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Portrait de francophone : Annie Mercier, les deux pieds dans l'eau

Par Joëlle Perron-Oddo | Publié le 4 septembre 2010

Annie Mercier sur son lieu de travail : l'Ocean Science Centre
Annie Mercier sur son lieu de travail : l'Ocean Science Centre

Rencontre avec une spécialiste de l’écologie des invertébrés benthiques qui use de son talent de communicante pour éveiller le public à la richesse des écosystèmes marins.

Les premiers amours de la chercheuse en biologie marine Annie Mercier furent les invertébrés de l’estuaire du Saint-Laurent, étudiés quand elle était plus jeune. Puis elle s’intéressa aux milieux tropicaux, après l’obtention d’un doctorat en océanographie à l’Université du Québec, à Rimouski.

Sa vive passion pour le monde marin et sa curiosité indéfectible l’ont menée à explorer les coins les plus exotiques de la planète.
Avec son mari Jean-François Hamel, elle forme aujourd’hui un duo dont l’expertise est souvent sollicitée par des organismes internationaux comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Bienvenue à l’Ocean Centre

Les mouettes altières offrent un concert strident aux quelques visiteurs venus profiter du programme éducatif estival de l’Ocean Sciences Centre (OSC) situé à Logy Bay, à quelques kilomètres de Saint-Jean. Les pavillons en bois brun du centre affilié à l’Université Memorial semblent s’être échoués sur un rivage escarpé sans que cela n’importune leur imposant voisin, l’Océan Atlantique.
L’Ocean Sciences Centre abrite l’un des plus grands laboratoires marins au Canada. C’est une figure de proue dans le domaine de la biologie marine. Ses installations permettent la réalisation de recherches sur l’écosystème marin en eau froide, plus précisément sur la pêche, l’aquaculture, l’océanographie, l’écologie, la physiologie et le comportement d’espèces dans l’Atlantique Nord.

C’est ici qu’après de multiples voyages, Annie Mercier a jeté l’ancre pour poursuivre ses recherches et enseigner. « J’avais le goût de revenir au pays, de retrouver la faune sous-marine froide et les espèces boréales. Cette opportunité à Terre-Neuve était vraiment magnifique parce que c’est particulier ici, c’est un milieu boréal, mais aussi arctique  et  subarctique », commente-t-elle. 

Les forages marins de Terre-Neuve


Le Centre de Logy Bay ne se spécialise pas dans la branche industrielle de la science, mais se concentre plutôt sur la recherche fondamentale. L’omniprésence des plateformes pétrolières au large des côtes fait tout de même partie de la vie des scientifiques de l’OSC. « On est souvent consultés pour connaître les impacts que ça peut avoir sur les écosystèmes marins », constate Mme Mercier. « J’ai étudié notamment en écotoxicologie. Je possède donc des connaissances sur l’effet de certains polluants sur la reproduction ou la biologie générale des invertébrés marins. C’est sûr que c’est une préoccupation générale pour tous ceux qui travaillent dans le milieu marin  », admet la chercheuse. Une préoccupation certainement amplifiée suite au déversement massif de pétrole dans le Golf du Mexique.

Critique et responsable

Lucide, Annie Mercier prône la rationalité en ce qui concerne les dénonciations environnementalistes. « J’essaie de décrier certaines choses, tout en sachant que nous en sommes tous responsables. C’est très facile de se plaindre des forages marins ou des barrages hydroélectriques, mais il faut être conscient que c’est nous qui en faisons la demande », affirme la scientifique qui est convaincue que la cohérence des actions est une condition sine qua none à la préservation à long terme de l’environnement. « Si on veut continuer à vivre dans une société de consommation mais qu’on ne veut pas que ça ait un impact sur l’environnement, il faut changer quelque chose. Ça ne suffit pas les revendications auprès du gouvernement. J’ai beaucoup de causes qui me tiennent à cœur, mais j’essaie toujours de garder ça en perspective », précise-t-elle.

Ainsi, Annie Mercier se méfie du ton alarmiste et opte dès le début de sa carrière pour une approche positive qui passe par le partage des connaissances et la présentation des beautés des milieux marins avec le grand public. « Quand on est trop alarmiste ou défaitiste, j’ai peur que les gens se disent que l’humanité a dépassé le point de non-retour et que leurs gestes ne sont plus importants. »
Le cas du Fleuve Saint-Laurent, dans le milieu des années 1990, montre bien à quel point il faut aller à l’encontre des prévisions apocalyptiques. « Il y avait beaucoup de pessimisme, les bélugas étaient intoxiqués, et tout était désolant. Avec mon mari, nous avons voulu montrer qu’il y avait toujours de grandes beautés dans cet écosystème et que ça valait encore la peine de se retrousser les manches, de continuer à faire des efforts ».

