Culture de confinement

« Lâcher son fou » grâce à l’improvisation virtuelle

Comment continuer à jouer dans une ligue d’improvisation tout en gardant ses distances? La Ligue d’Improvisation Francophone Éclatée (L.I.F.E.) de Terre-Neuve, ainsi que la Communauté Libre d’Improvisateurs Croqueurs (CLIC) de l’Association saint-pierraise Croq’Paroles semblent toutes deux avoir trouvé une solution: passer à l’improvisation virtuelle sur Zoom ! Invité à leur première pratique virtuelle commune, Le Gaboteur raconte.

Coline Tisserand

J’ouvre mon agenda au 29 avril, mardi, 17h30: rencontre d’improvisation sur Zoom. C’est une première pour moi d’assister à une pratique virtuelle, et je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Si je suis un peu sceptique, ma curiosité est piquée, d’autant plus que ce soir-là, les membres de la L.I.F.E. ont invité des joueurs de la ligue de Saint-Pierre-et-Miquelon à se joindre à leur pratique en ligne hebdomadaire.

L’accueil des joueurs, une dizaine sont au rendez-vous, est plus que chaleureux. On prend quelques nouvelles, on compare le quotidien particulier des Saint-Pierrais et des Terre-Neuviens, chacun coincé sur son île, avec des mesures de confinement spécifiques. Le besoin de continuer l’improvisation malgré le confinement s’est très vite fait ressentir pour les deux ligues: « Pendant le confinement on était vraiment en manque d’impro, donc j’ai proposé qu’on reprenne virtuellement par Zoom. On se partage le travail pour préparer les séances, » explique Anne Derible, une des joueuses de la CLIC.

Décompresser et continuer la pratique

Même son de cloche pour Nathalie Gagnon, guide de la L.I.F.E. et meneuse de la session virtuelle du jour: « Dès que le confinement a commencé, on s’est dit que c’était important que l’on continue à faire ces échanges. Les joueurs de Saint-Pierre étaient venus en février, on était vraiment sur une bonne lancée. On s’est dit que ce serait bien de continuer à jouer quand même malgré la pandémie, pour décompresser et continuer à se pratiquer. »

Justement, pour la commencer cette pratique, on débute par un échauffement dansé sur une musique des années 80. Tout le monde se lève devant son écran pour bouger son corps ! Une fois les corps bien réchauffés, les joueurs poursuivent avec des improvisations individuelles sur des phrases proposées par la Nathalie Gagnon. « Quelque chose à ne pas faire en public, des choses que vous n’aimez pas lors des réunions de famille, quelque chose que vous voudriez faire pendant une panne électrique » : chacun y va de sa petite impro.

Conflits, Dijonnaise et duos

La séance se poursuit ensuite par différents types d’exercices d’improvisation. Les joueurs travaillent la construction d’intrigue sous le forme imposée « début, conflit,résolution » par trois, dans le lieu imaginaire de leur choix ou avec une émotion spécifique. Fous rires garantis lorsqu’on se retrouve aux urgences hospitalières avec la joueuse Patricia Lesire qui s’est coupée avec une feuille, ou encore dans la rue avec Fifi le chien dont le joueur Adrian rêve de se débarrasser.

Les ligues continuent ensuite avec une Dijonnaise, un exercice où chacun propose une phrase à tour de rôle pour construire une histoire, qui sera ensuite déroulée dans l’autre sens. Pour terminer, la meneuse propose des impros en duos avec un thème (« besoin pressant  » ou encore « au spa nordique ») et un temps imposés. L’ambiance est bon enfant, les blagues fusent, le rire est contagieux. À ma grande surprise, l’improvisation virtuelle sur Zoom, ça marche ! Les joueurs semblent à l’aise avec ce nouveau mode de travail.

Être plus à l’écoute et travailler les dialogues

« Nous aussi on était sceptique, on se demandait comment ça allait se passer. C’est difficile de faire par écran, parce qu’il n’y a pas de contact physique. Ça dépend du style d’impro, certains joueurs sont plus physiques, d’autres plus dans la construction d’histoire. Suivant tes facilités, tu vis le passage au virtuel différemment, » expliquent les joueuses saint-pierraises Anne Derible et Céline Téletchéa.

Si la pratique par écran interposé présente de nombreux défis -il est par exemple difficile de faire des improvisations à plus de trois personnes-, plusieurs joueurs soulignent qu’il y a aussi du bon à tirer. « Au niveau de l’écoute, je trouve que cela a un avantage, on focusse plus, on voit juste nos visages, donc on n’a pas le choix d’essayer de s’écouter… C’est une bonne pratique ! » raconte la joueuse Lise Richard. Pour Dominique Hurley, cela permet un travail plus profond sur les dialogues: « C’est moins corporel, on se concentre plus sur les dialogues, comme on est chacun dans notre maison, on a moins d’inhibition et moins de tabous, il faut se laisser aller! »

Future rencontre d’improvisation virtuelle publique ?

Ce passage en ligne permet donc aux joueurs de sortir de leurs habitudes, et aussi   « d’essayer d’autres choses, » comme le souligne la joueuse Michèle Sabarots. Et si les ligues rendaient ces pratiques virtuelles ouvertes au public? Ma question lance une discussion entre les joueurs, chacun proposant différentes manières pour organiser logistiquement des sessions publiques. L’idée est en tout cas lancée, et à suivre…

Bilan de cette première pratique virtuelle entre Français et Canadiens? « C’est sympa et agréable, on reprend avec un meilleur moral pour les jours suivants » affirme Anne Derible. Nathalie Gagnon est aussi de cet avis: « Je trouve que ça apporte un genre de défoulement, cela permet de lâcher ton fou, pendant le confinement. »

Pour terminer cette session Zoom, la ligue de Saint-Pierre invite la L.I.F.E. à se joindre à leur propre entraînement le dimanche suivant, même heure… même endroit. Idées au programme: exercices de mime, travail sur les émotions, création et transformation de personnages. Je quitte la rencontre virtuelle le coeur léger, le sourire aux lèvres. Un coup d’oeil à ma montre: il est 19 heures. Je n’ai pas vu le temps passer.

Photo: LigueImpro_Adrian
Photo: patricia2

Captures d’écran, Coline Tisserand

Photos: Adrian House, joueur de la L.I.F.E. et Patricia Lesire, membre de la CLIC en pleine improvisation « aux urgences hospitalières ».

 

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