35e Folk Festival 2011 - Un petit air de « Chantons sous la pluie »
Par Olivier Hemard | Publié le 22 août 2011

Le Groupe « Les Benoit » venu de la Côte-Ouest pour le bon plaisir du public
Les mauvaises conditions météorologiques de vendredi et samedi ont contraint les organisateurs du 35e Folk Festival, initialement prévu au Bannerman Park, à déménager en urgence à Mile One. En effet, rendues trop glissantes en raison de la pluie qui les avait transformées en marécage de boue – et donc trop dangereuses pour accueillir le public – les allées du parc ont été abandonnées samedi au profit des « couloirs secs » de l’Arène de Saint-Jean. Dans tout ce joyeux bazar, nous avons réussi à suivre les organisateurs du Réseau culturel francophone de Terre-Neuve-et-Labrador (RCFTL) qui, malgré ces imprévus, ont rivalisé d’ingéniosité, de rapidité et de tonus pour mettre en scène les artistes annoncés au programme. Enquête.
Tout commençait plutôt bien ce vendredi… Et malgré les quelques gouttes de pluie qui tombaient déjà sur Bannerman Park, la tente francophone (qui présentait une sélection d’artistes folk francophones) commençait à bien se remplir. Le décor était planté : vue sur la mer, drapeau franco-terre-neuvien géant, carrelage noir et blanc, réfrigérateur, ustensiles de cuisine… la « kitchen party » de l’Espace franco vibrait dès 20h au rythme des guitares, des accordéons et des claquements de pieds du célèbre groupe venu de L’Anse-à-Canards, « Les Benoît ». Pendant plus d’une heure, cette joyeuse bande de la Côte-Ouest a réussi à enflammer les spectateurs accourus en nombre pour écouter ce mélange unique de sonorités venues de France, d’Écosse, d’Irlande et du Cap Breton. La 35e édition du Folk festival 2011 commençait bien…
Et pourtant samedi matin, découvrant le spectacle cataclysmique des pelouses et des allées du parc noyées sous 20 cm d’eau, les coordonnateurs du festival se sont vus contraints de chercher en urgence une solution de secours répondant aux exigences de sécurité du public. Avec l’accord de la mairie, le choix s’est rapidement porté sur le site de Mile One. Mais encore fallait-il mettre en place une lourde logistique pour déménager et transférer les différents éléments de scènes, de décors et de sonorisation ! Les responsables ont alors dû annuler les représentations du samedi après-midi : le festival reprendrait donc à 6 heures, avec une programmation complètement chamboulée.
Du côté du Réseau culturel francophone de Terre-Neuve-et-Labrador, le choc fut tout aussi brutal. Après avoir fait tant d’efforts et consacré tant de temps à l’organisation de leur scène annexe, il leur fallait à présent annuler leurs programmations et convenir d’un plan de secours. Finalement, décision fut prise de faire jouer le dimanche après-midi ceux des artistes qui avaient fait le déplacement de loin, et d’organiser une autre manifestation pour les artistes locaux. Avec l’adoption de cette nouvelle chronologie, l’optimisme reprit vite le dessus au sein du RCFTNL qui, profitant de la présence du groupe Québécois « les Tireux d’Roches », improvisa in extremis un concert le samedi soir dans une des salles du Franklin Hôtel. Que ce soient les fans du groupe, le public francophone du festival ou même… les clients de l’hôtel, tous ont ainsi pu écouter (ou réécouter) une musique axée sur la passion, la fougue et l’authenticité, dans des conditions acoustiques et scéniques hors du commun.
La journée de dimanche fut sans doute l’une des plus complètes. Dès 14h, on pouvait applaudir sur la scène principale des artistes comme Ryan’s Fancy, Fergus O’byrne ou Jim Payne et se délecter de leurs compositions radicalement folk. Mais on pouvait aussi découvrir la programmation des scènes secondaires, notamment celle de l’espace francophone qui avait troqué sa « kitchen party » contre un vestiaire de Hockey, et qui offrait l’occasion d’écouter différents artistes comme : L’envol (une partie de la Chorale « La Rose des Vents »), Sabrina Roberts, Jérémie Monette, Félix Fromager ou Jim Fidler.
Pour ce qui est de l’espace francophone, cette édition du « Newfoundland and Labrador Folk Festival » restera sans doute, de l’avis de tous (musiciens, organisateurs et même spectateurs), la plus éprouvante au niveau physique et mental. Mais en ce dimanche soir, quel plaisir de voir réunies, dans une salle de 50 mètres carré maximum, une cinquantaine de personnes assises, silencieuses, se laissant totalement envoûter par la mélodie enivrante d’une guitare sèche, par les riches paroles d’une chanson d’amour, ou par les claquements d’un pied sur le sol !
Au final, l’équipe et les bénévoles du RCFTNL ont une fois de plus prouvé que face à leur volonté de bien faire et leur générosité, peu importent les contingences matérielles : quels que soient le lieu ou le moment, la musique est (et restera toujours) source de partage et de joie universelle.
Vue de l’intérieur
Jérémie Monette, philosophie d’un poète terre-neuvien.
Initialement prévue le samedi après-midi à la tente Franco, la prestation de Jérémie Monette a subi (elle aussi) les caprices de dame nature. Reportée au dimanche après-midi, sa prestation fut à son image : passionnée et poétique.
Des textes évoquant l’amour et… la chasse aux phoques
Les compositions de Jérémie sont le plus souvent tenues pour très personnelles. Basées principalement sur les émotions liées à un moment, un événement ou une personne, elles reflètent tout simplement la vision d’un humain sur le monde. L’amour, domaine phare de tout poète contemporain, est bien sûr présent dans ses textes. Mais Jérémie sait aussi surprendre son public avec des arrangements plus personnels, comme dans « La chasse au phoque ».
« Vivre à Terre-Neuve-et-Labrador est une joie et un malheur. »
Quand nous le retrouvons, un moment après sa sortie de scène, Jérémie a encore le visage rouge et quelques gouttes de sueur coulent encore le long de son cou. Sans prendre le temps de se réhydrater, il nous confie : « Je suis épuisé, mais tellement heureux !…), Jouer pour un public est une sensation tellement unique ! Si cela ne tenait qu’à moi, je continuerais jusqu’à tomber de fatigue (rire)… » Puis, après une petite pause de cinq bonnes minutes, il revient sur les conditions dans lesquelles s’est déroulé le festival : « Vivre à Terre-Neuve-et-Labrador est une joie et un malheur. Un malheur, car l’homme est totalement dépendant et dépassé par les conditions climatiques uniques qui régissent la province. Un bonheur, car pour parvenir à survivre dans ces conditions, les êtres humains doivent se regrouper pour ne faire qu’un. C’est d’ailleurs pour cette raison, je pense, que les habitants de l’État ont une réputation de gentillesse exacerbée. »
-
Le Groupe « Les Benoit » ...
« L'envol » - Quelques ...
Moment de détente pour ...
-
Jérémie Monette