George Street Festival - La festivité incontournable de la ville de Saint-Jean.
Par Jacinthe Tremblay | Publié le 13 août 2012

Le dimanche 29 juillet a eu lieu « La plus grande cérémonie de Sreech In au monde »
Du 26 au 31 juillet dernier, « la plus grande des petites rues d'Amérique du Nord » a vibré pour les 28e fois, au rythme d'un des principaux événements rassembleurs de l'année dans la capitale : le George Street Festival. Six jours de musique, dans tous les pubs et dans la rue. Mais six jours marqués, pour les touristes, par la découverte d'une culture locale forte... musicale, entre autres.
Diversité musicale
La programmation de la grande scène extérieure du George Street Festival (GSF) avait tout ce qu'il faut, en 2012, pour réjouir les amateurs de plusieurs genres musicaux, comme en témoigne, entre autres, la diversité des têtes d'affiches des fins de soirée. Ainsi, après le coup d'envoi du 26 juillet, donné par le groupe de rock alternatif Third Eye Blind fondé à San Francisco au début des années 1990, les festivaliers ont goûté au folk-pop-rock-country de la bande du Torontois Jim Cuddy, également chanteur de Blue Rodeo.
Le GSF a également offert à ses festivaliers la légende du country, Kenny Rogers, ainsi que le groupe rock de Saskatchewan The Sheepdogs. Ces lauréats de trois Junos et de très nombreux autres prix sont aussi le premier groupe de l'histoire à avoir fait la page couverture du magazine Rolling Stones tout en étant un « unsigned act », ce qui signifie qu'ils diffusent leur musique sous une étiquette indépendante et non sous celle d'une multinationale. En clôture, le GSV a orchestré la réunion du Thomas Trio et The Red Albino, un ensemble de ska/rock de Saint-Jean dont la rupture datait du début des années 1990.
Mais rien ne valait, pour les touristes, l'attrait de la rue elle-même, de la scène musicale locale et d'une autre de ses grandes traditions : la boisson.
Le « party de cuisine » de Fergus
Le samedi 29 juillet était réservé aux musiciens locaux, avec, comme public cible, les touristes. Le Gaboteur s'est particulièrement intéressé à cette journée « Party de cuisine », animée par le grand Fergus O'Byrne, quasi « artiste en résidence » chez O'Reillys, l'un des pubs irlandais les plus courus de la rue George, où il est régulièrement en concert.
À la recherche d'accents francophones dans l'assistance dense, Le Gaboteur a rencontré un trio interprovincial formé par Joël, un Acadien de Nouvelle-Écosse, Leticia, sa conjointe anglo-terre-neuvienne bilingue, et la mère de celle-ci, Barbara, qui vit à Saint-Jean. Motif de leur présence sur la rue George à cet événement destiné aux touristes ? « Nous avons une réunion de famille ces jours-ci, et c'est bon d'entendre la musique d'ici », a expliqué Leticia entre deux chansons de Irish Descendants. Leticia a appris le français à Montréal, pendant ses études à McGill, et elle habite maintenant en Nouvelle-Écosse, avec son amoureux Joël. Elle était loin d'être la seule Terre-Neuvienne venue entendre « sa » musique. À preuve, plusieurs personnes dans l'assistance ont eu la larme à l'œil en écoutant la chanson The Fortunates, de Ennis (autrefois Ennis Sisters), qui parle de la veine (The Fortune) des jeunes de la province qui ont eu à s'exiler pour trouver un emploi.
Comme il se doit dans toute « Party de cuisine », il y a eu aussi rires et danse. Fergus a même réussi le tour de force de faire lever de terre plusieurs spectateurs, avec sa voix puissante accompagnée, tout simplement, du tambour irlandais appelé bodhran. Cette journée pour touristes a pris fin sous les clameurs de la foule entre chaque pièce du groupe de Saint-Jean The Navigators, également maîtres ès bodrhan.
Et la boisson.
Le GSV, c'est aussi l'alcool qui coule à flot. Bière, bien sûr, et une compétition à la fois féroce et amicale entre les rhums bruns de marques Lamb's et Screech. Impossible d'ignorer la première, commanditaire officiel de l'événement en 2012. En plus de ses immenses et très nombreuses affiches, l'équipe marketing de Lamb's distribuait gratuitement des impers affichant le slogan de la nouvelle campagne : Lamb's Nation. Liam Kelly, un jeune anglophone s'exprimant dans un excellent français, a expliqué ce slogan au Gaboteur : « La nouvelle campagne sera menée partout au Canada mais elle débute ici parce que les gens de Terre-Neuve-et-Labrador consomment 53% de toutes les bouteilles de Lamb's vendues au Canada ».
Les ventes de ce rhum fabriqué en Ontario ont beau battre le record canadien dans les traditions de Terre-Neuve-et-Labrador, rien ne surpasse le Screech. Ainsi, le GSF promettait, le dimanche 29 juillet, « La plus grande cérémonie de Sreech In au monde ». L'événement, animé par une incarnation de Trapper's John - Jean, le coureur des bois -, a, dans les faits, décerné à une cinquantaine de touristes, tout au plus, le statut de « Honorary Newfoundlander ». Record du monde battu ? Peut-être, dans la mesure où le Screech In n'est pratiqué que dans la province... Mais assistance record à un Screech In, certainement. Quelques centaines de spectateurs ont en effet regardé la cérémonie. Tous les touristes présents, bien qu'en quasi totalité anglophones, peinaient à saisir le discours du personnificateur de Trapper's John, délivré à une vitesse hallucinante avec l'accent local. Et les rires fusaient lorsque les participants au Screech In s'empêtraient en tentant de prononcer le fameux « Deed I is me old cock, and long may your big jib draw ! »
Mathieu et Julie, deux Québécois croisés sur la rue avant la cérémonie, ont opté pour la prudence. « Nous ne savons pas exactement ce qu'est un Screech In mais on devine que nous sommes vulnérables si on le fait en public. Si on devient Terre-Neuviens honoraires, on le sera dans un contexte moins public », ont-ils confié.
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