Les messes en français de moins en moins convoitées
Par Doris Ingham | Publié le 26 janvier 2010

L'église de Labrador City - Photo à la gracieuseté de Paul Kippenhuck
Cette année, la Basilique Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours de Labrador City fête ses 50 ans d’existence, de messes en français et en anglais. Pourtant, le nombre de personnes, en particulier de francophones assistant à la messe, diminue de façon dramatique et les services en français sont menacés de disparaître.
Le Père Jacques Laperrière, un prêtre de Schefferville, a célébré la première messe francophone à Noël 1959 dans un garage. Puis en 1960, le père Théodore Roussel est devenu le premier Pasteur de la Paroisse Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, qui deviendra plus tard la Basilique du même nom. Au début, il y avait une demande pour des services en français. De nombreux francophones, principalement de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick, convergeaient vers l’Ouest du Labrador pour y trouver du travail. Cette vague d’immigration était croyante et les services en français se justifiaient. À présent, aux messes francophones, le nombre de fidèles oscillent à moins d’une dizaine.
Le Père Jarek Pachocki préside ces messes. Il estime que tant qu’il y aura des paroissiens francophones, il continuerait de prêcher en français. « Je vois la communauté francophone comme des membres intégrants de notre paroisse. Je sais qu’il est difficile de garder notre langue et notre tradition dans un environnement majoritairement anglophone, mais je crois que la messe en français a beaucoup de valeurs et j’espère que cela va continuer. Cependant, s’il y a un manque de participations nous indiquant que la messe francophone n’est plus nécessaire dans l’Ouest du Labrador, nous aviserons à ce moment-là ... »
La directrice de la chorale et responsable du ministère francophone, Lise Boucher, réside à Labrador City depuis 43 ans. C’est également à elle qu’incombe la responsabilité de traduire les homélies et de les faire pratiquer au Père Jarek dont la langue première n’est pas le français. « Le départ des plus vieux paroissiens et le manque de foi et d’intérêt des jeunes pour la religion expliqueraient le peu de participation aux messes francophones. Ou alors, ils vont à l’église de leurs conjoints (anglophones ou d’autres religions). Les couples qui ne sont pas mariés ne se sentent pas les bienvenus dans l’église », déplore-t-elle. Elle espère pourtant que les francophones s’impliqueront davantage dans le futur.
Pourtant, il y a encore des jeunes qui y vont. Jacqueline Carré, la plus jeune membre de la chorale francophone, a 19 ans. Lorsqu’elle n’est pas aux études au Nouveau-Brunswick, elle assiste à la messe francophone du Labrador assidûment. D’un père francophone et d’une mère anglophone, ses parents ont opté très jeunes pour les messes en anglais. « Aller à l’église une fois par semaine ressource mon esprit et me donne la force de continuer la semaine. La messe m’apporte la tranquillité d’esprit, alors que le reste de la semaine, c’est “go, go , go” ! J’aime aller à la messe en français, parce que ça me semble plus révérant, les gens sont plus respectueux et écoutent le prêtre plus attentivement », raconte cette jeune femme qui a commencé à aller aux messes francophones à l’âge de 16 ans, quand elle a découvert la chorale française. « Je préfère chanter en français et je préfère la beauté de leur musique », commente-t-elle.
La diminution des participants aux messes francophones est-elle un signe de la disparition subtile des francophones dans la province ? Seul l’avenir nous le dira.