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Où en est le projet de construction d'une clinique médicale francophone à Saint-Jean ?

Par Sylvain Luneau | Publié le 29 mars 2010


Le 11 mars, l’Association communautaire francophone de Saint-Jean tenait une consultation publique sur le projet de la future clinique en français à Saint-Jean. Retour sur les grandes lignes du dossier.

« Quand on parle d’une clinique médicale francophone, on envisage une petite structure assurant les soins de premières nécessités en français », tenait à rappeler Steven Watt, le directeur de l’ACFSJ qui conduisait cette consultation publique. « Il ne s’agit pas d’un hôpital au complet mais bien d’un cabinet médical, d’un médecin ou même seulement d’une infirmière. Il nous faut commencer par-là avant de pouvoir espérer développer des soins spécialisés en français. »

« Nous avons des besoins »

Car ne nous faisons pas d’illusions, la demande francophone n’est pas assez forte ici à Terre-Neuve-et-Labrador. Pourtant, « nous avons des besoins et la demande, bien que faible, existe », estime le directeur.

Pour tous les résidents qui ont le français comme langue maternelle, la santé est indissociable du français. « Quand ça va mal, quand ça ne tourne pas rond ou quand on perd nos moyens, seule la langue maternelle peut encore nous permettre de communiquer convenablement », estimait la présidente de l’ACFSJ, Mme Rose Verge. Ce à quoi ajoutait un immigrant francophone : « Depuis que je suis ici, il m’aurait fallu aller voir un docteur à plusieurs reprises, mais je ne l’ai jamais fait car je ne me sentais pas capable de trouver les mots justes en anglais ». « Dans ce genre de cas, on oublie l’anglais. C’est la langue maternelle qui importe alors », résumait Rose Verge pour justifier à nouveau le bien-fondé d’une clinique francophone.

Mais l’ACFSJ n’en est pas là. Elle a compris depuis longtemps que des soins en français s’imposaient dans la province. C’est en tout cas le résultat de six années de consultations en tout genre, d’enquêtes et d’interventions spécialisées. « Aujourd’hui, la question, c’est sous quelle forme ? », récapitulait Steven Watt.

S’inspirer du modèle québécois ?

C’est pourquoi le directeur a effectué une mission exploratoire au Québec le mois dernier, afin de visiter différentes formes de cliniques médicales en situation minoritaire. Il en a retiré plusieurs modèles, comme celui de la communauté anglophone de Mégantic, le partenariat entre les professionnels de la santé et la communauté d’Aylmer ou encore la double portée de l’hôpital de Jeffrey Hale, à la fois public et communautaire.

« Ce fut très instructif pour la suite du projet, même si on ne pourra pas importer le modèle québécois », tempérait Steven Watt. « Parce qu’il y a moins de demande dans la population minoritaire, parce qu’il y a peu de main d’œuvre francophone et surtout parce que Terre-Neuve-et-Labrador n’a pas l’obligation de délivrer des soins bilingues comme c’est le cas au Québec. »

Quels partenaires ?

« Il est important de mettre en place des ententes, de créer des structures plutôt que de se lier avec l’un ou l’autre professionnel. Si celui-ci décide de quitter la province, nous nous retrouverons au point de départ », expliquait M. Watt. L’ACFSJ a donc approché certains partenaires clés comme Eastern Health, le Conseil scolaire francophone provincial, le Ministère de la santé et d’autres cliniques médicales. Tous portent une oreille attentive au projet, mais « il nous faut arriver avec une proposition concrète pour avoir du poids et espérer faire bouger les choses », rappelait le directeur.

Le temps des études

Pour cela, le projet passe par des études, des consultations et autres réunions d’affaires. L’ACFSJ a fait une demande de subventions sur trois ans auprès de la Société nationale de la santé en français. Cet argent permettra de réaliser une étude de faisabilité la première année, qui devrait répondre en partie aux questions suivantes : Où ? Quels services ? Dans quels genres de structures ? Et avec quels partenaires potentiels ?

Dans les deux années suivantes, l’Association communautaire mettra en place un plan de mise en œuvre et négociera ses ententes avec les partenaires retenus. « Nous avons demandé 60 000 $ par an », confiait Steven Watt. « Les bruits de couloir sont positifs, nous espérons recevoir une bonne partie de l’argent d’ici la fin avril. »

« Si tout va bien, que les études sont positives et que les partenaires embarquent, on peut espérer se doter d’une clinique francophone d’ici quatre ans environ », concluait-il.


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