Le vélo, la nouvelle vedette des rues de St. John’s

Saviez-vous que le 3 juin est la Journée mondiale de la bicyclette? Instaurée en 2018 par les Nations Unies, cette célébration demeure méconnue, même des aficionados du vélo. Qu’à cela ne tienne! De nature utilitaire ou ludique, l’engin à deux roues est honoré et enfourché chaque jour par un nombre grandissant de Terre-Neuviens.

Marie-Michèle Genest
Photo de Don Planchat dans Canary Cycles, dans l’article de Marie-Michèle Genest « Le vélo, la nouvelle vedette des rues de St. John’s »
Malgré son amour sans borne pour le vélo, Don Planchat ne connaissait pas l’existence de la Journée mondiale de la bicyclette, célébrée le 3 juin.

Nous sommes en milieu de semaine et le magasin de vélos Canary Cycles ne désemplit pas, au plus grand bonheur de Nanuk, l’hôte canin des lieux, toujours en quête de caresses. S’il y a une entreprise qui n’a pas perdu de plumes depuis le début de la pandémie, c’est bien Canary Cycles. Au contraire, la COVID-19 a rendu la boutique plus populaire que jamais auprès des amateurs de vélocipèdes, alors que les sports d’équipe ou d’intérieur étaient interdits. «La plupart des personnes ont essayé le vélo et ont aimé ça et ont sorti leur vieux vélo du sous-sol ou en ont acheté un nouveau. Ça nous a donc aidés un peu», avoue humblement Don Planchat, qui poursuit, avec sa sœur Flora, l’aventure de l’entreprise familiale créée en 1972 par leur père Joe. Fait intéressant, les deux membres de la famille s’expriment en français avec Le Gaboteur.

Vélos de route, hybrides, tout-terrain; les cyclistes de tout acabit y trouvent leur compte dans cette boutique de St. John’s. Les vélos électriques ont par ailleurs connu

un engouement notable. «Il y a beaucoup de personnes qui n’ont peut-être pas utilisé un vélo pendant quelques années et qui ont besoin d’aide pour les côtes et le vent», note Don Planchat. Le cadet de la famille a aussi remarqué que les vélos d’enfants avaient la cote, une possible conséquence de l’école en ligne. «Les parents veulent qu’ils sortent de la maison», dit-il en riant.

«Est-ce qu’il y a quelqu’un de disponible qui pourrait venir m’aider?», s’écrie Flora Planchat du comptoir. Comme son frère, elle s’affaire à gauche et à droite, même si le plancher du magasin semble avoir été dépouillé de sa marchandise. La passionnée de vélo, qui a aussi un pied dans le milieu du cinéma, s’installe à l’ordinateur et fait défiler la page de la boutique en ligne, où la plupart des articles à deux roues sont affublés de la mention «épuisé». Le sous-sol du magasin, normalement encombré de bicyclettes à ce temps-ci de l’année, est pratiquement vide. «On est comme un restaurant sans bouffe!», s’exclame-t-elle, incrédule. 

Photo de Meghan Hollett qui tient des pièces d’une bicyclette donner a Ordinary Spokes par Flora Planchat, dans l’article de Marie-Michèle Genest « Le vélo, la nouvelle vedette des rues de St. John’s »
Meghan Hollett salue la générosité de Flora Planchat, qui, en plus de faire découvrir l’organisme à ses clients, lui fait don de pièces de vélo.
Transmission du savoir

Pour sa part, l’atelier de réparation et de mise au point du magasin roule à plein régime et affiche complet jusqu’en juillet. C’est pourquoi Flora Planchat a invité l’étudiante Dau Weeramanthrie, venue se procurer des chambres à air et des pneus pour son vélo usager au Canary Cycles, à visiter le marché fermier de St. John’s. Tous les mercredis, le collectif Ordinary Spokes y installe pour quelques heures un atelier de réparation au grand air. L’organisme à but non lucratif s’applique à démocratiser l’usage de la bicyclette, que ce soit en vendant des vélos bon marché ou en fournissant aux citoyens les outils pour rafistoler eux-mêmes leur bécane. Moyennant une contribution suggérée, les apprentis mécanos s’exercent à changer freins, pneus ou cassettes, grâce aux judicieux conseils des bénévoles. Dau Weeramanthrie repartira ainsi avec un vélo fonctionnel, quelques notions de base et un grand sourire.

C’est aussi lors de ces ateliers qu’il est possible de rencontrer Meghan Hollett, une femme très impliquée dans le milieu communautaire et politique de la ville. Travaillant en environnement, il est naturel pour elle de prioriser le vélo comme moyen de transport. «Je mets en pratique ce que je prêche», rigole-t-elle, affirmant utiliser la voiture ou l’autobus à l’occasion, surtout en hiver. 

