Les 39èmes JUNO plus unilingues que jamais
Par Karine Gaudreau et Sylvain Luneau | Publié le 26 avril 2010

Duane Andrews (au centre) est un artiste francophile membre du Réseau culturel
La francophonie laissait à désirer au Gala des Prix JUNO qui se déroulaient à Saint-Jean cette année. Même Ruckus on the Edge, le festival de groupes locaux en marge de l’événement, a des choses à se faire pardonner, notamment auprès du Réseau Culturel francophone.
Difficile d’entendre parler français pendant cette semaine de festivités à Saint-Jean. Les cérémonies, les relations avec la presse, les entrevues... tout se déroulait en anglais. On aurait pu s’attendre à quelques efforts en matière de bilinguisme dans cet événement pancanadien, mais le concept fut délibérément tabou. Et les trop rares artistes ou médias francophones ont dû se plier à l’anglais, sans que leur langue maternelle ne soit considérée. Une honte.
« English only, please »
Il est vrai que les JUNO ont toujours été plus accessibles au public anglophone, mais ne pourrait-on pas espérer une éventuelle prise de considération, un changement de mentalité pour répondre aux attentes des franco-canadiens?
La cérémonie télévisée qui concluait les JUNO était à l’image de l’ensemble de la semaine. Pas une phrase, pas une inscription en français, hormis les 2-3 mots maladroitement prononcés lors de la soirée. C’est ainsi que le médaillé olympique Alexandre Bilodeau fut rebaptisé André ou que « Les sentinelles dorment », l’album francophone de l’année devint « Les sentinelles dormant ».
Hormis ces deux couacs, le public et les artistes ont dû faire sans français. Idem pour les rares journalistes francophones. On est bien loin des Jeux Olympiques de Vancouver où organisateurs et athlètes faisaient les efforts nécessaires pour contenter les francophones de ce pays (cérémonies d’ouverture et de fermeture mises à part). Qu’on ne s’étonne pas ensuite si les JUNO reçoivent peu d’échos au Québec ou dans le reste du Canada francophone.
Faible programmation francophone en ville
En parallèle des JUNO, de nombreux concerts étaient organisés dans les bars de Saint-Jean. Là encore, la francophonie était bien timorée. Hormis quelques membres du Réseau culturel francophone (Duane Andrews, Mary Barry, Collen Power), le bassiste franco-vancouverois du groupe Alex Cuba et certains francophiles comme The Once ou Idlers, l’écrasante majorité des artistes était anglophone pure et dure.
Même son de cloche dans l’organisation de Ruckus on the Edge, le festival de musique locale en marge des JUNO où la programmation manquait cruellement de francophonie elle aussi. Autant on lui pardonne une organisation unilingue puisque le Comité est une institution locale, autant on s’attendait à une programmation fidèle au dynamisme culturel et musical des communautés franco-terre-neuviennes. Pourtant, les artistes francophones / francophiles du festival peuvent se compter sur les doigts de la main. Et encore...
Pourquoi les Benoîts n’ont obtenu que dix minutes de scène au lancement de Ruckus on the Edge? Comment expliquer que la talentueuse Collen Power ne puisse pas bénéficier d’une scène digne de ce nom en ville et doive se contenter d’un petit espace à l’aéroport?
Sur les quatre journées de Ruckus on the Edge, une seule soirée laissait supposer quelques notes francophones dans les cafés de Saint-Jean. Mais là encore, « Our music – our heritage » fit la part belle aux musiques traditionnelles anglophones. Seule la projection du court-métrage « Vive la rose » sur la chanson du même nom du célèbre Émile Benoit et la présence d’Andrew Dale, guitariste francophile du groupe The Once amenuisaient un peu la frustration. Heureusement, la chanteuse francophone Mary Barry, approchée par le Comité une semaine seulement avant le concert, a pu permettre à la soirée de se réconcilier avec ses premières intentions : défendre la richesse musicale historique de la province. Mary Barry a d’ailleurs fait une autre apparition lors du festival : une heure de spectacle à l’hôtel Sheraton dans le cadre de l’événement Random Acts of music.
Le Réseau écarté
À noter que le Réseau culturel francophone fut consulté par le Comité Ruckus on the Edge au moment d’établir la programmation. Le Réseau lui a alors soumis de nombreux artistes franco-terre-neuviens, tous plus talentueux les uns que les autres. Le Comité en a pris note, mais ce qui devait arriver arriva; il a ensuite fait comme bon lui semblait, à la plus grande déception du Réseau culturel francophone et des franco-terre-neuviens.
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Duane Andrews (au ...
Les Benoîts ont lancé la ...