Centre scolaire et communautaire des Grands-Vents : un besoin criant d'espace
Par Karine Gaudreau | Publié le 14 juin 2010

Le centre scolaire et communautaire des Grands-Vents
Lorsque le Centre scolaire et communautaire des Grands-Vents a ouvert officiellement ses portes en 2005, quelle joie pour tous les organismes qui y trouvaient toit. Cinq ans plus tard, on célèbre son existence et l’on en est toujours très fier. Or, le centre fait maintenant face a de nouveaux défis. Victime de sa popularité grandissante, de l’expansion et du nombre grandissant des organismes et de l’ajout de certains services, il fait désormais face à un manque d’espace flagrant. Le Gaboteur fait le point sur le dossier.
Lorsque l’idée de construire un centre scolaire et communautaire francophone est née, les différents organismes se sont tous réunis pour en planifier la mise en œuvre. En 2005, le rêve était devenu réalité et les organismes francophones étaient tous réunis dans un même établissement, qui convenait parfaitement aux besoins à ce moment. Le problème, c’est qu’avec le temps, ces besoins ont évolué.
L’école saturée
L’École des Grands-Vents, qui comptait 34 élèves à son ouverture, prévoit en recevoir plus de 100 l’an prochain. Inutile de préciser que l’école est déjà plus que pleine. En fait, elle se doit actuellement d’utiliser des salles et des bureaux qui avaient été conçus à l’origine pour la portion communautaire du centre.
Au fil des années, la salle jeunesse de Franco-Jeunes de Terre-Neuve et du Labrador est devenue la classe de musique de l’école. L’ancienne salle des aînés sert maintenant de classe de francisation et les salles de conférences ainsi que le théâtre sont de plus en plus utilisées par les professeurs pour y donner leur cours et malgré tout, l’espace manque encore.
La relève sur liste d’attente
Mais ce n’est pas que l’école qui doit jongler avec cette réalité qui lui cause des casse-têtes. Le Centre de la petite enfance et famille « Les p’tits cerfs-volants », qui n’existait pas au moment de la création du 65 chemin Ridge, accueille actuellement 14 enfants et 36 sont sur la liste d’attente, qui ne cesse de s’allonger. « Pour accueillir plus d’enfants, nous aurions besoin d’au moins le double de l’espace dont nous bénéficions actuellement et la superficie de la cour extérieure devrait être doublée elle aussi », confirme April Picco, directrice de la garderie. La pré-maternelle aussi doit mettre la relève francophone sur liste d’attente. « Le nombre maximal de jeunes est atteint pour l’an prochain et on a toujours une liste d’attente. De notre côté, le local répond aux normes, mais si on nous donnait une demie salle de plus, on la prendrait sans hésitation. Même chose pour une cour extérieure accessible pour les enfants », exprime Hélène Desrosiers, présidente du Comité de parents de Saint-Jean.
Le besoin d’expansion des organismes communautaires
Quant au deuxième étage du centre, même son de cloche. Les bureaux sont pleins, les organismes communautaires et le Conseil scolaire se retrouvent divisés, dans certains cas, dans plusieurs suites différentes, « ce qui n’est pas l’idéal pour la synergie d’équipe », exprime Xavier Georges, coordonnateur du Réseau culturel francophone provincial. « Pour certains organismes, le nombre de bureaux est suffisant pour les besoins actuels, mais il ne faut pas un employé de plus. Si une augmentation de subventions nous était accordée et que nous désirions engager un nouvel employé, où le mettrait-on? Même chose pour les projets spéciaux, nous n’avons aucun bureau à offrir à un employé qui serait engagé, même de façon temporaire », affirme Cyrilda Poirier, directrice générale de la Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador (FFTNL).
Et ces problèmes ne sont que la pointe de l’iceberg. Manque d’espace de rangement (certains organismes louent déjà un entrepôt ou un local à l’extérieur du centre), infrastructure inadéquate pour organiser des évènements d’ampleur, cuisine trop petite, etc... nombreuses sont les failles qui ont été pointées du doigt par les différents organismes.
