Les festivals francophones de l'été sur la Côte-Ouest
Par Catherine Fenwick et Karine Gaudreau | Publié le 20 août 2010

Valse devant la scène
Les habitants de la Péninsule de Port-au-Port avaient toutes les raisons de fêter cet été, avec la tenue de deux festivals de musique et de danse traditionnelles : « Une Journée dans l’Passé » et « Un Plaisir du Vieux temps ». Malgré quelques soucis de dernière minute, les organisateurs sont demeurés inébranlables et ont réussi, une fois de plus, à orchestrer des festivals réussis et appréciés du public.
Retour sur les deux évènements qui ont su faire chanter, taper du pied et danser les habitants de la Péninsule de Port-au-port.
Une Journée dans l'Passé
Le festival « Une Journée dans l’Passé » a eu lieu les 24 et 25 juillet derniers. Les artistes et les musiciens de tous les âges de la péninsule de Port-au-Port ont eu la chance d’y promouvoir leur talent et la belle musique traditionnelle de la région.
Un petit peu d’histoire
En 2004, alors que les franco-terre-neuviens célébraient 500 ans de présence française à Terre-Neuve-et-Labrador, deux communautés francophones de la péninsule de Port-au-Port, séparées par une montagne et des années d’isolation, ont décidé de travailler ensemble et d’organiser un seul festival régional.
Ce petit projet pilote a permis d’agrandir le bassin de bénévoles et d’assurer un budget de 10 000$ en provenance de Patrimoine canadien (4 000$ cachets des artistes, 2 500$ système de son, 1 000$ publicité, 2 500$ coûts opérationnels). Cet argent fut essentiel au succès du festival, car le Comité d’organisation pouvait alors engager des techniciens du son professionnels et les musiciens de la région recevaient un petit cachet pour leur performance plutôt que des billets pour leurs consommations.
Il y a maintenant sept ans que les communautés francophones de La Grand’Terre et de Cap Saint-Georges oeuvrent ensemble pour organiser le festival de musique régional. Tous les deux ans, « Une Longue Veillée », a lieu à Cap Saint-Georges; il se déroule la première fin de semaine du mois d’août. Cette année, c’est au tour de La Grand’Terre d’être l’hôte de l’évènement « Une Journée dans l’Passé », qui se déroule la dernière fin de semaine de juillet. C’est un événement coopératif organisé par un comité de bénévoles de l’Héritage de l’Île Rouge, des Terre-Neuviens Français et de l’Association régionale de la côte ouest.
Les jeunes embarquent
Un petit plus par rapport aux années passées, la jeunesse ne s’est pas fait prier pour prendre part à l’évènement. Grâce aux cours d’accordéon offerts par le Conseil scolaire francophone provincial, il y eut une très bonne participation des jeunes franco-terre-neuviens. Ces jeunes musiciens développent une fierté culturelle et un goût pour la musique de la région.
Des petits pépins
Le festival régional « Une Journée dans l’Passé » a fait face à plusieurs défis cette année.
Premièrement, le champ du terrain de base-ball était trempé après quelques semaines de pluie. De plus, l’édifice utilisé auparavant pour la présentation des artistes n’était plus assez solide et un charpentier bénévole de la Grand’Terre a fortement suggéré d’y ajouter une fondation avant la prochaine activité. La décision de déménager le festival en avant du Centre scolaire et communautaire Sainte-Anne fut unanime, mais cette décision a aussi nécessité plus de travail et surtout, plus de dépenses.
Une estrade et des clôtures portatives furent construites grâce au travail des employés d’été et des bénévoles du Cap et de la Grand’Terre. Fatiguée, mais fière du travail accompli, l’équipe de travail de l’ARCO, de l’Héritage de l’Île Rouge et des Terre-Neuviens Français n’était pas au bout de ses peines.
L’application de la loi, plus stricte cette année
L’équipe a reçu des mauvaises nouvelles après une visite de l’inspecteur de la NL Liquor Corporation. Celui-ci a précisé les règlements concernant l’achat et la consommation des boissons alcoolisés pour les jeunes de moins de 19 ans. La clôture qui doit séparer les mineurs et les buveurs devait être soit de six pieds de haut, soit doublée avec un espace de 3 pieds entre les deux clôtures.
Encore une fois, l’équipe s’est retroussée les manches et a surmonté le défi. « Je n’ai jamais été aussi fière d’une équipe de travail dans ma vie. Les employés et les bénévoles des trois associations ont travaillé très fort. Comme dans un film de Walt Disney, le site s’est vite construit et c’était beau », se réjouit Catherine Fenwick, directrice générale de l’ARCO. Malheureusement, ce n’était pas la fin des problèmes logistiques. Il a plu à torrent dimanche après-midi et ce nouveau site a créé quelques problèmes imprévus.
