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Chasse aux phoques : une controverse basée sur du vent

Par Sylvain Luneau | Publié le 9 novembre 2009

Blanchon - Crédits photo : Matthieu Godbout
Blanchon - Crédits photo : Matthieu Godbout

Dans le débat qui agite les consciences au sujet de la chasse aux phoques, de nouvelles actions ont fait monter d'un cran les tensions entre le Canada et l'Union européenne.

Le 27 juillet dernier, l'Europe validait l'interdiction du commerce des produits dérivés du phoque à l'intérieur de ses frontières. Qu'il s'agisse de sacs, de chapeaux, d'huile ou encore de produits pharmaceutiques, leur importation et leur commercialisation sont désormais proscrites dans toute l'Union européenne.

C'est évidemment une décision lourde de conséquences pour un grand nombre de Canadiens, et particulièrement de Terre-Neuviens, dont l'économie et la survie peuvent parfois dépendre de cette richesse.

Réactions du Canada

La pilule passe mal chez les politiciens canadiens, qu'ils soient conservateurs ou libéraux, beaucoup souhaitant avant tout défendre l'économie du pays.

Récemment, Stephen Harper, le Premier ministre, a symboliquement mangé de la viande de phoque lors de sa tournée annuelle en Arctique. Ce geste se voulait emblématique de la détermination gouvernementale dans le bras de fer qui l'oppose avec l'Union européenne. En conférence de presse, il se justifiait à nouveau sur la question : « Cette industrie a le même droit de traitement que n'importe quelle autre industrie basée sur des produits d'animaux. C'est totalement injuste et injustifié que des règles arbitraires soient établies sur le sujet par les Européens, les Américains et les Mexicains. Le gouvernement va résister », ajoutait-il, en rappelant que le Canada avait saisi à ce sujet l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les citoyens protestent aussi, mais sont plus divisés

Face au positionnement de l'UE, les Canadiens sont de plus en plus nombreux à boycotter les produits en provenance d'Europe, au nom de la « réciprocité économique ». À Corner Brook par exemple, la propriétaire d'un restaurant chic ne sert plus de vins français. L'objectif est multiple : intégrer ses consommateurs dans le débat, protéger les producteurs canadiens et sanctionner les exportateurs européens qui pénalisent l'économie terre-neuvienne. Partout au Canada, des actions de ce genre se multiplient.

Pourtant, la population canadienne est elle aussi divisée entre les partisans de la chasse aux phoques et ses opposants. Le débat fait rage dans toutes les provinces, parfois de manière extrémiste comme en témoigne le récent vandalisme d'une exposition au Québec, à Sainte-Anne-des-Monts. Des photos du documentaire « Phoques -Le film » y ont été lacérées à coup de couteau, prouvant ainsi que les défenseurs de la cause animale peuvent eux aussi être violents.

Chaque camp a ses arguments. Les uns dénoncent les méthodes barbares de chasse, les autres défendent une activité source de revenus.

Les autorités canadiennes soutiennent les chasseurs

Chaque année, la chasse aux phoques nourrit pendant sept mois plus de 15 000 familles de pêcheurs au Canada. Cette activité rapporte beaucoup d'argent, entre 20 et 40 $ par peau, et représente entre 25% et 35% du revenu annuel des pêcheurs. Les échanges commerciaux avec l'Europe s'élevaient à 6,6 millions de dollars par an avant l'embargo décrété par l'Union européenne.

L'argument économique est bien sûr l'argument numéro un pour les autorités canadiennes. Mais le fait que la chasse assure une source de revenu pour de nombreux citoyens ne peut justifier à lui seul le bien fondé de cette activité. Imaginons alors que le trafic d'armes soit légalisé lui aussi, sous le prétexte qu'il rapporte de l'argent.