La science pour tous

Annie Mercier accorde beaucoup d’importance à la vulgarisation et au partage de l’information avec le public, qu’il soit composé d’experts scientifiques ou de néophytes. Un intérêt qu’elle partage avec son mari, lui aussi chercheur en biologie marine, avec qui elle a fondé en 1995 la Société d’exploration et de valorisation de l’environnement (SEVE). Celle-ci  combine la recherche scientifique, la valorisation de l’environnement et la diffusion de l’information.
Le couple Hamel-Mercier forme un tandem inséparable de scientifiques, mais aussi de photoreporters. Ils ont co-signé de nombreux livres et articles dans des publications populaires, telles le Canadian Geographic ou Les débrouillards. « Cette passion pour le partage des connaissances avec le grand public, on l’a beaucoup développée en publiant dans des magazines populaires, en allant donner des conférences dans les écoles et les parcs nationaux. C’est une façon pour moi de maintenir la passion », explique celle qui apprécie la liberté et le lyrisme que permet l’écriture de textes populaires, deux éléments qui contrastent avec la rigueur cartésienne de la littérature scientifique. « On écrit pour nos pairs, pour nos collègues par l’entremise d’articles scientifiques qui sont très techniques, qui ont leur jargon et qui ne laissent pas vraiment place à l’émotion. De pouvoir parler d’émotions, de couleurs, de merveilles et d’y aller avec un langage plus populaire c’est important pour moi », commente-t-elle.
Cette pratique, de plus en plus courante, n’a pas toujours été bien perçue dans le monde scientifique. En 1993, lorsqu’Annie Mercier écrivait ses premiers articles populaires, « la science avec un grand S voyait ça d’un mauvais œil ». Certains affirmaient que cela correspondait à une dilution du discours scientifique. La vulgarisation des connaissances est maintenant considérée comme une forme de service public, un retour de balancier puisque la recherche fondamentale se fait largement grâce aux fonds publics.

Une expertise en demande à travers le monde


En plus de la recherche, de l’écriture et de l’enseignement, Annie Mercier siège régulièrement au sein de comités consultatifs internationaux. Avec son mari Jean-François Hamel, ils ont collaboré avec l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), notamment dans le dossier des concombres de mer, victimes de surpêche. Leur expertise dans le domaine les a amenés à intervenir dans des pays en voie de développement désireux de sauver leurs ressources aquatiques grâce à l’aquaculture et au réensemencement.

Le choc des civilisations


Annie Mercier a certainement exercé son talent littéraire et photographique afin de décrire ses nombreuses expéditions à l’étranger. Pour la chercheuse, les voyages permettent l’exploration de milieux à la biodiversité fascinante, mais ils obligent également à remettre en question certains aspects du mode de vie occidental. « Ici, on prend pour acquis beaucoup de choses et la consommation est à un niveau absolument époustouflant. Lorsque l’on voyage dans des régions reculées, on découvre cette façon de vivre qui n’est pas du tout centrée sur la consommation, mais bien sur la subsistance. Ça replace les valeurs, ça remet en perspective les choses, et ça fait du bien. »

La scientifique fut subjuguée par les paysages de l’île de Bornéo, la quatrième plus grande île du monde située entre la Malaisie et l’Indonésie, dans le Pacifique. « C’est fabuleux pour la diversité terrestre, les insectes et les gens. » Les îles Salomon, qu’elle a visitées avec son mari en 1997 et 1998, l’ont également particulièrement marquée. Certaines régions de l’archipel situé au sud-est de la Papouasie Nouvelle-Guinée sont très peu visitées et présentent un écosystème richissime. La chercheuse y a découvert des peuples qui vivent en harmonie avec la nature, un élément qu’elle retrouve en quelque sorte à Terre-Neuve où « les gens ont un grand respect pour la mer ».


Pour découvrir le monde marin et le travail du duo Mercier-Hamel : cliquer ici.


Commentaires des internautes :

De Marc Le Pihiff : Un discours juste et équilibré ! On est loin des polémiques stériles. Madame Mercier est une femme responsable. Un exemple à suivre.

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