Les enjeux de la jeunesse dans les journaux francophones en situation minoritaire
Par Sylvain Luneau | Publié le 12 avril 2008

La Ministre déléguée aux affaires francophones de l'Ontario, Mme Madeleine Meilleur -Gracieuseté APF
L’Association de la presse francophone (APF) organisait du 26 au 28 mars à Ottawa, le premier Congrès jeunesse entre ses journaux membres et les jeunes du pays. Au programme: concertation et discussions pour mieux représenter les jeunes et proposer du contenu pertinent. Retour sur cette fin de semaine aussi enrichissante que menaçante.
« Ce sont les jeunes qui lancent les modes. S’intéresser aux comportements des jeunes, c’est comprendre et anticiper ce qui va marcher demain. » Luc Dupont, professeur à l’Université d’Ottawa, a bien saisi l’importance de considérer la jeunesse dans le lectorat de la presse francophone. « 40% des 18-24 ans ne lisent pas les journaux. S’ils ne sont pas habitués à les consulter dès l’adolescence, ils ne changeront pas leurs habitudes à l’âge adulte. »
C’est pour contrer cette tendance et trouver des solutions face à la suprématie d’Internet que les journaux membres de l’APF se sont réunis avec une cinquantaine d’étudiants, chercheurs, et autres organismes. Ensemble, ils ont décortiqué les habitudes de consommations médiatiques des jeunes, leurs attentes, leurs besoins. Objectif : mieux appréhender les enjeux et adopter des stratégies en conséquence.
Enjeu n°1 : Promouvoir la langue française
« La presse communautaire en situation minoritaire joue un rôle essentiel dans le maintien et le renforcement de la langue française », écrivait Sylviane Lanthier, Présidente de l’APF, dans son texte de bienvenue. Or, cette bonne santé de la francophonie est indissociable des jeunes, ambassadeurs francophones de demain. Une idée reprise par tous dont l’honorable Madeleine Meilleur, Ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario : « Il est facile pour les jeunes de glisser vers l’anglais. La presse francophone a donc un rôle à jouer contre l’assimilation, en proposant un contenu de qualité à destination de cette jeunesse. »
Enjeu n°2 : Séduire les francophiles
La notion de francophonie chez les jeunes fut longuement débattue pendant le congrès, notamment suite à la conférence de Mme Diane Gérin-Lajoie sur l’identité bilingue. « C’est rare pour les jeunes de se dire : je suis francophone ou je suis anglophone. La plupart d’entre eux se déclarent bilingues. Ceci est valable aussi bien pour les francophones de naissance que pour les francophiles. Est-ce juste une question de langue ? Je parle les deux langues donc je suis bilingue ? Ou bien est-ce une histoire de culture ? Les deux cultures ayant chacune leurs attraits... Quoiqu’il en soit, les jeunes se proclament rarement francophones ou anglophones à 100%, et c’est une notion à prendre en considération dans le contenu de vos journaux. » En effet, le mandat de la presse francophone est de répondre à la fois aux attentes des francophones purs et durs, mais aussi à celles des francophiles ou des individus auto-proclamés bilingues. La promotion institutionnelle des organismes francophones ne suffit pas à combler les attentes du lectorat.
Dylan Dridger, un jeune terre-neuvien de 17 ans présent au congrès, est parfaitement d’accord avec cette idée. Lui est anglophone et francophile. « Je n’aime pas qu’on mette des étiquettes sur les gens. Toi, tu parles français; toi, anglais. Ça ne marche pas comme ça. On est tous un peu francophones et anglophones dans l’âme, certains plus que d’autres. Il n’y a rien de bon à écarter les francophiles sous prétexte qu’ils ne sont pas nés avec la langue. Dans les journaux, on ressent parfois cette mise à l’écart. Ils sont trop protectionnistes envers la francophonie, trop sur la défensive. Ils devraient être plus ouverts... »
Enjeu n°3 : S’adapter à Internet
« 97% des jeunes de 18 à 24 ans utilisent Internet au Canada », annonçait Luc Dupont. « En 2009, 77% des 14 à 26 ans étaient actifs sur les sites de réseautage social. » Aujourd’hui, le meilleur moyen pour toucher la jeunesse, c’est Internet. Les journaux francophones doivent s’adapter à l’air du temps en investissant la toile, notamment les réseaux sociaux comme Twitter, Facebook ou les plateformes du type YouTube, Wikipédia, les blogs, ...
La plus grande menace pour le lectorat de la presse francophone est bel et bien Internet. La révolution Web est encore plus puissante que l’arrivée de la télévision dans les ménages. Les habitudes de consommations médiatiques changent brusquement et font place à une nouvelle relève : la génération C (connectée, communicante, créative, communautaire).
« Les journaux doivent adapter leur contenu à cette nouvelle consommation », conseille Luc Dupont. « Des textes courts, beaucoup d’images et une information concise mais pertinente représentent une bonne recette de nos jours. »
Enjeu n°4 : Assurer la relève francophone en situation minoritaire
Les médias communautaires présents lors du Congrès se sont également penchés sur le manque de main d’œuvre et les difficultés de trouver une relève professionnelle. Sur ce point encore, il en va de leur responsabilité. Il est important pour eux d’encadrer les jeunes de leur communauté, de les sensibiliser aux métiers du journalisme en les faisant participer par exemple au contenu du journal. Ils ont également tout un travail de promotion à faire à l’échelle du pays pour attirer une nouvelle main d’œuvre et l’encadrer à son arrivée.
Bref, les enjeux liés à la jeunesse ne manquent pas pour les journaux francophones en situation minoritaire. Mais les solutions existent et ce genre de congrès a le mérite d’en trouver. L’APF a d’ores et déjà annoncé que cette première édition du Congrès jeunesse sera reconduite dans l’avenir. L’association qui œuvre déjà auprès des jeunes en finançant des stages ou en participant à de nombreux projets tels que FrancoMédias, s’est donnée une mission commune avec l'ONU : faire de 2010 l’année de la jeunesse.
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