Ateliers de chansons en français à Saint-Jean : "Désapprendre les codes pour réinventer sa musique" avec Edgar Bori
Par Sylvain Luneau | Publié le 15 mars 2010

Edgar Bori (en haut à gauche) entouré de Jean-François Groulx et des jeunes artistes francophones
Les 26, 27 et 28 février derniers, le Réseau culturel francophone de TNL offrait à Saint-Jean des ateliers pour les francophones de la province qui souhaitent se lancer dans une carrière musicale en français. Retour sur cette expérience intime avec le formateur Edgar Bori.
« À leurs débuts, les artistes pensent que seul leur talent suffira à faire la différence. Mais il y a toute une industrie du disque à décortiquer, à appréhender pour en tirer profit et éviter de briser ses rêves. » Auteur, compositeur, interprète, et tantôt producteur ou diffuseur, Edgar Bori sait de quoi il parle quand il expose son vécu aux artistes francophones en devenir. « Je leur montre la réalité de l’industrie du disque. Les prévenir leur permettra de se protéger. » Car en effet, l’artiste au stade embryonnaire n’a pas toujours conscience de l’impitoyable « machine à fric » de l’industrie musicale. Les genres sont préfabriqués, les artistes façonnés et les mélodies formatées pour que l’oreille du consommateur devienne assujettie. « Partout, nous sommes soumis à cette musique dite conventionnelle : au centre commercial, dans les publicités, à la radio... », déplorait l’animateur. « Partout, l’industrie tente de nous imposer des standards musicaux. Mais il existe pourtant une autre forme de musique, celle du coeur, celle de l’âme. Elle ne répond pas toujours à ces codes mais trouve sa place, heureusement, dans des diffuseurs alternatifs », rappelait-t-il résolument optimiste.
Les trois jours de formation ont donc servi à briser les règles et les codes que les jeunes artistes ont implicitement intégrés, pour leur permettre de réinventer leur musique.
Développer une carrière musicale en français à TNL ? C’est possible !
Pour Xavier Georges, coordonnateur du Réseau culturel francophone de Terre-Neuve-et-Labrador, la présence d’un tel atelier dans la province et surtout la chance d’avoir des formateurs comme Edgar Bori et Jean-François Groulx, vient donner un grand coup de main aux artistes locaux. « Certains envisageaient une carrière musicale uniquement en anglais, mais ils ont maintenant de nouveaux outils pour développer ou, du moins, avoir un autre regard sur une carrière musicale en français. »
Quatre privilégiés ont bénéficié cette année des conseils avisés d’Edgar Bori et Jean-François Groulx : Heather Dorie, Marie-Claude Thibodeau, Jérémie Monette et l’auteure-compositeur-interprète de la Péninsule de Port-au-Port Mélanie Samson.
« Rester un créatif libre »
La première soirée des ateliers, une soirée-débat dans une ambiance tamisée et intimiste, a permis de se familiariser avec les réalités du business musical : son marketing, sa soif d’argent et son incroyable pouvoir d’accaparement. « Les artistes sont presque obligés de faire un choix : celui de rester créatif ou de devenir le produit d’une industrie », posait comme problème Edgar Bori. Les deux voies sont bien différentes. L’une mène au succès tandis que l’autre permet de rester en paix avec soi-même.
Un accompagnement personnel
C’est pourquoi Edgar Bori, accompagné de Jean-François Groulx, a d’abord voulu savoir quelles étaient les aspirations de chacun, afin de travailler dans la bonne direction. Puis ils ont proposé des ateliers personnels plus intimes. Les jeunes artistes se sont retrouvés dans une maison mise à la disposition du Réseau culturel pendant deux journées réservées à la création et à la discussion. « Ces ateliers étaient à la fois personnels, collectifs et collaboratifs », expliquait le formateur, qui a mis l’accent sur l’importance des échanges. « Ces échanges sont primordiaux pour n’importe quel artiste. Ils lui servent à la fois à enrichir sa musique et à se frayer un chemin dans la difficile ascension de sa carrière. Les relations sont très importantes. Ce n’est d’ailleurs pas toujours la qualité d’une chanson qui en fait un succès mais plutôt les contacts qu’on a dans l’industrie. »
Par cette phrase, tout est dit : la triste réalité du business musical, les choix et les sacrifices que les jeunes artistes francophones auront à faire tout au long de leur carrière. La route est longue donc, espérons pour eux qu’au bout du compte, ils n’aient toujours pas vendu leurs âmes.