Muriel et Emmanuel - Les aventuriers de l'Est canadien.
Par Olivier Hemard | Publié le 26 novembre 2011

Muriel et Emmanuel
Quittant pour un temps leur vie de citadins pour se lancer à bord de leur « van » à la découverte de l'Est canadien, Muriel Currat, 27 ans et Emmanuel Lendenmann, 26 ans, ont quitté Montréal début août. Après un périple de plus de quatre mois sur quelque dix mille kilomètres et à travers quatre provinces, ils ont fait escale à St Jean la semaine dernière. Nous les avons rencontrés à l'occasion de cette petite pause terre-neuvienne.
Résidant en Suisse depuis l'enfance et partageant sa vie avec Muriel depuis de nombreuses années, Emmanuel, qui a la double nationalité, a toujours gardé le contact avec le Canada, et plus particulièrement avec la ville de Montréal où vit une partie de sa famille. Au mois de février, le jeune couple décida de quitter l'Europe pour immigrer au Canada, avec l'intention d'y travailler mais aussi et surtout pour profiter des paysages et du multiculturalisme qu'offre le pays. Tous deux passionnés de photographie, Muriel et Emmanuel comptaient bien en effet tout d'abord trouver du travail, puis consacrer le reste de leur temps à voyager. Mais une fois sur place et après cinq mois de recherches, ils ont dû se rendre à l'évidence : le délai nécessaire pour faire commuer le visa touristique de Muriel en permis de travail s'avérait dissuasif pour les employeurs potentiels. Ils décidèrent alors de transformer ce fâcheux contretemps en opportunité, et d'en profiter pour vivre « l'expérience de leur vie ».
« Nous avions tant de fois préparé ce voyage dans notre tête qu'au moment de l'organiser concrètement, tout a été plutôt simple », raconte Emmanuel. « Ce voyage n'est vraiment pas un coup de tête (...) L'Est canadien m'a toujours attiré. Pour moi cette partie du Canada est la base de notre civilisation : géologiquement avec la fin des Appalaches, géographiquement avec les parcs nationaux, historiquement avec les premiers colons, et culturellement car il est communément admis que les ″vrais″ Canadiens se trouvent à l'extrême est du pays ». Leurs préparatifs ont essentiellement consisté à vendre leurs principaux biens, à rechercher des opportunités de wwoofing (hébergement en fermes biologiques en échange de travaux sur place) et à acheter un ″van″. Ils ont alors quitté Montréal début août et ont pris la route, « avec un itinéraire très variable », précisent-ils. Premier objectif : rallier le Parc national de la Gaspésie au nord du Nouveau-Brunswick.
Pour y arriver, les deux aventuriers décident de remonter le Saint Laurent jusqu'à Godbout au nord du Québec et, de là, prendre le ferry pour traverser le fleuve et se retrouver dans la ville de Matane au Nouveau-Brunswick. « Après plus de dix jours de voiture et une journée de ferry, nous avons enfin pu commencer véritablement à vivre notre expérience », nous explique Muriel. « Nous voulions absolument découvrir la faune et la flore uniques du Parc national de la Gaspésie, voir la toundra, les plantes arctiques-alpines et surtout les derniers troupeaux de caribous des bois... C'est pourquoi nous avons laissé la voiture à Matane et nous sommes partis, tente sur le dos, pour plus de sept jours de randonnée pédestre. » Muriel et Emmanuel racontent qu'au terme de cette incroyable semaine qui les avait portés d'émerveillement en émerveillement, ils vécurent alors leur premier coup dur : « Normalement, après une si longue balade, vous rentrez bien au chaud dans votre maison et vous profitez d'un peu de confort. Nous, nous avons été obligés de retrouver l'habitacle étroit et l'inconfort de notre voiture : cela a été moralement assez éprouvant. »
Mais nous annonçant avoir vite retrouvé leur enthousiasme d'origine, ils sont repartis en direction de Moncton en faisant le tour de la Gaspésie par la côte acadienne. C'est là qu'ils eurent la chance d'assister à un spectacle fabuleux : un mascaret. (NDLR : le « mascaret » est phénomène rare, provoqué par l'onde de la marée montante lors des grandes marées, et qui peut s'observer dans l'embouchure ou le cours inférieur d'un fleuve.) « C'est incroyable de vivre cela ! En moins d'heure, le niveau de la mer change de plus de dix mètres ! Le courant de la rivière change de sens et le paysage s'en trouve totalement modifié », s'émerveille encore Muriel...
