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100e anniversaire du naufrage du Titanic - Et toi, tu aurais fait quoi ?

Par Olivier Hemard | Publié le 14 avril 2012

Le 14 avril 2012, date le 100e anniversaire du naufrage du RMS Titanic (crédit photo : Domaine publi
Le 14 avril 2012, date le 100e anniversaire du naufrage du RMS Titanic (crédit photo : Domaine publi

 

Au Canada, et plus particulièrement dans les provinces atlantiques, on s'apprête à commémorer le 100e anniversaire du naufrage du Titanic, ce « mythique » paquebot de la White Star Line qui, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, sombra au large de Terre-Neuve dans les eaux glacées de l'océan Atlantique Nord après avoir heurté un iceberg, avec quelque 2 200 personnes à bord dont seules environ 700 survécurent. Pour marquer cette commémoration, qui sera célébrée le 14 avril prochain, toutes les idées semblent bonnes : édition de pièces de monnaie ou de timbres à l'effigie de « l'insubmersible », cérémonies officielles aux cimetières d'Halifax où reposent les dépouilles des victimes non réclamées, mise en place de simulateur reproduisant l'impact du bateau avec l'iceberg, croisière sur les lieux du naufrage...  Les « passionnés » de cet événement, et quelle que soient leurs motivations, n'auront donc que l'embarras du choix pour s'associer personnellement aux manifestations du souvenir. Souhaitant ouvrir le sujet à la population francophone, nous avons interrogé trois personnes de langue française pour connaître leur point de vue sur ce tragique événement, et surtout pour leur demander de nous dire comment ils imaginent ce qu'aurait été leur comportement s'ils s'étaient trouvés eux-mêmes, ce soir-là, parmi les passagers du Titanic.

Pour l'histoire, rappelons que le Titanic, qui faisait la fierté de la compagnie maritime britannique White Star Line pour sa soi-disant « insubmersibilité », effectuait alors son voyage inaugural. Parti le 10 avril 1912 de Southampton il devait rallier New-York ; mais après quatre jours de traversée et alors qu'il se trouvait à environ 600 km des côtes de Terre-Neuve, il percuta un iceberg et coula, faisant plus de 1500 victimes. À l'époque, cette tragédie constitua  la catastrophe maritime la plus meurtrière (hors conflit) de tous les temps, et la presse du monde entier se fit l'écho du sentiment d'horreur qui frappa une grande partie de la population. Aujourd'hui, 100 ans après, le phénomène Titanic semble encore susciter la même émotion, si l'on en croit tout le « buzz » qu'occasionnent les projets de commémoration de l'événement. 

- « Aurais-je survécu ? Peu importe, j´aurais vécu ! » - Debbie Miller -

Nous sommes donc allés rencontrer à ce sujet trois personnes de la communauté francophone de Terre-Neuve-et-Labrador. Qu'évoque pour elles la tragédie du Titanic ? Et qu'auraient-elles fait si elles avaient été à bord du paquebot au moment de la catastrophe ? La première personne qui a bien voulu répondre à ces questions est une jeune femme d'origine irlandaise et secrétaire de profession,  Debbie Miller. Celle-ci nous parle d'abord de fatalité : « Je pense que parfois le destin est plus fort que tous les efforts humains et que toutes nos images de grandeurs. Nous pouvons bien sûr pouvoir anticiper et prévenir les choses, mais tout reste hors de notre contrôle. Aujourd´hui, les mesures préventives nous semblent peut-être évidentes. Nous voyons rarement les failles de ce à quoi nous croyons passionnément et je pense qu'il est important de réviser, de regarder les évènements historiques afin d´apprendre, d'améliorer notre approche et nos méthodes de travail. » Puis à notre seconde question, après un temps de réflexion : « Qu'est-ce que j´aurais fait ? Eh bien, je me plais à penser que j´aurais vécu comme je le fais aujourd´hui, croyant de tout cœur en tout ce que j´entreprends. J´espère que j´aurais embarqué sur ce paquebot. Aurais-je survécu ? Peu importe, j´aurais vécu ! Pour vivre heureux, il faut vivre sans rancune. Nous avons tous une vie à vivre ! » conclut-elle avec philosophie.  

