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Quand le Farmers’ Market de St. John’s devient scientifique

Cancer, nutrition, macareux,émissions de carbone, crimes, virus… Le 4 septembre dernier, onze chercheuses de l’Université Memorial (MUN) se sont succédé au marché fermier de St. John’s pour présenter leurs recherches scientifiques lors de l’événement Soapbox Science. Leur point commun? Elles exercent toutes dans le domaine des STIM (ou STEM en anglais), acronyme qui désigne les disciplines des Sciences, des Technologies, de l’Ingénierie et des Mathématiques. Un ensemble de disciplines où les femmes sont encore largement minoritaires.

Rose Avoine-Dalton

«Moi je suis super chanceuse, je n’ai jamais eu d’expériences où j’ai été discriminée parce que je suis une femme. Je n’ai jamais eu de difficultés à trouver du travail, à être publiée, etc. Je n’ai jamais fait face à des barrières à cause de mon genre, mais je sais qu’elles existent. […] Même si moi j’ai ce privilège, ça ne veut pas dire que c’est la réalité de toutes les autres femmes», raconte Sarah Sauvé chercheuse postdoctorale dans le domaine du vieillissement cognitif et de la cognition auditive à MUN.


Avec Özgen Demirkaplan, doctorante en neuroscience à MUN, la francophone originaire du Québec s’est chargée de l’organisation locale de l’événement Soapbox Science. Si c’est la deuxième année consécutive que l’initiative a lieu à St. John’s, bien la première fois que l’évènement a lieu en présentiel.

La science au féminin dans la rue

Ainsi, les personnes présentes au fameux St. John’s Farmers’ Market le 4 septembre dernier se sont retrouvées nez à nez avec des femmes en blouse blanche hissées sur des tribunes (appelé en anglais des soapboxes, littéralement des «caisses à savon») venues pour leur parler de leurs recherches scientifiques.


L’idée de Soapbox Science est de mettre en valeur les femmes et les personnes non-binaires scientifiques actives dans les domaines des STIM et de rendre visible leur travaux de recherche. Afin de favoriser le dialogue avec le public, Soapbox Science investit des marchés, des parcs, des centres commerciaux ou encore des places publiques.


Une faible représentation féminine

Sarah Sauvé écrit dans un article paru à la fin du mois d’août dans la Gazette de MUN que «la parité homme-femme est quasiment atteinte dans la plupart des matières STIM au niveau de l’école secondaire». Cependant, ce niveau de parité diminue rapidement après le secondaire notamment dans le domaine de la physique et de l’informatique. C’est à partir du niveau postdoctoral que le pourcentage de femmes dans toutes les autres matières STIM devient le plus faible, selon les données de Soapbox Science.


D’après Statistique Canada, en 2020, les femmes ne constituaient que 16,1% des personnes employées dans les secteurs des sciences naturelles et appliquées et des domaines apparentés (génie, architecture et technologies de l’information) à Terre-Neuve-et-Labrador. Statistique Canada précise que ces professions «exigent des études postsecondaires» et que «des études supplémentaires sont généralement requises avant de passer à une profession exigeant un plus haut niveau de spécialisation.»


Une initiative de vulgarisation scientifique internationale

Ainsi, il reste encore du chemin à parcourir pour que les secteurs des STIM se féminisent plus au niveau postsecondaire. «C’est pour ça que je veux organiser un évènement comme Soapbox Science. […] Je veux aider à créer un espace où tout le monde est capable d’avoir la même expérience que moi», affirme Sarah Sauvé.


La francophone n’est pas la seule à vouloir sensibiliser à cet enjeu. Depuis sa création en 2011 au Royaume-Uni, Soapbox Science a fait des petits un peu partout dans le monde. 57 villes de 14 pays différents ont accueilli de tels évènements, mettant en valeur les recherches de plus de 1500 chercheuses et touchant ainsi 150 000 curieux. La pandémie n’a pas freiné cet enthousiasme, puisque 45 rencontres de ce genre sont programmées pour 2021.


Et quel bilan tirer de ce premier événement à Terre-Neuve dans un «vrai» lieu public, plutôt que derrière des écrans? «Ça s’est super bien passé, je suis super contente du résultat! On a compté 314 interactions avec nos scientifiques et notre table communautaire durant les 3 heures qu’a duré l’événement!», se réjouit la chercheuse Sarah Sauvé.

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