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Entretien avec Michel Rivard

Par Karine Gaudreau | Publié le 10 décembre 2009

Michel Rivard - Photo à la gracieuseté du Réseau culturel francophone de TNL
Michel Rivard - Photo à la gracieuseté du Réseau culturel francophone de TNL

Quelques heures avant de monter sur la scène du Arts and Culture Centre à Saint-Jean, M. Michel Rivard a généreusement accordé de son temps au Gaboteur afin de conduire une entrevue exclusive, pour le plaisir des lecteurs. Voici donc le résultat de cet entretien.

Le Gaboteur : M. Rivard, s’agit-il de votre première visite à Saint-Jean?
Michel Rivard :
Oui, c’est ma première visite. J’ai souvent chanté pour les minorités francophones ailleurs en dehors du Québec mais jamais à Terre-Neuve-et-Labrador. J’ai par contre visité Saint-Pierre en 1979. Nous finissons actuellement nos deux semaines de tournée. Je suis passé par l’Acadie et j’ai d’ailleurs chanté plusieurs fois au Nouveau-Brunswick auparavant, mais je n’étais jamais allé à Halifax, alors de chanter pour les francophones d’Halifax et de Terre-Neuve-et-Labrador, c’était une première pour moi.

Le Gab : Avez-vous eu le temps de visiter un peu ?
M. R. :
Ça passe toujours très vite mais heureusement, avant d’aller à Saint-Pierre, on a passé une nuit ici alors on a pu voir le paysage assez spectaculaire. Du moins on a vu autour de Saint-Jean. On est d’ailleurs allé à Cape Spear, à Signal Hill et au Centre ville. Parfois, il y a des villes où quand on arrive le soir, on joue et on repart le lendemain, alors ça ne donne pas le temps de saisir la région. Mais ici, on a quand même eu un peu de temps pour parler avec les gens de la région et de saisir l’ambiance générale, de saisir le public. On est au courant un peu de l’histoire d’ici, on connaît la petitesse de la communauté. On s’informe, on s’intéresse aux lieux, à la mentalité des gens et à leur culture.

Le Gab : Quand vous êtes dans une petite communauté francophone comme celle-ci, vous devez faire de petits spectacles intimes, est-ce différent des spectacles que vous avez l’habitude de faire dans les grands centres urbains ?
M. R. :
Oui et non, parce que je fais des spectacles intimes par choix. Ca dépend des années en fait. Au Québec, j’alterne généralement entre une grosse tournée avec cinq ou six musiciens dans de grosses salles avec des éclairages et des effets spéciaux et l’année d’après, je remets souvent sur pied le trio que vous allez voir ce soir. Ce trio travaille ensemble depuis 31 ans, donc c’est difficile de battre notre complicité et notre travail d’équipe. Ce sont des spectacles qui sont très agréables à faire pour moi. Ce que j’aime beaucoup de ces tournées, c’est qu’on ne fait jamais deux soirs de suite le même spectacle. Vu qu’on joue ensemble depuis si longtemps, il y a toujours un peu d’improvisation. La formule intime permet ça, et pour moi, c’est super.

Le Gab : Est-ce que la tournée Coup de coeur vous mène ailleurs par la suite ?
M. R. :
Non, deux semaines pleines et ensuite je rentre à la maison ! D’ailleurs, je fais de moins en moins de tournées aussi longues. Car c’est une de mes fiertés dans la vie d’avoir réussi à équilibrer mon travail et ma famille. De partir longtemps en tournée, ce n’est pas quelque chose que j’aime. J’aime la tournée, mais deux semaines loin de la famille et des enfants, je trouve ça trop long.