Toutefois, tout s’arrange quand une équipe de travail demeure inébranlable. Les gens étaient fiers du travail accompli et la bonne humeur a régné pour la durée de l’activité. L’événement rassembleur a permis de créer des liens permanents et de bâtir des partenariats solides.
Un Plaisir du Vieux Temps
Ouf! Une autre année et un autre succès. Le festival de musique « Un Plaisir du Vieux Temps » a célébré son 23ème anniversaire les 13, 14 et 15 août à l’Anse-à-Canards. Il faut croire que le beau soleil a payé ses deux dollars d’entrée pour les trois jours du festival car les spectateurs l’ont suivi en grand nombre. Ce fut un gros party avec des participants de tous les âges et de la bonne musique de la péninsule de Port-au-Port.
Le festival a débuté le vendredi soir par un karaoké ouvert au grand public. Comme il y avait un tirage toutes les 15 minutes pour encourager la participation, une vingtaine de chanteurs ont accepté le défi. À minuit, la soirée a continué par un disco.
L’ouverture officielle du festival eut lieu le samedi après-midi. Une trentaine de musiciens de la péninsule de Port-au-Port eurent la chance de monter sur l’estrade et de partager leur talent avec les spectateurs. « Les gens veulent entendre la musique de la région, de la communauté. Les spectateurs viennent de partout et c’est la musique traditionnelle qui les intéresse », explique Robert Félix.
Ce festival n’a pas d’horaire fixe et les musiciens qui arrivent sont mis sur une liste d’attente. Ça marche très bien la plupart du temps mais parfois, un musicien quitte le site frustré car il attend trop longtemps. « C’est difficile car les musiciens arrivent tous en même temps et ils deviennent impatients. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de jouer, j’offre mes excuses et j’espère les voir encore l’année prochaine ».
En plus de la musique traditionnelle qui a animé le festival, des jeux pour les petits et grands furent installés du côté droit du champ. Alors que les adultes dansaient devant la scène et se faisaient dorer sous le soleil en écoutant la musique, les enfants pouvaient donc, eux aussi, profiter de la fête en se promenant à travers les petits kiosques d’amusement installés à la manière d’une exposition. Certains ont même pu profiter des tours à cheval offerts le samedi après-midi.
Selon Robert Félix, l’agent culturel de Chez Les Français de l’Anse-à-Canards, il y avait près de mille personnes coincées comme des fourmis dans le champ le samedi soir.
Petite frousse
Si le festival s’est déroulé sans problème, les organisateurs ont quand même eu un moment de panique le jeudi précédent le festival quand l’inspecteur du NL Liquor Corporation, encore lui, est venu voir le site. Comme il l’a fait à La Grand’Terre, il leur a indiqué les modifications qu’ils devaient apporter au site pour respecter la loi entourant les mineurs et la consommation d’alcool. « Il m’a dit qu’on devait construire une clôture double autour du bar dans le champ pour que les jeunes ne puissent pas rentrer par-là. Ça n’a pas de sens de mettre les buveurs loin de la scène. Ils seraient comme des animaux dans une grange! »
Toutefois, l’interdiction s’applique seulement à l’extérieur du centre culturel. Selon Robert, si le centre peut avoir une permission spéciale pour avoir des jeunes dans l’édifice avec les buveurs, pourquoi pas le champ aussi?
C’est seulement jeudi, à la fin de la journée, la veille du début du festival, que Chez les Français a obtenu la permission spéciale, pour cette année, de perpétuer la tradition et de permettre aux consommateurs et aux jeunes d’être tous ensemble.
L’inspecteur assistera toutefois à la prochaine réunion du comité organisationel pour expliquer ces règlements à tous.
Ce festival annuel est organisé par un comité de dix bénévoles qui se rencontrent chaque mercredi pour planifier l’événement. Chaque année, on y compte quelques améliorations, comme par exemple la construction d’un nouveau kiosque de billets installé à l’entrée cette année. Bernard Félix, un musicien extraordinaire de l’Anse-à-Canards et bénévole dévoué à ce festival, l’a construit dans ses temps libres car ce festival et la musique traditionnelle lui tiennent à cœur.
Et il n’est pas le seul. L’accueil des bénévoles et leur implication dans le déroulement du festival contribuent de façon incroyable à son bon déroulement. Partout dans le champ ou au Centre, on voyait des bénévoles de l’Anse-à-Canards avec des grands sourires et un « Bonjour, comment ça va? » pour tous les clients. Le dimanche, les yeux des travailleurs sont un peu plus fatigués mais les sourires, l’accueil et la fierté communautaire sont toujours présents. La population de l’Anse-à-Canards est petite mais la force de cette communauté est sa solidarité.
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