Et si le tout premier avion à avoir franchi l'Atlantique sans escale gisait à Terre-Neuve ou Saint-Pierre?
Par Sylvain Luneau | Publié le 14 octobre 2010

Carte postale de l'Oiseau Blanc avec les portraits de Nungesser et Coli en médaillon (1927)
Deux semaines avant Charles Lindbergh, Nungesser et Coli, deux pilotes français, ont tenté la première traversée de l’Atlantique sans escale. Ils ne sont jamais arrivés à destination et leur appareil, l’Oiseau Blanc, ne fut jamais retrouvé. Aujourd’hui, Bernard Decré et de nouvelles pistes avancent que cette traversée historique aurait peut-être subit une fin tragique dans les eaux bordant Terre-Neuve et l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.
5h20, le 8 mai 1927. « L’Oiseau blanc » quitte le tarmac de l’aéroport français du Bourget. À son bord, deux pilotes chevronnés: Charles Nungesser, pilote émérite de la première guerre mondiale et François Coli, son navigateur à l’œil bandé. L’Oiseau Blanc, un biplan transformé pour l’occasion, est sensé relier Paris à New-York. Il s’agit d’une traversée historique, la première sans escale au-dessus de l’Atlantique Nord. À New-York, la foule se rassemble sur les berges pour assister à l’amerrissage de l’Oiseau Blanc devant la Statue de la Liberté. Le succès du vol est déjà annoncé et certains journaux relaient l’information. Pourtant, jamais les deux pilotes français ne seront arrivés à destination. Ils ont disparu quelque part entre la Manche et les États-Unis.
Plusieurs théories furent émises sur le lieu et la nature de l’accident: disparition dans la Manche, abîmement brumeux au large de Terre-Neuve ou de Saint-Pierre-et-Miquelon, écrasement au Québec ou dans le Maine, chacune des théories apporte son lot de témoignages et certains objets retrouvés viennent confirmer les hypothèses.
Les premières pistes de recherches
Les autorités françaises concentrent leurs recherches dans la Manche, où l’appareil fut aperçu avec certitude pour la dernière fois, les avions escorteurs ayant quitté l’Oiseau Blanc au-dessus des falaises d’Étretat. Mais un commandant de sous-marin britannique et plusieurs témoignages signalent le passage des pilotes français au-dessus du Royaume-Uni et des côtes irlandaises.
De l’autre côté de l’Atlantique, les recherches sont intensives autour de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Écosse et dans le golfe du Saint-Laurent. Une quinzaine de Terre-Neuviens certifient avoir aperçu l’avion tricolore à hauteur d’Harbour Grâce.
L’Oiseau Blanc serait ensuite allé plus loin. Du 12 au 28 juin, la région québécoise du Saguenay-Lac-Saint-Jean est le théâtre d’étranges signaux lumineux qui pourraient être les fusées de détresse de Nungesser et Coli. Sur place, le trappeur Georges Rousseau assure avoir entendu un avion survoler son campement le 9 mai. Cette piste fut ensuite jugée improbable par les autorités françaises et canadiennes.
Du nouveau dans les années 80
À la demande de Roland Nungesser, ancien ministre et neveu du pilote de l’Oiseau Blanc, Clément-Pascal Meunier, ingénieur général de l’aviation civile française, est mandaté par le ministère des Transports pour effectuer une nouvelle enquête en 1980. Pendant trois ans, il compile les témoignages et les analyses pour retracer le parcours des deux pilotes français.
Meunier pense que Nungesser et Coli ont dévié leur route vers le nord pour éviter les vents contraires d’une dépression située au large de Terre-Neuve. Ce faisant, ils auraient rallongé leur parcours de plusieurs heures, mettant ainsi New-York hors de leur portée. Ce plan de vol élaboré par l’ingénieur Meunier correspond avec les témoignages terre-neuviens.
Un autre témoignage vient le confirmer: celui d’un pêcheur dans le Maine. L’heure, la trajectoire et la quantité de carburant coïncideraient. L’Oiseau Blanc se serait écrasé autour de Round Lake. Une vingtaine de personnes attestent avoir entendu un avion passé au-dessus de la région le 9 mai 1927. En 1987, un habitant ressort un étui à cigarette découvert dans la région à la fin des années 20. L’étui en question fut authentifié, il serait de l’époque et de production française.
D’autres objets troublants furent retrouvés comme des pièces métalliques non identifiées qui pourraient appartenir à un avion français construit dans les années 20. Mais faute de preuve concrète, la piste du Maine fut abandonnée en 1992.
Les pistes de Terre-Neuve et de Saint-Pierre-et-Miquelon
Le groupe international pour la récupération d’avions historiques (The International Group for Historic Aircraft Recovery, TIGHAR) déplace ses recherches du Maine vers la péninsule d’Avalon suite à la découverte successive dans l’étang de Gull Pond de plusieurs pièces métalliques.
L’écrivain français Charles Garreau a lui aussi compilé et étudié toutes les données sur cette tragédie historique. Il a l’intime conviction que l’appareil se serait écrasé dans la baie de Trinity, peu après avoir survolé Harbour Grâce comme l’ont souligné une quinzaine d’habitants. Il avance que l’appareil serait devenu incontrôlable suite au givrage de ses ailes.
Mais la dernière hypothèse en date est celle de Bernard Decré, passionné par cette tragique aventure. Depuis plus de trois ans, lui aussi compile les données sur le sujet pour en arriver à la conviction que l’Oiseau Blanc s’est abîmé en mer au Sud-Est de Saint-Pierre-et-Miquelon. Témoignages à l’appui, il avance deux théories. La brume et la panne de carburant seraient les seuls responsables de cet amerrissage, ou peut-être que l’Oiseau Blanc aurait essuyé les tirs croisés entre les trafiquants d’alcool et les garde-côtes, à cette époque de la prohibition où l’archipel était une plaque tournante du trafic d’alcool.
Nombreuses sont donc les théories émises sur la disparition du très célèbre Oiseau Blanc. 80 ans plus tard, le mystère reste entier. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que TIGHAR le considère comme «l’avion disparu le plus important de l’histoire ».
Le sujet passionne, à l’image de Bernard Decré (lire ici) et de ses compatriotes outre-Atlantique. Deux semaines à peine avant la traversée de l’américain Charles Lindbergh, la réussite de ces aviateurs français aurait sans nul doute changé les cartes dans l’industrie aéronautique mondiale.
Sources : Le blog « À la recherche de l’Oiseau Blanc », wikipédia et divers sites d’archives