Rencontre avec une artiste de Saint-Jean : « Spectrum » une exposition diversifiée
Par Célia Quadjovie | Publié le 18 avril 2011

Shadow in Winter - Crédit photo : Danielle Lemelin
Samedi 26 mars dernier a eu lieu le vernissage de « Spectrum », la première exposition solo de Danielle Lemelin, artiste peintre passionnée. Une cinquantaine de personnes se sont succédées, tout au long de l’après-midi, devant les 29 œuvres de l’artiste, à la Galerie The Rogue. Le Gaboteur a rencontré l’artiste à la suite du vernissage. Entretien.
Le Gaboteur : Pouvez-vous vous présenter brièvement pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore?
Danielle Lemelin : Mon père est Terre-Neuvien, donc anglophone et ma mère est québécoise, donc francophone, c’est Reine Conway. Je suis mariée à un québécois. Je vis et travaille à Terre-Neuve-et-Labrador depuis une trentaine d’année. Je travaille pour le gouvernement, ici, à Saint-Jean. J’ai toujours dessiné depuis que je suis toute petite. La peinture est une passion. Je peins sérieusement depuis 2003.
Le Gaboteur : Pourquoi avoir choisi d’intitulé votre exposition « Spectrum »?
Danielle Lemelin : Parce que l’exposition est assez hétéroclite, tout comme l’arc-en-ciel avec sa diversité de couleur. C’est ma première exposition solo et je voulais faire découvrir au public l’éventail de mon travail. Comme on peut le constater, mes œuvres sont assez vives en couleurs. À Saint-Jean on manque de couleur, je voulais donc mettre l’accent sur la couleur et sur les différents aspects de mon travail.
Le Gaboteur : Pouvez-vous présenter quelques-uns de vos tableaux à nos lecteurs ?
Danielle Lemelin : Volontiers ! L’exposition est divisée en deux thèmes différents. Les natures mortes, composées de tableaux floraux et de paysages, sont exposées sur le premier mur. Les nus sont exposés sur le deuxième mur. Là, c’est « Weathering the Storm ». J’avais peint ce tableau, à l’origine pour une levée de fond pour une collègue atteinte du syndrome de Lougeric, malheureusement décédée aujourd’hui. Le titre vient de là ; comment survivre dans les temps difficile. On découvre une barque abandonnée, pratiquement renversée, sur une plage de galets entourée de branches sèches et cassées. J’ai été inspirée par ce bateau abandonné sur cette belle plage à Kingston, devant faire face aux éléments naturels.
Là, c’est « Shadow in Winter » représentant Jean-Marc, mon mari, et notre chien, lors d’une promenade vers l’ancienne gare ferroviaire qui est maintenant un sentier. On voit dans l’arrière-plan l’ancien pont qui traversait la rivière Waterford. On voit aussi dans le fond les South Side Hills dans une brume hivernale. Ce tableau est une allégorie de la mort. Il y a une ombre dans la neige et le pont lointain qui mène de l’autre côté de quelque chose. Jean-Marc est très pâle, habillé en noir, avec un regard lointain. Ce n’était pas fait exprès, comme souvent d’ailleurs dans mon travail.
Pour finir, « La Prisonnière ». On y découvre une forme corporelle, celui d’une femme à genoux avec ses mains cachant son visage. Elle est en train de pousser comme si elle pouvait casser le cadre pour s'enfuir de sa prison. La prison est représentée ici par la couleur dominante, le rouge. Elle est en train de pousser pour sortir du tableau, sa prison. Cette œuvre est née d’une expérimentation de matière. J’ai joué avec du papier, et ça a fonctionné, par hasard. Je trouvais que le résultat ressemblait à du tissu.
Le Gaboteur : Pouvez-vous rapidement nous présenter votre méthode de travail?
Danielle Lemelin : Mon travail est principalement axé sur la représentation du corps. Nus et portraits constituent la majorité de mon portefeuille, mais je suis aussi très intéressée par les natures mortes notamment par les fleurs et les paysages pour l’éventail de couleurs et de textures que ce type d’œuvre présente. J’aime travailler avec une variété de médias, du conté au fusain, de la pastel à l’aquarelle, mais la plupart de mes œuvres sont des huiles. La peinture à l’huile m’offre un plus grand potentiel pour explorer la texture ainsi qu’une plus grande richesse de couleurs.
Le Gaboteur : Vous semblez avoir appris toute seule la peinture?
Danielle Lemelin : Il est vrai que je suis une autodidacte, mais j’ai tout de même cherché à me perfectionner. J’ai la chance d’avoir eu d’excellents instructeurs à Terre-Neuve et en France. En 2004, pendant toute l’année, j’ai pris des cours à l’école des beaux-arts de Nice, en France. En 2005 et 2006, j’ai participé à des ateliers intensifs sur le portrait et le dessin de vie avec M. Squires Gerald, dans le cadre d’une formation continue à MUN. En plus de tout ceci, j’ai suivi des cours dans le passé avec des artistes Terre-Neuviens tels que M. Maunder Jim, Mme Julia Pickard et Mme Janice Udell.
Le Gaboteur : Pouvez-vous nous expliquer pourquoi beaucoup de vos tableaux arborent des styles et des matières différentes. Il semble que vous n’ayez pas vraiment de style?
Danielle Lemelin (avec un grand sourire) : C’est exact, j’aime varier mon style, on me le reproche souvent. Les gens aiment la constance. Ils aiment lorsqu’un artiste a une signature. Moi, je n’ai pas de signature, c’est ça mon style ; j’aime peindre un peu de tout, comme ça me vient. Je ne planifie rien à l’avance.
Le Gaboteur : Vous arrive-t-il de peindre ou dessiner des portraits et/ou tableau pour vos amis ou sur demande?
Danielle Lemelin : Oui, ça m’est déjà arrivé de peindre des tableaux que j’ai offerts, mais aussi qu’on m’a commandés, donc que j’ai vendus. Certains des tableaux exposés ici sont vendus, je les ai empruntés à leurs propriétaires pour l’exposition.
Le Gaboteur : Pour finir, pouvez-vous me donner votre impression sur votre « première »?
Danielle Lemelin : Je suis assez contente du taux de fréquentation pour une première exposition solo. J’étais assez nerveuse puisqu’on ne sait jamais comment cela va être reçu par le public. J’ai été très encouragée par mes proches et aussi par les visiteurs. Cela me donne des ailes pour la suite.
Commentaires des internautes :
De Marc le Pihiff : J'aime beaucoup "Shadow in winter" et "La Prisonière". La présentation que nous en fait Danielle Lemelin nous projette dans l'émotion des personnages. J'ai visité son site web, et bien que n'ayant aucune culture dans l'art pictural, j'ai ressenti le besoin de voir en vrai ses oeuvres.
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