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Conseil scolaire francophone provincial - Michel Genest dresse son bilan.

Par Olivier Hemard | Publié le 25 février 2012

2009 - 2010 : Les enseignants du Conseil scolaire francophone provincial  - Crédit photo CSFP
2009 - 2010 : Les enseignants du Conseil scolaire francophone provincial - Crédit photo CSFP

Dans notre dernière édition, nous vous parlions du départ à la retraite de Michel Genest, directeur général du Conseil scolaire francophone provincial (CSFP), et nous nous attardions sur son parcours, tant personnel que professionnel. Cette semaine, nous nous proposons de vous rendre compte du long entretien que « l'ex-futur directeur » a bien voulu nous accorder à propos du Conseil scolaire francophone provincial, à la tête duquel il a œuvré pendant ces cinq dernières années : bilan et perspectives d'avenir.

 

Le Gaboteur : Bonjour Michel Genest. Tout d'abord, pouvez-vous nous rappeler combien d'écoles sont sous la gouverne du CSFP, quelles sont-elles et quelles sont leurs particularités ?

 

Michel Genest : La province compte cinq écoles françaises qui offrent un apprentissage de la maternelle à la fin des études secondaires. Il s'agit des écoles l'Envol à Labrador City, Boréale à Happy Valley-Goose Bay, des Grands-Vents à Saint-Jean, Notre-Dame du Cap à Cap St-Georges et Sainte-Anne à la Grand'Terre.

L'enseignement des matières de base y est dispensé en français, comme vous le devinez bien. On y enseigne également l'anglais langue seconde. Mais il y a plus. Ces écoles ont pour mandat de faire connaître et de développer chez les élèves la fierté et la pratique de la culture francophone, et d'en favoriser le rayonnement dans leur communauté.

 

Le Gaboteur : À ce propos, pouvez-vous nous donner des exemples d'activités initiées dans ce sens dans les écoles françaises ?    

 

Michel Genest : Depuis six ans, le CSFP organise un concours d'art oratoire en français dans toutes ses écoles, pour trois groupes d'âge. Les gagnants locaux participent ensuite à une grande finale provinciale, ouverte à toute la population. Cette année, la finale aura lieu le jeudi 29 mars, à la Grand'Terre. À cette occasion, ce sont des élèves des écoles de la Péninsule de Port-au-Port qui assureront l'animation musicale. La plupart d'entre eux ont été initiés à la musique traditionnelle francophone par l'accordéoniste Bernard Félix.

Des cours de musique sont également proposés gratuitement dans les autres écoles. Une harmonie a été créée cette année à l'école des Grands-Vents. Et nous venons de mettre en place des cours de violon via la vidéoconférence pour des élèves de l'école Boréale, qui sont donnés par Fergus Brown-O'Byrne.

 

Le Gaboteur : Les jeunes francophones ont-ils accès à d'autres services éducatifs ?

 

Michel Genest : Oui. La Fédération des parents francophones de Terre-Neuve et du Labrador a mis en œuvre des programmes de prématernelle et d'après-école dans tous nos établissements, des programmes de francisation familiale dans les deux écoles de la péninsule de Port-au-Port ainsi que des camps d'été à Happy Valley-Goose Bay et à Saint-Jean. Par ailleurs, des camps du samedi sont organisés à la Grand'Terre et à l'Anse-au-Clair, au Labrador, et une garderie a été ouverte à Saint-Jean.

 

Le Gaboteur : La demande pour ces services a-t-elle progressé au cours des dernières années ?

 

Michel Genest : Oui. De 2006 à 2011, le nombre d'élèves est passé de 223 à 307, soit une hausse de 37%. Cet accroissement nous a permis d'augmenter notre personnel et de renforcer l'éventail de services éducatifs offerts aux élèves. Ainsi, alors qu'en 2006 le CSFP et ses écoles comptaient 60 employés dont 31 enseignants, ces effectifs sont passés aujourd'hui à 83 employés dont 45 enseignants.

Et cette tendance est loin de ralentir : nous avons déjà 44 nouvelles inscriptions pour la prochaine année scolaire.

