Société

Habi Diop: Le feu au féminin

Si chacune des expériences de chaque individu est une page d’une longue histoire qui ne cesse de s’enrichir, Habi Diop ajoute un tout un chapitre terre-neuvien. Témoignage d’une femme noire d’un bout de l’Océan à l’autre.

Liz Fagan

Après avoir jeté l’ancre à St. John’s en juillet 2022, Habi Diop a toujours su qu’elle quitterait son pays à la recherche de l’aventure. «J’ai toujours eu ce désir de sortir, dit-elle en souriant, je suis aventurière.»

Originaire de la Mauritanie, Habi, dit Abby, parle le français, l’arabe, l’anglais, hassanya et le wolof. Pour la néo-Terre-Neuvienne, le Mois de l’histoire des Noirs donne l’occasion d’apprécier les efforts de tant de personnes qui se sont battues pour leurs droits. Mais ce n’est pas le travail d’un mois, rappelle-t-elle, mais un acte continuel.

«En tant qu’Africaine, je reconnais les gens qui se sont battus pour la peau noire, et qui continuent à se battre, jusqu’à présent.» Elle souligne l’importance de redécouvrir l’histoire, en évoquant les icônes telles que Nelson Mandela et Miriam Makeba. Connue pour ses titres fameux, «The Click Song», «Malaika», parmi d’autres, cette dernière, née en 1932, inspire les gens toujours aujourd’hui. Née à Johannesburg, la chanteuse est réputée pour son franc-parler, n’ayant jamais manqué l’occasion de s’exprimer en faveur de la libération des Noirs.

L’expérience de Miriam Makeba soulève l’importance de l’intersectionnalité, c’est-à-dire l’inclusion du féminisme autant que des droits des personnes noires dans le droit de l’homme. De l’Afrique du Sud jusqu’au vieux Rocher, des gens quotidiens, comme Habi Diop, vivent cette lutte tous les jours.

«Il faut être rebelle»

Se sentant «fortement catégorisée» en tant que femme noire, Habi raconte comment on peut sentir obligée d’être ou d’agir d’une certaine manière. «On vous dit qu’il faut avoir un certain caractère, qu’il faut parler à voix basse», dit-elle en exemple. 

Pourtant, en tant qu’enfant aînée d’une famille de cinq filles et deux garçons, elle a beaucoup assisté aux activités avec son père. «Je travaillais dans son atelier de bois, je faisais tout avec lui. Il m’a toujours appliqué cette valeur que tu peux tout faire, ce n’est pas parce que tu es femme qu’on doit te catégoriser d’une telle manière.» Mais selon la Mauritanienne, lutter contre les stéréotypes n’est pas facile. 

«Il faut être rebelle», affirme-t-elle, «il faut avoir un cœur.» 

Habi a toujours ressenti une certaine pression d’être responsable, s’appuyant sur sa propre détermination pour atteindre ses objectifs. Lors de ses études, elle se déplaçait une centaine de kilomètres tous les jours pour aller au travail dans la capitale à Nouakchott. 

Les défis auxquels les Noirs ont été confrontés il y a cinquante ans peuvent être différents de ceux d’aujourd’hui, mais cela ne signifie pas que la lutte n’existe plus. «La lutte est toujours là, mais elle se présente d’une autre façon, par exemple dans les lieux professionnels, académiques et dans le quotidien», dit-elle. La discrimination peut se manifester en microagressions dans le milieu de travail, par exemple, ou le profilage racial lorsque vous conduisez ou prenez l’avion. 

Toujours avec le feu au ventre, Habi affirme le chemin qu’il reste à faire: «Il ne faut pas dire que c’est fini, il est loin d’être fini.»

D’un bout de l’Atlantique à l’autre

Autour d’une tasse de café à Tim Hortons, endroit emblématique du Canada, Habi Diop explique certaines particularités dans le processus d’immigration en tant que femme et mère. 

Ayant déménagé il y a quinze mois, elle a pris la décision difficile de se stabiliser ici avant de faire venir son fils. «L’immigration ce n’est pas facile, mais avec un enfant c’est encore pire», dit-elle. 

Pour l’aventurière, la recherche est essentielle pour l’intégration. «Quand tu arrives à une autre réalité, ça exige des recherches», affirme-t-elle. Il fallait étudier le milieu, l’environnement, et se renseigner sur le mode de vie ici.

Elle a même pu prendre le temps de s’établir et trouver un logement sûr avec un revenu stable avant de faire venir son fils fin septembre dernier. Ayant déjà passé plus d’un an à St. John’s, Habi a pu apporter ses connaissances à son fils afin de l’aider avec sa propre intégration. «C’est quand même un grand changement pour lui – la grande découverte», ajoute-t-elle.

Depuis son arrivée, son enfant s’intègre facilement dans son école et dans sa nouvelle ville. Actuellement élève en 8e à l’école Rocher-du-Nord, il s’amuse bien avec ses camarades de classe. «Il adore» rayonne la maman fière, «les gens sont accueillants et ses enseignants l’aident beaucoup.»

Comment lutter au quotidien

Tout comme le Canada fête le mois de l’Histoire des Noires, à travers des célébrations et de l’éducation, Habi se renseigne sur son pays d’adoption. «J’ai la responsabilité d’apprendre l’histoire canadienne et terre-neuvienne, de poser des questions et de faire des recherches. Étudier les cultures contribue à l’harmonie collective,» dit-elle.

«Si tu ne connais pas cette personne, d’où elle vient, les coutumes avec lesquelles elle a grandi, peux-tu vivre vraiment en harmonie avec elle? Ce n’est pas seulement leur responsabilité à eux, c’est réciproque.»

Habi Diop encourage les personnes hors de la population noire à viser ce que les Noirs vivent actuellement et de se renseigner là-dessus. Ni l’éducation ni l’activisme ne s’arrêtent le 1er mars. «Le mouvement n’est ni un seul mois ni un seul geste,» termine la Mauritanienne. Si l’ignorance est l’état héréditaire, la curiosité en est la panacée.

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