- Une haute performance de l'ingénierie humaine et un drame sans précédent. -

Nous rencontrons ensuite Lorène Brehin, jeune étudiante de 20 ans. Pour elle, le nom de « Titanic » évoque à la fois la haute performance de l'ingénierie humaine et un drame sans précédent : « Quand j'entends parler du Titanic j'ai immédiatement à l'esprit l'image d'un paquebot impressionnant et luxueux, censé être insubmersible. Je le vois aussi comme le plus grand bateau de croisière jamais construit au moment de sa mise à l'eau, un monstre britannique de plusieurs dizaines de milliers de tonnes. Cependant, ce nom est aussi synonyme pour moi de terrible naufrage en pleine nuit dans l'Atlantique Nord au large de Terre-Neuve et de l'une des plus grandes catastrophes maritimes de l'époque » dit-elle. Puis, associant la catastrophe du Titanic au naufrage du bateau de croisière en Méditerrannée qui, le 13 janvier dernier, a fait la une des journaux, elle ajoute : « Je pense que cette catastrophe aurait sûrement pu être évitée si les procédures d'urgence avaient été correctement suivies et le nombre de canots de sauvetage plus important. Mais comme pour bien des accidents de ce genre, qui n'est pas sans rappeler le récent naufrage du paquebot de croisière Costa Concordia qui a sombré le long des côtes italiennes, il est plus facile de dire ce qu'il aurait fallu faire une fois le drame consommé. J'espère toutefois que ces tristes histoires serviront d'exemple pour l'avenir afin de renforcer la sécurité maritime et éviter de nouvelles catastrophes. » À notre seconde question Lorène Brehin répond ensuite : « Si j'avais été parmi les passagers du Titanic, je pense que j'aurais été complètement paniquée comme l'étaient probablement tous les passagers. Je ne sais pas réellement ce que j'aurais pu faire, si ce n'est essayer d'embarquer dans les canots de sauvetage. Je ne pense pas qu'il était possible de faire quelque chose de spécial vu la façon dont les choses se sont passées le soir du naufrage. »

- «Pensons à ceux qui chaque année meurent sans entendre les violons » - Julien Bourdry -

Enfin, nous avons pu recueillir les commentaires de Julien Bourdry, 28 ans, agent de communication, dont le propos témoigne d'un certain recul par rapport à l'événement, et d'une réflexion plus générale et plus engagée : « Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 - nous dit-il -, le Titanic sombrait au large des côtes de Terre-Neuve, emportant avec lui quelque mille cinq cents personnes. Dans la nuit du 13 janvier 2012, le Costa Concordia coulait au large de l'Italie, ôtant la vie à trente-deux passagers. Pour la seule année 2011, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés estimait à plus de mille cinq cents le nombre de personnes disparues en ayant tenté de traverser la Méditerranée. Des boat people, dont le nombre de morts à l'échelle mondiale est trop élevé pour qu'il soit calculé. Nous ne commémorerons jamais les cent ans du naufrage du 17 décembre 2011, au cours duquel deux cents personnes ont péri au large des côtes de l'Indonésie. Pas plus que nous ne nous remémorerons les quarante Haïtiens morts noyés le 24 du même mois. Le Haut-Commissariat continuera à alimenter des statistiques qui ne modifieront ni nos vies, ni nos nouvelles, ni nos sorties au cinéma. Et ce, quel que soit le nombre de victimes. Nous commémorons le naufrage du Titanic parce que des hommes parmi les plus riches du monde sont morts sur le navire le plus avancé de son temps. C'est parce qu'il symbolise un rêve de technologie, de luxe et de plaisir auquel nous ne renoncerons jamais que nous nous souvenons de lui. À l'occasion du centenaire de cette tragédie, dans la province qui secourut les naufragés, pensons à ceux qui chaque année meurent sans entendre les violons », affirme tristement Julien Bourdry avant de répondre - brièvement mais de façon tout aussi tranchée - à notre seconde question : « Si nous avions été ce soir-là sur l'un des ponts du Titanic, nous serions morts en ayant peur, comme au large de l'Italie, comme au large des Philippines... »

Force est de constater à la lecture de ces trois témoignages, et quelle que soit leur tonalité, que le souvenir de la tragédie du Titanic ne laisse personne indifférent et suscite encore rétrospectivement, cent après, une pénétrante émotion. Nul doute alors que la date du 14 avril prochain sera vécue par une majorité d'entre nous comme une journée très spéciale...

 

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