Et si les infrastructures partagées entre la portion scolaire et communautaire entraînent plusieurs bienfaits, il n’en demeure pas moins que la cogestion de ces ressources emmène aussi son lot de problèmes. Les organismes communautaires sont conscients des besoins urgents de l’école et enclins à les aider, toutefois, en louant ou cédant leurs locaux à l’école, il devient de plus en plus difficile pour eux d’organiser des rencontres, dans le cas des salles de conférence ou des activités, si l’on parle du théâtre. Sans mentionner que le partage des locaux entre le scolaire et le communautaire est un concept encore méconnu et incompris et qui rend l’évaluation des besoins plus difficiles auprès du Ministère de l’éducation, par exemple, qui considère que l’espace est suffisant, mais qui ne tient pas nécessairement compte du fait que l’école utilise actuellement des espaces qui appartiennent aux organismes communautaires.
Le dossier avance
Judicieusement, l’an dernier, l’Association communautaire francophone de Saint-Jean (ACFSJ), le Conseil scolaire francophone provincial (CSFP) et la FFTNL ont tenu une rencontre informelle avec Jeff Butt, chef du Bureau des services en français et James Prowes du Programmes d’appui aux langues officielles de Patrimoine canadien afin de les mettre au courant de la situation et de trouver des pistes de solution afin d’obtenir l’aide du gouvernement dans le dossier.
Le CSFP et l’ACFSJ prennent les choses en main
Quelques temps plus tard, le Ministère de l’éducation et Patrimoine Canadien étaient prévenus par le CSFP et l’ACFSJ. « Nous avons reçu des réponses peu précises. D’une part, Patrimoine Canadien nous a informés qu’ils reconnaissaient la situation et les démarches que nous allions prendre alors que le Ministère de l’Éducation nous a répondu qu’après une étude récente du dossier, ils considéraient que nous avions suffisamment d’espace », déplore Steven Watt, directeur général de l’ACFSJ.
L’ACFSJ a donc soumis une demande de financement à Patrimoine Canadien pour permettre une étude de faisabilité sur l’agrandissement du centre. Le financement a été confirmé au début 2010. L’étude tiendra compte des besoins en frais d’agrandissement et aidera à identifier des pistes de solutions envisageables et réalisables. « Nous sommes sur le point de signer un contrat avec une firme de consultant qui s’occupera de l’étude. Cette firme consultera tous les organismes afin d’identifier leurs besoins. On prévoit le commencement de cette étape à la fin de l’été ou au plus tard au début de l’automne », confirme M. Watt.
Depuis ce temps, le CSFP, qui ne pouvait plus attendre à cause de ses besoins urgents, a quant à lui fait pression auprès du Ministère de l’éducation. « Suite aux multiples interventions du président du conseil scolaire, Ahmed Derradji-Aouat, il devait y avoir une autre intervention afin de réévaluer les besoins, mais jusqu’à maintenant, aucune visite ou inspection n’a été effectuée », précise Peter Smith, directeur adjoint aux finances et à l’administration du CSFP.
Des travaux à l’école cet été
Devant cette constatation, le CSFP a dû se retrousser les manches et fournir à l’école le financement nécessaire afin de la rénover de l’intérieur, en optimisant l’espace. « Le besoin était là puisque la demande est de plus en plus forte. Ce changement permettra d’accommoder l’école en lui donnant les locaux nécessaires pour la prochaine année scolaire »,
explique Michel Genest, directeur de l’éducation.
L’école procédera donc à des rénovations intérieures. Certaines cloisons seront abattues afin, d’une part, de créer plus de salles de classes et d’autre part, de permettre de joindre les deux classes de maternelle qui seront reliées par une salle de bain commune. Toutefois, cette solution, même si elle s’avère la plus simple et efficace à réaliser pour le moment, ne sera que temporaire. Même en procédant à ces travaux d’optimisation d’espace, l’école devra toujours utiliser certains locaux communautaires; les spécialistes et les orthopédagogues n’auront plus de bureau et seront directement installés en salle de classe; enfin l’école ne possédera plus aucun espace de rangement. « Avec tout ça, les besoins urgents sont comblés et tout sera correct pour l’année 2010-2011, mais si à la rentrée 2011 nous avons encore une augmentation majeure du nombre d’élèves, il faudra penser à d’autres solutions en attendant l’agrandissement du centre », confirme Pauline Mercier, directrice de l’École des Grands-Vents.