Meghan Hollett, pour qui le vélo est un prétexte pour interagir avec sa communauté, œuvre bénévolement avec Ordinary Spokes depuis de nombreuses années. Selon elle, la pandémie a donné un nouvel élan au collectif qui existe depuis 2009. «On l’a ravivé l’été dernier avec la renaissance du vélo due à la COVID-19 et les gens vivant un style de vie plus lent», souligne-t-elle. Loin d’être en compétition, les différentes organisations qui partagent une passion commune pour le vélo à St. John’s s’entraident et forment une communauté unie. 

Revendiquer sa place sur la route

Meghan Hollett s’investit également dans le pendant terre-neuvien de Masse Critique. Plus connu sous son nom anglais Critical Mass, ce mouvement mondial axé sur la pratique du vélo  se manifeste généralement tous les derniers vendredis du mois. Dans une ambiance festive et bon enfant, des cyclistes aguerris ou néophytes de tous âges se regroupent pour prendre d’assaut les rues de St. John’s. «Si tu es nouveau et nerveux à l’idée de pédaler dans la rue avec le trafic, c’est plus sécuritaire de le faire s’il y a un large groupe autour de toi», croit-elle. Ayant été elle-même intimidée à ses débuts, Meghan Hollett est allée chercher conseil auprès de modèles féminins afin de bâtir la confiance nécessaire pour affronter la voie publique. «Maintenant, mon copain me dit que je prends beaucoup de place sur la route!» s’esclaffe-t-elle. 

Malgré la recrudescence des vélos dans la capitale, la province est loin d’être en tête du peloton. «Il n’y a pas beaucoup de personnes qui font du vélo ici comparativement à d’autres parties du Canada», reconnaît Don Planchat, qui vante les routes peu fréquentées et longeant la mer de la péninsule d’Avalon. «En Colombie-Britannique, tout le monde a un vélo. Ce n’est pas rare de voir un support à vélos avec 5000$ de vélos dessus, et l’auto, elle, vaut 100 dollars», poursuit celui qui a roulé sa bosse à plusieurs endroits de la planète. 

Même si l’automobile demeure pour le moment la reine de l’asphalte, Don Planchat nuance. «Les automobilistes ne sont pas si pires ici», admet-il. Sauf peut-être à l’heure de pointe, en fin de journée, où l’impatience sur les routes est palpable. Cela n’empêchera pas le mordu de vélo de répondre à l’appel du beau temps en allant parcourir une cinquantaine de kilomètres au terme de sa journée de travail!

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Vous voulez en savoir plus sur le collectif Ordinary Spokes? Visitez leur page Instagram ou Facebook @ordinaryspokes 

Vous voulez participer à Masse Critique de la capitale? Les événements sont annoncés sur la page Facebook Critical Mass St. John’s.

Une piste à rouleaux sera construite à Quidi Vidi

Alors que des parcours de ce genre existent déjà ailleurs dans la province, la première piste à rouleaux (pump track) verra le jour à St. John’s au cours de la prochaine année. Elle sera construite aux abords du lac Quidi Vidi, sur le terrain qui jouxte le parc à chiens. En théorie, les enfants et les adultes au cœur jeune pourront emprunter les virages et sauter à travers les bosses du tracé dès l’été prochain.

La mise en place de l’infrastructure est le fruit d’une collaboration entre la Ville de St. John’s, la boutique de vélos Canary Cycles et la Avalon Mountain Bike Association (AMBA). Puisque la piste sera asphaltée, elle se voudra accessible aux citoyens se déplaçant en trottinette, en planche à roulettes et même en fauteuil roulant. «Avec cette initiative, on cherche à élargir son utilisation et à aider les gens à se familiariser avec ce sport dans un environnement sécuritaire», affirme la directrice de la AMBA, Anna Brophy, une férue de vélo de montagne.

Pour sa part, Don Planchat de Canary Cycles espère que la piste à rouleaux engendrera de nouveaux talents et servira de porte d’entrée pour la pratique du bicycle motocross (BMX) de haut niveau. «Peut-être qu’un de ces jours, quelqu’un d’ici ira aux Olympiques», souhaite-t-il.

Afin de rendre le projet possible, l’entreprise familiale créée il y a un demi-siècle a contribué à hauteur de 100 000$. Une généreuse façon de remercier la communauté cycliste de la ville. «Il n’y a pas beaucoup de commerces qui survivent 50 ans, on voulait faire quelque chose pour tous nos clients», souligne Don Planchat.

Une collecte de fonds en ligne menée par la AMBA est toujours en cours afin de recueillir les 30 000$ nécessaires à la complétion du projet. (MMG)

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