Éducation : Coup d'arrêt dans le projet de formations postsecondaires à distance en français
Par Sylvain Luneau | Publié le 9 novembre 2009

FFTNL
« Que tous les résidents de la province puissent bénéficier d'un accès à des formations postsecondaires à distance en français », c'est le souhait de la Fédération des francophones de Terre-neuve et du Labrador (FFTNL), en partenariat avec le Collège Acadie Î.-P.- É. (maître d'œuvre), le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick et l'Université Sainte-Anne.
Ce projet, aussi pertinent soit-il dans la politique de l'Agence de promotion économique du Canada atlantique (APÉCA) et dans la Feuille de route du gouvernement canadien, a récemment subi un coup d'arrêt. En effet, deux demandes de financement se sont vues refusées par Patrimoine Canadien et l'APÉCA.
À la FFTNL, la nouvelle surprend, comme l'explique la directrice générale Cyrilda Poirier : « Nous ne comprenons pas vraiment un tel refus. Le projet est innovateur, perspicace. Il s'inscrit parfaitement dans le cadre de l'Initiative de développement économique de l'APÉCA. Les quatre provinces de l'Atlantique sont concernées, le projet répond à une vraie demande, les intervenants ont déjà signalé leur intention de participer. Bref, on se demande un peu pourquoi aucune suite n'a été donnée. »
Effectivement, le concept a de quoi séduire. Permettre à la population terre-neuvienne et labradorienne de bénéficier de formation en français à distance ne peut être qu'un plus pour le capital humain de la province et son développement économique. « Cela nous permettrait de garder nos jeunes », explique Cyrilda Poirier. « Aujourd'hui, les étudiants qui souhaitent étudier en français dans le postsecondaire n'ont pas d'autres choix que de s'exiler. Sans compter que les formations ne s'adresseraient pas seulement aux jeunes. Les adultes, comme les anglophones, pourraient, s'ils le souhaitent, bénéficier d'une formation complémentaire en français dans le domaine de la comptabilité, de la menuiserie ou de la communication par exemple. De nouvelles portes viendraient s'ouvrir et les perspectives économiques dans la province s'en verraient renforcées. »
L'optimisme est de mise
Malgré les refus de financement et la mise en stand-by du projet, les partenaires refusent de s'avouer vaincus. Ainsi à la FFTNL, Cyrilda Poirier n'a pas fini d'œuvrer en faveur de l'éducation en français. « Nous allons rebondir », prévient-elle. « Nous allons discuter du projet auprès du Ministère provincial de l'Éducation, qui devrait normalement embarquer à nos côtés aux termes de l'entente Canada-Terre-Neuve-et-Labrador. Dès lors, on aura un partenaire de poids et davantage de crédibilité auprès de l'APÉCA qui pourra difficilement refuser les financements d'un projet que tant d'intervenants soutiennent. »
Historique du projet
C'est l'ancien Collège Acadie de la Nouvelle-Écosse qui fut à l'origine du projet, en commandant une étude de faisabilité préliminaire. Claude Blaquière, actuel président du Collège Acadie de l'Île-du-Prince-Édouard, était le responsable de cette étude. Il s'est rendu une première fois à Terre-Neuve-et-Labrador en 2001 afin de déterminer les attentes en la matière et de s'assurer de la pertinence d'un tel projet. Il y a rencontré les principaux intéressés, dont la Fédération des francophones de Terre-Neuve et du Labrador. Il en est revenu avec la conviction que le projet répondait bel et bien à un besoin : celui de pouvoir bénéficier de formations postsecondaires en français directement depuis la province de TNL.
Dès lors, Claude Blaquière, persuadé de la légitimité du projet, a réuni plusieurs partenaires que sont aujourd'hui le Collège Acadie Î.-P.- É., la FFTNL, le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick et l'Université Sainte-Anne. Ensemble, ils ont travaillé dur pour constituer un dossier digne de ce nom. Claude Blaquière s'est à nouveau rendu dans la province de TNL, à l'automne 2008, pour une mission exploratoire. Il a mis à jour l'étude de 2001 et a identifié les besoins avec l'aide de la FFTNL.
Huit ans plus tard, le constat est le même : l'éducation aux adultes fait toujours partie des priorités des organismes francophones provinciaux que sont la FFTNL, l'AFL, l'ARCO et l'ACFSJ. Les infrastructures existantes permettraient d'intégrer facilement ce genre de formations postsecondaires et tous s'accordent à dire que l'accès à la formation à distance, bien que non obligatoire, est une voie à prendre en raison de la géographie et des variables sociodémographiques qui pèsent sur la francophonie provinciale. L'attente, les besoins et les intervenants sont là. Il ne manque plus que le feu vert du gouvernement et celui de l'APÉCA.
Saint-Jean