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Faire le 811 pour manger

À Terre-Neuve-et-Labrador, pendant la pandémie, la ligne téléphonique sans frais 811 a traité une nouvelle catégorie d’urgence en santé. Elle est devenue la plaque tournante pour diriger les gens qui ont faim vers les banques alimentaires de leur région. Ces jours-ci, ce service du 811 est débordé.
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Jacinthe Tremblay

IJL- Réseau.Presse- Le Gaboteur

«Pendant l’été dernier, cette ligne recevait de 300 à 350 appels par mois. En novembre, c’était plus de 500 par mois», indique Joshua Smee, chef de la direction de Food First NL. Cet organisme à but non lucratif est l’un des partenaires à l’origine de ce service. Il a fait de la sécurité alimentaire sa mission.  

Selon Joshua Smee, chef de la direction de Food First NL, le plus grand obstacle à la sécurité alimentaire dans la province est la pauvreté. Photo: Courtoisie Joshua Smee

Inflation alimentaire

La montée en flèche du prix des aliments n’est évidemment pas étrangère à cette croissance de ces appels au secours. Selon les données diffusées en novembre dernier par Statistique Canada, le prix de l’alimentation a grimpé de 5,1% à Terre-Neuve-et-Labrador entre octobre 2020 et octobre 2021, soit plus que la moyenne pour l’ensemble du pays qui est fixée à 3,9%. Pour certains aliments courants, l’écart en défaveur de la province est encore plus grand. 

Ainsi, alors que le prix du bœuf frais ou surgelé a fait un bond de 16,7% à Terre-Neuve-et-Labrador depuis un an, il a augmenté de 14% au Canada. Le poulet frais ou congelé coûte 10% de plus que l’an dernier dans la province. Dans l’ensemble du pays, la hausse est de 8,3%. Le beurre? Son prix a grimpé de 9,8% dans la province alors que le bond moyen au Canada est de 5,5%.  

Une étude dévoilée en septembre dernier par le Laboratoire de Sciences Analytiques en Agroalimentaire de la Faculté d’agriculture de l’Université Dalhousie en Nouvelle-Écosse révélait que 49% des 10 005 répondants canadiens à un sondage mené par la firme avaient réduit leur consommation de produits de viande dans les six mois précédant le coup de sonde. 

Cette même étude nous apprenait également que depuis 2020, 46,8% des répondants de Terre-Neuve-et-Labrador utilisent plus fréquemment les circulaires hebdomadaires; 42,3% achètent plus souvent des produits à prix réduit avec des dates de péremption ou d’expiration dans les jours suivant leur achat et 32,6% utilisent plus souvent de coupons.  

Mais ces astuces pour atténuer les impacts de la hausse des prix ne règlent rien pour les gens qui n’ont tout simplement pas les moyens d’acheter, même à rabais. «Le système agroalimentaire de Terre-Neuve-et-Labrador connaît des problèmes en matière de production et de distribution et plusieurs groupes s’activent à les régler. Mais le plus grand obstacle à la sécurité alimentaire est la pauvreté», souligne Joshua Smee. 

Pauvreté 

En 2017, selon une étude réalisée par les autorités régionales de la santé de Terre-Neuve-et-Labrador, un panier d’alimentation permettant à une famille de quatre personnes de manger à sa faim coûtait 274$ en moyenne par semaine dans l’ensemble de la province. Sur la côte Nord du Labrador, la facture s’élevait à 402$. «Ces montants, c’était déjà plus que les montants hebdomadaires versés à une telle famille par les programmes de soutien au revenu en 2017! Et ces montants n’ont pas bougé alors que le prix des aliments, lui, a bondi!» souligne avec exaspération M. Smee. 

«Du côté des prix, les choses ne vont pas s’améliorer parce que les événements extrêmes liés aux changements climatiques, qui ont un impact sur la production, sont et seront de plus en plus fréquents», poursuit-il tout en rappelant que même la récolte de baies sauvages et la chasse coûtent plus cher, à cause de la hausse des prix de l’essence. 

Espoirs, quand même

Si Joshua Smee parvient quand même à garder le sourire, c’est qu’il observe des signes encourageants dans les discussions entourant, justement, deux moyens à ses yeux incontournables pour assurer la sécurité alimentaire pour tout le monde: la hausse du salaire minimum et le revenu minimum garanti, «ou une combinaison des deux mesures», dit-il.

«Il n’y a pas si longtemps, les gens qui parlaient de revenu minimum garanti passaient pour des hurluberlus. Or, la Chambre d’assemblée de Terre-Neuve-et-Labrador a récemment créé un comité composé de représentants de tous les partis pour étudier la question», se réjouit-il. 

Mais comme cette réforme n’est pas pour demain la veille, un don à une des banques alimentaires de la province est une excellente idée de cadeau de Noël. 


Cet article fait partie de notre dossier:

Parlons bouffe… et faim 

La rupture de plusieurs tronçons de routes dans la région de Port-aux-Basques a rappelé la fragilité de l’approvisionnement en denrées de l’île de Terre-Neuve quand les éléments se déchaînent sur elle. Mais le retour à la «normale» des arrivages par traversier se déroule dans le contexte d’une autre et nouvelle «normalité», celle de la hausse en flèche du prix des aliments. En cette dernière édition du Gaboteur avant les Fêtes, parlons bouffe… et parlons faim.

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