouvait dans un petit village qui s’appelait Villeneuve-lès-Avignon.

«J’ai commencé en faisant de la guitare classique pendant deux ou trois ans et en faisant du solfège, puis j’ai arrêté parce que ça m’a énervé. Quelques années après, je m’étais cassé le bras, et ne sachant pas quoi faire de mes journées parce que je n’étais pas à l’école, j’ai repris la guitare et je me suis régalé!»

Avec cette nouvelle passion pour la guitare, James a ensuite repris ses études dans la même école, et après cette deuxième période de 8 ans, il est passé à la guitare électrique à l’adolescence. Pendant qu’il était étudiant, Benjamin a su qu’il voulait écrire ses propres chansons.

«En toute honnêteté, je n’ai pas vraiment réussi à suivre un morceau de A à B sans faire des petites modifications, et j’ai toujours aimé improviser sur des choses.

Je me souviens que je me mettais dans le jardin quand j’étais jeune et j’écoutais les oiseaux. J’essayerais de reproduire à la guitare le son des oiseaux ou des baleines avec les mélodies.»

En plus d’être musicien, Benjamin James est aussi océanographe, et ses deux passions s’entremêlent sur scène. Son pseudonyme, Ben’s Ekman Spiral, s’inspire directement de sa profession actuelle.

«Tout le monde s’appelle Benjamin James, j’ai des homonymes,» dit-il en riant. «D’abord, la spirale d’Ekman c’est un processus océanographique qui consiste à fabriquer des courants marins à travers du vent – je simplifie. Quand un vent arrive dans un sens, il crée plein de mini courants dans tous les sens pour arriver vers un courant majeur, qui est à peu près à 90 degrés en perpendiculaire. Et je me suis dit, moi qui suis océanographe de formation, c’est quelque chose qui me ressemble, et vu que j’arrive avec plein de styles différents vers un courant majeur, cela a du sens. Pleins de petits courants qui arrivent vers un courant majeur.» 

L’océanographie a fait en sorte qu’il jette l’ancre sur le vieux Rocher. Sa compagne, elle-même océanographe, qu’il a rencontrée lors de ses études en France, a trouvé un programme de doctorat à l’Université Memorial. Ils ont donc pris la décision de voyager ensemble plus de 4000 kilomètres vers l’ouest.

La musique de plusieurs pays d’une seule guitare

Il n’est pas surprenant que Benjamin ait voyagé, sa musique étant un témoignage de ses expériences en Tunisie, Nouvelle-Calédonie, Espagne, Angleterre, Australie, Chili, Argentine, et enfin Canada.

«C’est une musique qui mélange beaucoup de styles mais qui est surtout très contemplative. Ça tire ses origines de plusieurs styles différents, une sorte de melting pot,» résume Benjamin, «Je m’inspire de ce que la musique traditionnelle des autres cultures fait pour faire mon propre registre.»

Certains de ses morceaux s’inspirent de la musique du Moyen Orient ainsi que du flamenco espagnol. «C’est ce que je voulais jouer quand je faisais du classique au conservatoire, et on sait que [ces] musiques sont extrêmement proches.»

En plus de ces cultures, le musicien tire de l’inspiration d’autres artistes comme Joe Satriani et les Gypsy Kings, Michael Hedges, Mike Oldfield, et Nightwish, parmi d’autres. «Ma mère écoutait beaucoup de Francis Cabrel, donc la variété française, j’en ai eu énormément. Au niveau blues, mon professeur au conservatoire était un fan de BB King et Albert King, donc j’y ai joué pendant longtemps.»

Actuellement, son groupe préféré est le groupe post-rock God is an Astronaut. «Ils sont considérés comme les dignes héritiers de Pink Floyd. Le groupe est l’un des fers de lance de ce registre.» 

Selon le guitariste, chaque influence l’ont mené à son style de musique actuelle, c’est-à-dire le soundscaping, qui se traduit par le paysage sonore, où l’artiste se sert d’une combinaison de sons pour créer un atmosphère immersive.

Benjamin James joue de la guitare au bar The Ship à St. John's, Terre-Neuve.

Du conservatoire aux concerts

Malgré ses années de formations dans un conservatoire, se produire en ville est une nouveauté pour le guitariste. Selon Benjamin, jouer au conservatoire ressemble plutôt à un examen d’école qu’à un concert pour le public.

«[Au conservatoire,] les juges connaissent les morceaux, et ils cherchent la moindre faute. Ils évaluent des compétences afin de voir si tu as le niveau de progresser au niveau supérieur de tes études. Mais jouer pour un public, on peut se permettre un peu plus de liberté.»

Si la Ville de St. John’s est saturée de musiciens, le réseautage est incontournable pour pouvoir s’intégrer dans le jeu.

«J’ai l’impression que c’est beaucoup de “je connais”, dans le sens où il faut connaître quelqu’un dans le milieu, ce qui est difficile quand on est nouveau et qu’on cherche à s’intégrer correctement. En plus, je ne fais pas de musique standard, alors parfois quand les gens ne reconnaissent pas la musique, ils perdent l’intérêt. Le fait de se vendre me met toujours mal à l’aise aussi, surtout lorsque vous vous présentez, que vous n’avez pas de retour, et que vous relancez la discussion. C’est un peu inconfortable.»

Vous pouvez suivre ces projets musicaux sur SoundCloud @Benjamin James – The Ekman spiral, sur Instagram @bensekmanspiral. 

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