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Mark Cormier prend sa retraite après une vie au service de l'éducation, de la francophonie et de la musique

Par Alexis Hudon | Publié le 25 juin 2010

Mark Cormier 1
Mark Cormier 1

Après plus de trois décennies de dévouement pour la cause française dans les écoles, M. Mark Cormier, le Flying Frenchie comme le surnommaient ses coéquipiers de l’équipe de hockey de l’Université Memorial, actuel directeur de l’école Notre-Dame-du-Cap, a décidé d’accrocher ses patins.

Un choix de vie : l’éducation en français


M. Cormier est le plus jeune garçon d’une famille francophone de quatorze enfants de Cap-Saint-Georges. À l’époque, comme ailleurs au pays, on avait plutôt une mauvaise opinion de la langue française. Cependant, le professeur Gerald Thomas, qui fonda plus tard le centre d’études franco-terre-neuviennes de l’Université Memorial, faisait des recherches à cette époque dans la région : « Je me rappellerai toujours qu’il disait à ma famille : « le fait que vous parliez français, c’est spécial. »  Ça m’a marqué, c’était la première fois que j’entendais dire du bien de ma langue par un étranger. Ça a été déterminant dans mon choix, plus tard, de devenir enseignant. Pas seulement enseignant, mais enseignant en français », raconte Mark Cormier.

Il est ensuite allé à l’Université Memorial de Saint-Jean, après son frère Robert, qui avait lui aussi étudié en éducation. Durant l’été, il travaillait pour l’organisme les Terre-Neuviens Français (TNF) à Cap Saint-Georges : « Ensuite, [après avoir terminé mes études], j’ai voulu faire ma part. Je me suis impliqué sur le conseil d’administration, puis j’ai été directeur, trésorier jusqu’à devenir président de l’organisation pendant deux ans puis quatre autres années. » C’est sous sa présidence que l’ancien centre communautaire a brûlé, au tournant du millénaire: « À cause du mauvais temps et de l’éloignement, on voulait changer le site, on ne voulait plus l’avoir au Boutte Du Cap. » Seulement six mois après l’incendie, les travaux ont débuté pour bâtir le centre où il se dresse encore aujourd’hui, à deux pas de l’école.

En parallèle de son engagement communautaire, il enseignait le français dans le programme d’immersion. Le programme était alors à ses débuts; ses collègues et lui devaient aider à développer les résultats d’apprentissage, les examens à raison de deux ou trois heures tous les soirs : « Ça n’a jamais été lourd pour nous. On y croyait, on faisait ce travail-là naturellement. » 

Un engagement communautaire exemplaire

D’après sa fille, Marcella Cormier: « S’engager, c’est comme respirer pour lui. Enlèves-lui ça, il n’a plus rien. Il n’a pas de bonnes mains, ce n’est pas un gars de garage, c’est un homme de communauté. »

Effectivement, on le retrouve à peu près partout. Il a été bénévole chez les pompiers ou pour conduire une ambulance. Il a aussi été le premier Grand Chevalier des Chevaliers de Colomb de Cap Saint-Georges, pendant deux ans.

Il a d’ailleurs reçu le prix Roger-Champagne, le plus grand honneur de la Fédération des Francophones de Terre-Neuve et du Labrador, en l’an 2000, pour souligner l’ensemble de son implication, de ses combats pour la défense du français et la profondeur de son attachement à sa culture.
C’est un musicien réputé. Sa musique, aux accents traditionnels, est aussi une forme puissante d’engagement. Ainsi, avec d’autres artistes de la péninsule, il garde vivant l’un des plus grands trésors du Pays du  Bon Dieu : la musique. Il a enregistré en 1997 un premier CD, Journée du Passé, avec son frère Jack Cormier avec qui ils formaient le duo Ti-Jardin. Ils ont fait paraître un second disque en 2001, Mémoires franco-Terre-Neuviennes. Ils ont joué en France, au Québec et, évidemment, dans les communautés francophones de la Côte-Ouest.
Il a fait un album à titre personnel en 2009. Une de ses compositions, La Chanson À Robert, figure aussi sur le disque Des voix s’élèvent, qui regroupe des chansons d’artistes francophones de partout au Canada tels que Zachary Richard, Richard Desjardins et Marie-Jo Thério.

Pour Joseph Benoît, qui a été directeur de l’école Sainte-Anne de nombreuses années et qui y enseigne actuellement, la principale contribution de Mark Cormier comme artiste est la chanson-thème officieuse des deux écoles francophones de la Côte-Ouest : Mémoires franco-Terre-Neuviennes. « Les paroles ont été écrites par sa fille Marcella, alors qu’elle était étudiante en 12ème année. Il les a mises en musique après avoir fait quelques ajustements. » Cet hymne à leur culture sied merveilleusement bien aux écoles et c’est toujours très touchant d’entendre les enfants chanter, à propos de ces souvenirs. « Ces mémoires aussi sont les miennes! », ajoute M. Benoit.
« On peut voir son impact à l’école. Ses élèves ont une très bonne connaissance de sa musique et des chansons traditionnelles. »
C’est d’ailleurs M. Cormier qui prépare les chorales de son école chaque année pour le concours Rotary Festival de Stephenville, où ils ont remporté la première place à maintes reprises.