 

Le Gaboteur : Comment expliquez-vous cette progression ?

 

Michel Genest : Je pense que nos écoles sont mieux connues qu'il y a cinq ans. De plus, la province accueille un nombre croissant de parents francophones des autres provinces et de nouveaux arrivants qui désirent voir leurs enfants étudier en français et qui, en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés, en ont le droit.

 

Le Gaboteur : Quels sont les impacts positifs de cette croissance ?

 

Michel Genest : Cela nous donne la possibilité de multiplier les services éducatifs et d'élargir l'éventail des programmes dispensés auprès des élèves. De plus, cela nous permet de réduire, dans certaines écoles, le nombre de niveaux enseignés dans chaque classe.

 

Le Gaboteur : Mais cette progression du nombre d'élèves suppose sans doute de répondre à un certain nombre de défis. Quels sont-ils ?

 

Michel Genest : L'un des plus importants est le recrutement du personnel, à la fois au CSFP et dans ses écoles. Comme nos enseignants et nos spécialistes doivent posséder une excellente maîtrise du français et de la culture francophone, nous devons la plupart du temps faire appel à des personnes extérieures à la province. Nous sommes donc en compétition avec les conseils et commissions scolaires francophones des autres provinces et territoires - qui ont eux aussi à faire face à une augmentation des effectifs des élèves.

Ce problème est particulièrement sensible et difficile à résoudre au Labrador, du fait de la pénurie de logements et de l'incroyable hausse des prix de ceux qui sont disponibles. Trouver des moyens de surmonter cet obstacle sera l'un des principaux défis que mon successeur aura à relever. 

Par ailleurs en ce qui concerne l'école des Grands-Vents à Saint-Jean, il va falloir, dès septembre prochain, répondre à un besoin criant et urgent d'espaces supplémentaires. À cet égard, nous sommes actuellement en discussion avec le ministère de l'Éducation pour trouver des solutions.

 

Le Gaboteur : Quels sont les autres challenges que votre successeur et l'ensemble du personnel auront à relever ?

 

Michel Genest : Il faudra innover dans les moyens qui assureront la rétention des élèves dans nos écoles après leur passage aux niveaux intermédiaire et secondaire. À cette étape, plusieurs de nos élèves choisissent actuellement les écoles anglaises ou d'immersion, car ils y trouvent une plus large offre de cours, et des occasions plus nombreuses de socialisation.

Au cours des dernières années, nous avons mis en place un certain nombre de mesures, entre autres en offrant l'accès, via le Centre for Distance Learning and Innovation, à six nouveaux cours de sciences pour les élèves du secondaire. Nous avons également instauré diverses activités pour multiplier les occasions de rencontres des plus âgés avec leurs pairs : par exemple la participation aux Jeux de l'Acadie et au Parlement jeunesse, en collaboration avec Franco-Jeunes. Mais il faudra faire plus.

L'amélioration de nos outils de communication entre les écoles et auprès du grand public est un autre important défi pour les prochaines années.

Il nous faudra aussi veiller à ce que l'ensemble des parents dont les enfants ont droit à une éducation en français dans notre province en soient informés. Malgré les progrès des dernières années à cet égard, beaucoup d'entre eux ne connaissent pas encore les services offerts par le CSFP, ses écoles et la Fédération des parents francophones.

 

Le Gaboteur : Quels sont vos vœux pour les 20 prochaines années du CSFP ?

 

Michel Genest : Il est bien difficile de prévoir ce que sera le monde en 2032 ! Mais une chose est sûre : je souhaite que le nombre d'élèves continue à augmenter et que cette progression s'accélère, ce qui permettra de développer les services éducatifs et d'élargir l'éventail des cours et, par conséquent, de favoriser la réussite des élèves.

Je fais aussi le vœu de voir le CSFP investir dans la technologie afin de faciliter l'apprentissage au 21e siècle ainsi que les liens entre ses écoles et le monde.

Je fais enfin le vœu d'un plus grand rapprochement du CSFP et de ses partenaires communautaires, dans un esprit de préservation et de rayonnement de notre culture francophone, dans la province et ailleurs dans le monde.

 

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