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En reprise : Chemins croisés de Ron Hynes et Émile Benoit

Il y a un an, presque jour pour jour, le texte « Chemins croisés de deux grands disparus, Ron Hynes et Émile Benoit », partait sous presse pour être publié dans l’édition du 14 décembre du Gaboteur. Voici, en reprise, ce texte qui a valu au Gaboteu

Il y a un an, presque jour pour jour, le texte « Chemins croisés de deux grands disparus, Ron Hynes et Émile Benoit », partait sous presse pour être publié dans l’édition du 14 décembre du Gaboteur. Voici, en reprise, ce texte qui a valu au Gaboteur la première mention au Prix d’excellence – meilleur article arts et culture 2016 décerné par l’Association de la presse francophone (APF) en mai dernier.

 Chemins croisées de deux grands disparus : Ron Hynes et Émile Benoit

Le décès de l’auteur-compositeur-interprète Ron Hynes, le 20 novembre dernier, a provoqué une énorme vague d’émotions, partout dans la province et bien au-delà. « Il a été un pilier, un repère pour une génération entière et pour l’Histoire de la musique à Terre-Neuve-et-Labrador », a souligné son ami de longue date et compagnon de scène Greg Malone pendant ses funérailles.

Lors du rassemblement informel qui a suivi, plusieurs artistes ont poursuivi l’hommage en interprétant des pièces marquantes du répertoire de « L’homme aux milles chansons ». Le musicien Kelly Russell a, pour sa part, choisi de jouer le « Ron Hynes’s Reel », composé par nul autre qu’Émile Benoit. Rappel de leur complicité.    

Jacinthe Tremblay, Saint-Jean

« C’est à travers moi qu’Émile Benoit et Ron Hynes se sont connus, à la fin des années 1970, a expliqué  Kelly Russell en entrevue au Gaboteur. À l’époque, je recueillais  les pièces de musiciens traditionnels d’un peu partout dans la province.  Émile Benoit, de la péninsule de Port-au-Port, et Rufus Guinchard, de la péninsule Nord de Terre-Neuve, étaient, de loin, les plus fascinants. Je jouais également régulièrement avec d’autres jeunes musiciens, dont Ron et Sandy Morris », a-t-il précisé.

En 1977,  Ron Hynes et Émile Benoit faisaient leur première apparition conjointe à la télévision, à la faveur d’un épisode de la mini-série The Root Seller, diffusée sur les ondes de CBC-NL. La série combine de ce qui fera l’immense popularité de Wonderful Grand Band, qui naîtra un an plus tard, soit un délicieux mélange de musique et d’humour. Ron Hynes, tout comme Sandy Morris et Kelly Russell,  sont parmi les musiciens de The Root Sellar et de Wonderful Grand Band (WGB), première mouture.   

C’est également à cette époque que l’on assiste à ce qu’il est convenu d’appeler la « renaissance » de la musique terre-neuvienne, caractérisée par l’apparition d’auteurs de chansons originales traitant de thèmes contemporains et de groupes qui font « rocker » la tradition, tels Figgy Duff et, un peu plus tard, Wonderful Grand Band.   

WGB et Ron Hynes, qui signe la majorité de ses chansons, étaient et demeurent les icones de ce  mouvement. Lorsqu’ils font rocker la tradition, Emile Benoit est leur musicien chouchou. Pourquoi ? « Il y avait, à l’époque, des centaines, voire des milliers d’excellents violoneux mais la plupart d’entre eux interprétaient des pièces d’Irlande ou du Cap-Breton. Émile Benoit, en intégrant ces sonorités et ces rythmes à ceux de plusieurs peuples qui font aussi partie de notre histoire, a créé la musique de Terre-Neuve », a résumé Kelly Russell.

Le sable de Piccadilly…

Wonderful Grand Band enregistre son premier album en 1978 au studio Clode Sound de Stephenville.  Le groupe y interprète six pièces composées par Émile Benoit, dont une qu’ils intitulent Piccadily Sand.

« Quand nous avons terminé l’enregistrement, nous avons décidé d’aller tous ensemble rendre visite à Émile, à l’Anse-à-Canards. Quand nous sommes passés à Piccadilly, nous nous sommes arrêtés pour marcher le sable de sa plage. Nous avons le sentiment d’être dans un endroit mythique », a raconté Kelly Russell.

En arrivant chez Émile Benoit, les musiciens lui parlent de cet arrêt et ils apprennent alors que le titre de cette pièce est plutôt  Picaddily Slant. Trop tard pour changer le titre sur la pochette.  La pente de Piccadilly est donc devenue du sable, à la faveur d’un quiproquo linguistique. Mais la confusion ne s’arrête pas là.

« Ron était tombé en amour avec cette pièce et il a composé les paroles d’une chanson sur un air qu’il pensait être celui de Piccadilly Sand, ou Slant… », a aussi relaté Kelly Russell en entrevue. Quand Émile Benoit l’a écoutée, il a mis au jour un autre quiproquo. Cet air était plutôt celui de son Farewell Reel. « Nous avons pensé qu’il s’agissait de Farewell, comme dans adieu. Mais non. Émile nous a dit que c’était pour George Farewell. Or, à notre connaissance, ce nom de famille n’existe pas. Il existe cependant un George Farrell… », a noté Kelly Russell.

 Guitariste d’Émile

En 1979, Émile Benoit lançait à son tour un album enregistré au studio Clode Sound de Stephenville et intitulé Émile’s Dream. Kelly Russell, qui a alors quitté Wonderful Grand Band, en est le producteur et en signe les arrangements.

À la guitare ? Nul autre que Ron Hynes… qui n’a alors plus aucune raison alors de confondre les titres et les airs de Piccadilly Slant et du Farewell Reel puisque les deux pièces se retrouvent sur l’album.

Exemple parmi d’autres de son formidable talent pour jouer avec les mots et de son humour, Ron Hynes intitulera sa chanson dont la musique est d’Émile Benoit Piccadilly Sand Farewell. Elle se retrouve sur son album « Ron Hynes », lancé en 2006. Elle a également été interprétée par le groupe The Dardanelles en 2012, lors de la soirée bénéfice « Night of a Thousand Songs », organisée pour soutenir Ron Hynes dans sa bataille contre le cancer.        

 

Pour écouter Piccadilly Sand Farewell, interprétée par Ron Hynes, cliquez ICI 

Pour écouter son interprétation par The Dardanelles, cliquez ICI.

ron hynes-emile benoit et all-Good Entertainment 2- Bonne Bay-1978-Susan ShinerRetrouvailles à Bonne Bay – À propos de cette photo 

En 1978, pendant la première fin de semaine de septembre, des musiciens de toutes les régions de la province et du Labrador se retrouvent à Bonne Bay, dans le parc de Gros-Morne, pour la deuxième édition du festival Good Entertainment.

Émile Benoit et Rufus Guinchard sont au programme et ils animent ensemble une  « session » à laquelle ils invitent les autres musiciens présents au festival à participer. Ron Hynes et Kelly Russell les rejoignent, pour leur plus grand bonheur et celui des très nombreux spectateurs.  

La scène a été croquée par Susan Shiner, une des trois organisatrices du festival, avec Isabella St.John et Elaine Wychreschuk. Nous la remercions pour avoir accepté de nous confier la très précieuse photo de ce moment unique.  (JT)

 

 

 

 

 

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