À l’initiative d’un programme scolaire musical


Dans les dernières années, il a mis sur pied un programme de musique traditionnelle exceptionnel. « Je trouvais ça déplorable que les jeunes d’aujourd’hui n’aient plus l’occasion d’apprendre l’accordéon ou même de l’entendre. [...]  J’ai grandi avec la musique dans la maison; aujourd’hui, avec la technologie, la vie a changé. »  En effet, les partys de cuisines, ces fameuses soirées où l’on se réunissait dans une cuisine autour de quelques bières et de musiciens, ont disparu peu à peu, laissant place à des loisirs plus modernes :
sortir dans les clubs en ville, écouter la télévision, jouer à l’ordinateur... Donc  les occasions qu’ont les jeunes d’être mis en présence de la musique d’ici se sont considérablement raréfiées au profit des standards musicaux de la scène internationale. Les cours de musique traditionnelle, c’était donc une façon « de s’assurer que l’accordéon ne se transforme pas en souvenir. »

Le gouvernement fédéral a débloqué des fonds permettant aux écoles d’acquérir sept accordéons et un programme d’artisan-résidence a permis d’engager un professeur : « J’ai demandé à beaucoup de gens dans la communauté qui jouent de la musique, plusieurs ont refusé [...] Heureusement, Bernard Félix a accepté. » Un tel programme n’avait jamais été mis en place auparavant, il fallait penser à tout. Finalement, le programme a pris place : les jeunes jouent une dizaine de minutes, seuls ou en petits groupes. L’accent est mis sur la pratique, la théorie musicale est écartée au plus grand plaisir des principaux concernés.

L’année suivante, sept autres accordéons furent achetés, permettant ainsi aux deux écoles d’être équipées. « En leur faisant découvrir la musique, on peut trouver des surprises et ce fut le cas! Les jeunes ont beaucoup d’habiletés naturelles et une très bonne oreille musicale. Ils sont fiers de jouer en public. C’est quelque chose que j’ai toujours encouragé : jouer pour quelqu’un d’autre, connaître les émotions de performer seul sur scène. Quand les gens applaudissent, le jeune se sent bien en lui-même. Pour certains, c’est une façon de s’exprimer. »
Le succès des cours d’accordéon est indubitable. Pour la plupart des jeunes, il a autant d’importance que le cours d’éducation physique. Et ce n’est pas peu dire!

Selon Bernard Félix, le professeur d’accordéon, les enfants sont « pas mal intéressés, parce que c’est différent et, surtout, c’est leur choix de venir. Certains ont de la famille qui en jouait ou qui avait d’autres instruments. Ça permet aussi de leur montrer des chansons importantes qu’ils connaissent moins comme Northern Lights Of Labrador ou Red River Valley. »

Un enseignant/directeur apprécié

M. Cormier est aussi un conteur hors pair. « À l’Halloween, il raconte l’histoire de Slush », se souvient Marcella Cormier. « Quand il l’a racontée à mon groupe, tout le monde a eu peur! Il y a des filles qui ne marchent plus seules le soir à cause de lui! »  La fascination des étudiants pour les contes le surprend lui-même : « Parfois, je leur donne le choix entre l’ordinateur, un vidéo ou un conte et ils choisissent le conte! Ça me surprend beaucoup. J’ai essayé de me l’expliquer, je pense que ce qui leur plaît c’est d’avoir devant eux une personne, une vraie, qui bouge et qui parle. »

Comme enseignant, il a toujours été très apprécié des élèves. Pour Marcella, qui est aujourd’hui enseignante, « c’était le professeur parfait pour 7-8-9èmes années (auxquelles il a longtemps enseigné), il n’avait pas peur du ridicule, de faire des folies, mais on apprenait beaucoup de lui. Il siffle ou il chante toujours quand il se promène dans les corridors, c’est une façon de prévenir les élèves qu’il arrive, il ne veut pas les prendre par surprise. C’est pour cette même raison d’ailleurs que je porte des talons aujourd’hui. »

Pour conclure, Le Gaboteur lui a demandé ce qu’il aimerait laisser comme héritage : « Il y a deux choses que je voudrais laisser comme traces, qui ont trait à la culture », confie-t-il. « J’espère que j’ai semé le goût de chanter chez les jeunes et de jouer de l’accordéon. L’autre chose, c’est le conte. Depuis que j’ai commencé à enseigner, j’ai utilisé le conte comme divertissement et comme une partie de l’enseignement. J’espère que des jeunes vont reprendre cette tradition orale, qui vit une deuxième jeunesse un peu partout dans le monde. »

Il quitte cette année les écoles auxquelles il aura voué plus de trente années, mais il ne fait aucun doute qu’il restera au cœur de cette communauté qu’il porte si profondément dans le sien. Quant aux prochaines années, elles seront sans nul doute meublées d’une foule de projets à la hauteur de l’homme.

Au revoir Mark et merci!

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