Le Gab: On parlait de fierté, justement, avec autant d’albums, de chansons à succès, de tournées, si vous aviez à nommer quelques accomplissements dans votre carrière qui vous ont rendu particulièrement fier, sur lesquels insisteriez-vous?
M. R. :
Je vais répondre d’une manière générale parce que j’ai de la difficulté à isoler un évènement. Moi la fierté que j’ai, c’est d’être encore là, de continuer à avoir autant de plaisir que j’en avais quand j’ai commencé. Je ne suis pas blasé, j’ai toujours trouvé le moyen de conserver mon enthousiasme. Je suis encore très excité à l’idée d’écrire de nouvelles chansons, de voir à quoi que cela va ressembler. Je me dis encore que mes vraies bonnes chansons sont à venir et que les nouvelles vont être meilleures que les vieilles. Et puis, je n’ai pas de regrets. Pour moi, je ne vois pas ce métier là comme une échelle qu’il faut gravir pour arriver au sommet, je vois ça comme un chemin où c’est la route, le trajet qui est intéressant. Avoir du succès avec certains albums, certaines chansons, ce sont des cadeaux, mais en même temps, l’essentiel c’est bien plus de faire quelque chose à long terme, de conserver son public. Je sais qu’il y a des gens qui me suivent depuis le début de Beau Dommage en 1974 et ces gens là ont fait écouter mes chansons à leurs enfants. Mon public se renouvelle et ça, c’est bon pour moi. C’est comme une communauté, une famille.

Le Gab : Sur l’album jazz compilation qui est sorti en septembre pour célébrer le 30ème anniversaire du Festival de jazz, vous y chantez une chanson en anglais. Appréciez-vous chanter en anglais à l’occasion ?
M. R. :
En fait, tout le disque était constitué de standards de jazz et les standards de jazz sont pour la plupart en anglais. Même si je suis un ardent défenseur de la chanson francophone, je n’ai aucun problème à chanter en anglais. D’ailleurs, j’écoute autant, sinon un peu plus de chansons anglophones puisque mes influences sont beaucoup plus nord-américaines qu’européennes. Les gens qui m’ont donné le goût d’écrire quand j’étais jeune, ce sont des gens comme Paul Simmons, James Taylor, Bob Dylan, Joni Mitchell, Leonard Cohen, Neil Young. En revanche, ça ne m’est jamais venu à l’idée d’écrire en anglais parce que je pense que je perdrais mon originalité. Mon originalité c’est justement d’être un francophone d’Amérique, et c’est ça qui fait qu’on a une façon différente d’écrire des chansons. Ca me fait de la peine de voir des francophones de naissance et de vie, faire des albums complets en anglais sous prétexte que ça sonne mieux. Moi je pense que le défi quand on est francophone Nord-Américain, c’est d’assimiler nos influences musicales nord-américaines et de faire de la musique francophone avec ça. Je trouve que c’est là que ça devient intéressant.

Le Gab : Parlez-moi de votre dernier album « Rivière et autres chansons symphoniques », ça faisait longtemps que vous pensiez faire un album avec l’orchestre symphonique ?
M. R. :
Non, parce que c’est un projet auquel on ne peut pas penser tellement c’est coûteux. Il faut vraiment qu’il y ait un évènement, une conjoncture pour que ça prenne forme. J’ai eu la chance, il y a 4 ans, d’être invité par l’Orchestre symphonique de Montréal pour faire deux concerts avec eux. Comme il fallut alors écrire pour un orchestre symphonique, j’ai engagé un orchestrateur qui a pris mes chansons et qui les a transformées en musique symphonique. Par la suite on a eu la chance de faire le spectacle ailleurs, on l’a fait à Québec, à Rimouski, au Saguenay. On s’est promené avec ça et on a eu un beau succès. Et puis à l’été 2008, les FrancoFolies de Montréal m’ont invité à faire le spectacle de fermeture avec l’Orchestre symphonique. Puisque ça faisait plusieurs fois qu’on jouait ainsi, on a pensé que ça valait la peine d’aller demander les subventions pour réaliser l’album symphonique. C’est comme ça que ça s’est fait, ce n’était pas un projet au départ, mais je suis très heureux du résultat.

Le Gab : Avez-vous des projets pour l’année à venir ?
M. R. :
J’ai des idées que je note au fur et à mesure, mais c’est surtout après Noël où je vais me retirer des spectacles pour un bout de temps que je vais travailler sur de nouveaux projets. Je ne sais pas encore quelle forme ça va prendre mais sûrement un album. Je ne peux pas encore mettre de date cependant, car je n’ai pas  commencé à réfléchir à ce que ça va être.

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