Sauf que contrairement au commerce des armes, celui des produits dérivés du phoque est parfaitement autorisé par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). À ce titre, le Gouvernement fédéral canadien légitime cette activité, comme le recommande le rapport de la Commission Malouf en 1984. Mais face à la controverse grandissante, surtout depuis la diffusion du documentaire de Serge Deylung sur Radio-Canada en 1964 (voir autre article : « Campagne de désinformation chez les animalistes »), le gouvernement a instauré de nouvelles réglementations.

Aujourd'hui, celles-ci comportent des quotas (338 000 bêtes en 2009) et des périodes de chasse précises, elles spécifient les méthodes de mise à mort et interdisent la traque des blanchons (les petits des phoques). Seuls les phoques sevrés peuvent être abattus, c'est-à-dire ceux qui ont plus de 12 jours et qui ont perdu leur pelage blanc. Les chasseurs ne peuvent se rendre dans les zones de reproduction et doivent s'assurer que l'animal est bien décédé avant de le dépecer. Toutes ces mesures sont rigoureusement contrôlées par le Département de Pêches et Océans Canada.

Cela dit, il existe, comme dans toute activité lucrative, un braconnage plus ou moins important. Des bébés phoques peuvent alors être cruellement dépecés vivants, mais il est à noter que cette méthode est aussi bien condamnée par les animalistes que par les autorités canadiennes.

Quels arguments contre la chasse aux loups de mer ?

En tête de liste des arguments contestataires, on retrouve cette condamnation des méthodes de chasse. Une opposition tout à fait légitime, qui ne peut cependant se justifier que dans le cas d'un dépeçage cruel. Qu'en est-il si les conditions de chasse imposées par le gouvernement sont respectées par les chasseurs ?

Quels sont alors les autres arguments ? Aucune autre raison ne semble permettre de s'opposer à la chasse aux phoques. L'octroi de la vie animale ? La défense de l'écologie ? Deux considérations, aussi honorables que personnelles, qui n'ont pourtant pas lieu d'être dans le débat.

Des animaux sauvages que les humains ont le droit de tuer

Que les végétariens s'opposent aux abattages de phoques est tout à fait compréhensible. Mais que les amateurs de viande ou de poissons s'indignent, cela frise l'hypocrisie générale. N'oublions pas alors les millions de volailles engraissées dans les élevages industriels de Colombie-Britannique, n'oublions pas que le boeuf ou le poisson qui est dans notre assiette a lui aussi été traqué et tué, n'oublions pas d'où vient une grande partie de notre nourriture quotidienne. Doit-on interdire toute forme de chasse ou de pêche ? Assurément, la question de la vie animale ne peut faire partie de l'argumentaire contre la chasse aux phoques.

La question de l'écologie

Les scientifiques, les autorités et les organisations animalistes sont au moins d'accord sur un point : les phoques ne représentent pas une espèce menacée. Au contraire, leur population a même triplé entre 1970 et 2004, passant de 1,7 millions à 5,8 millions dans la région du Groenland et de l'Atlantique Nord-Ouest. Les troupeaux sont riches et peuvent donc supporter une chasse annuelle régulière. Sans oublier que les phoques restent les premiers prédateurs de nombreux poissons comme la morue, dont la population diminue à mesure que celle des loups de mers augmente. Une étude islandaise montre même que les phoques sont responsables de la propagation d'un ver parasitaire, implanté dans leurs selles, qui contamine les poissons et peut avoir des incidences sur la santé humaine dans le cas où le poisson est mangé cru.

Quoi qu'il en soit, puisque l'espèce n'est pas en voie d'extinction et que sa présence accrue peut avoir des conséquences écologiques sur les autres populations marines, pourquoi la protéger ? Si l'on n'est pas végétarien et que les conditions de chasses imposées sont bel et bien respectées, pourquoi priver des milliers de foyers d'un revenu existentiel ? Pourquoi pénaliser des centaines de localités qui dépendent en grande partie de cette activité ? À nous de nous poser les bonnes questions ...

Saint-Jean

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