A la mi-septembre, le couple reprend de nouveau la route pour se rendre sur l'île du Prince Édouard où il passe deux semaines dans une ferme biologique, logé et nourri contre quelques heures de travail dans les champs, selon le principe du wwoofing. Selon Muriel, il s'agit-là d'une expérience plus que satisfaisante car, estime-t-elle, cela ne se résume pas à un service donnant-donnant mais c'est aussi un véritable échange culturel et humain : « Grâce à cette immersion, on découvre comment vivent les locaux et comment ceux-ci contribuent au bien-être et à la bonne santé des générations futures. Notre rencontre avec l'agriculteur qui nous a reçus restera, je pense, un souvenir majeur de notre voyage ». C'est donc le sourire aux lèvres et la voiture chargée de produits frais que Muriel et Emmanuel sont repartis pour un rapide tour de l'île du Prince Édouard avant de se rendre à Sydney en Nouvelle-Ecosse où ils ont pris le ferry en direction de la province de Terre-Neuve-et-Labrador.
« Notre arrivée à Terre-Neuve a été un énorme choc et un dépaysement total, car la province ne ressemble humainement et géographiquement a aucun autre endroit du Canada », explique Emmanuel. Mais en ce début du mois d'octobre un autre choc, nettement moins plaisant, attend malheureusement les deux jeunes gens : l'ouragan ″Irène″ les touche de plein fouet et, inconfortablement installés dans leur voiture, ils vécurent alors, dit-il, l'un des moments les plus difficiles de leur périple. « Mais après cette arrivée des plus désastreuses, le reste de notre visite à Terre-Neuve ne fut qu'un grand moment de bonheur. Je pense principalement à la nuit où nous nous sommes endormis face aux magnifiques couleurs du détroit de Belle Isle, ou encore à notre excursion pédestre de trois jours dans le Parc national du Gros-Morne, ou enfin à nos nombreuses rencontres avec la population locale qui nous a toujours tendu la main pour nous conseiller ou nous faire découvrir et vivre des endroits uniques. »
C'est donc après un peu plus de trois mois et demi de voyage que Muriel et Emmanuel atteignent leur principal objectif : Cap Spear, le lieu situé le plus à l'est du continent nord-américain. Leur arrivée à St Jean résonne pour eux comme un retour à la civilisation ; alors, disent-ils en riant : « Maintenant, nous allons rattraper notre retard et profiter au maximum de notre semaine dans la capitale provinciale ! » Au programme : divertissement en allant assister à un match de Hockey, détente en se rendant à la piscine, et plaisir en avalant une pizza géante. Puis notre couple de voyageurs reprendra une dernière fois la route pour environ encore trois à quatre semaines, avant de « boucler la boucle » et revenir à son point de départ : Montréal.
Mais avant de repartir, Muriel et Emmanuel ont profité de leur escale à St Jean pour faire le point et tirer les enseignements de leur long voyage à travers de vastes contrées loin du cadre familier de leur vie quotidienne. Ils nous confient alors qu'ils sortent changés de cette expédition : « Nous vivons maintenant chaque jour comme une aventure ; et nous nous rendons compte que notre rapport à l'être humain et à l'argent a complètement changé. Nous vivons aujourd'hui avec pour ambition majeure de profiter de la vie et des choses simples comme la faune et la flore, le climat ou encore la relation à l'être humain », conclut Emmanuel.
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Muriel et Emmanuel
Emmanuel Lendenmann, 26 ...
Muriel Currat, 27 ans